Le parcours de réintégration de Falta dans Extrême-Nord du Cameroun

Enfant liée à un groupe armé via ses parents, Falta a grandi dans la peur en brousse. En réintégration dans l’Extrême-Nord du Cameroun, elle se reconstruit et réapprend à rêver.

Fideline Minda Molko
Bintou de l'UNICEF en entretien avec Falta
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko
15 mai 2026

À treize ans, Falta aurait pu ne jamais raconter son histoire. Elle aurait pu être mariée de force et réduite au silence ou simplement ne plus être en vie. Aujourd’hui, elle regarde devant elle, déterminée à écrire sa nouvelle histoire.

Falta est née dans un contexte marqué par la violence. Quelques mois après sa naissance, elle est emmenée dans la brousse avec ses parents associés au groupe armé non étatique. Pendant dix ans, cet environnement devient tout son univers. Un lieu fermé, où la peur est constante, où les repères sont brouillés, où grandir signifie souvent survivre et l’enfance n’existe presque pas. Entre dix et onze ans, certaines deviennent des épouses, souvent sans comprendre ce qui leur arrive. Leur enfance leur est volée, privées de leur voix et de leur liberté. Falta garde en elle ces réalités difficiles à exprimer qui se lisent à travers son regard .

Mais un événement va marquer un point de rupture irréversible pour elle et sa famille. Sa grande sœur est tuée par son propre mari, lui aussi membre du groupe armé non étatique. Une violence brutale, qui laisse une trace profonde pour la famille qui décide de quitter alors la brousse.


« Si on n’avait pas fui, j’aurais subi le même sort », confie Falta.

Falta
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

Il y a trois ans, Falta et ses parents se sont joints à Méri, dans un site de transition dédié à la réintégration des personnes anciennement associées aux groupes armés. Mais sortir de la brousse ne signifie pas immédiatement retrouver une vie normale.

Les débuts étaient difficiles, Falta ne parle pas la langue locale, elle peine à se faire comprendre et se sent isolée. Bien que les portes s’ouvrent, les regards restent vigilants, marquant l’accueil d’une distance prudente parfois marquée par la méfiance. Certains habitants gardent leurs distances, d’autres jugent sans connaître.


« Quand je suis arrivée ici, je n’avais pas d’amis. Tous mes amis sont restés en brousse », raconte-t-elle.

Peu à peu, la situation a évolué, une main tendue, puis une autre, de l’aide, la présence des autres. La communauté commence à s’ouvrir et Falta progressivement trouve sa place.

enfants réintégrés se tiennent les mains
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

Aujourd’hui, elle est en classe de CE2. Elle apprend à lire et à écrire, découvrant un monde nouveau. Elle parle avec enthousiasme de ceux qui l’ont aidée, des kits scolaires et des kits d’hygiène qu’elle a reçus de l’UNICEF à leur arrivée ; ce sont des choses simples mais qui pour elle symbolisent une seconde chance.

Dans sa nouvelle vie, il y a aussi l’amitié. « Cinq amies », dit-elle avec un large sourire. Cinq liens précieux construits patiemment qui ont facilité son intégration et lui ont permis de retrouver un sentiment d’appartenance, un peu de son innocence.

La solidarité s’exprime aussi dans le voisinage. Une voisine veille sur elle lorsque ses parents s’absentent, et en retour, Falta et sa mère lui apportent leur aide lorsqu’elle en a besoin.


« Aujourd’hui, on est comme une famille », dit-elle.

enfants réintégrés assis sur des nattes
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

Un moment particulier va renforcer cette transformation, c’est celui d’un boot camp organisé par l’UNICEF avec l’appui financier de l’Union Européenne, réunissant 24 adolescents aux parcours différents, certains issus de la communauté hôte, d’autres comme Falta anciennement associés à un groupe armé non étatique.

Pendant deux jours, elle découvre un espace où elle peut s’exprimer librement. Lors d’une session sur l’intelligence émotionnelle, elle prend la parole et évoque ses peurs, ses souvenirs, mais aussi ses espoirs. « Avant, je gardais tout en moi. Aujourd’hui, je sais que parler peut m’aider. Surtout avec les nouveaux amis de plus que j’ai eu »

Falta regarde est désormais tournée vers l’avenir dans toute sa clarté. Elle veut continuer l’école, apprendre davantage et réaliser son rêve de devenir médecin. Son objectif est profondément lié à son histoire: soigner, aider, protéger des vies.

Elle aspire aussi à une vie stable, entourée de ses amies, dans un environnement où elle peut enfin être une enfant.

Son parcours s’inscrit dans un processus de réintégration encore en cours pour elle comme pour sa famille.