À 17 ans, elle offre son lait pour sauver deux jumelles orphelines à Kousseri
Au CNTI de Kousseri, deux jumelles de quelques semaines devenues orphelines survivent grâce à Colette, une mère de 17 ans qui partage son lait avec elles pendant leurs soins.
Dans une des salles communes d’hospitalisation du Centre de Nutrition Thérapeutique Interne (CNTI) de l'Hôpital Régional Annexe de Kousséri, deux bébés enveloppés dans des pagnes colorés, sont couchés côte à côte sur un lit de trois places. Il s’agit des jumelles âgées de quelques semaines à peine. Denis et Apia, ne savent pas encore que leur vie a basculé. Près d’elles dort Abdouram, deux mois, fils de colette.
Vingt et une heures après leur naissance, leur mère, Fatime, est décédée de l'autre côté de la frontière, au Tchad, où elle a été inhumée. Pendant trois jours, les deux nouveau-nés ont eu de l’eau sucrée comme aliment de survie. Lorsque les équipes communautaires de SHUMAS, partenaire de l'UNICEF, les identifient dans leur communauté, les jumelles sont extrêmement affaiblies. Leur grand-mère, elle-même malade et bouleversée par la perte de sa fille, les accompagne jusqu'au district de santé de Kousséri. Elles sont ensuite admises au CNTI de l'Hôpital Régional Annexe de Kousséri, où elles sont immédiatement prises en charge.
« À leur arrivée, elles étaient faibles, déshydratées et avaient de la fièvre », se souvient Issa, infirmier au Centre de Nutrition Thérapeutique Interne.
« Nous avons commencé les soins sans attendre. Denis pesait 2 kilogrammes et Apia 2,4 kilogrammes. Au-delà des traitements médicaux et nutritionnels, nous avons compris qu'elles avaient aussi besoin d'un environnement protecteur et d'une présence constante. »
Colette, 17 ans, mère d' Abdouraman de deux mois, accepte de donner son lait aux jumelles.
« Je me suis dit qu'elles méritaient de vivre. Si je pouvais faire quelque chose pour les sauver, alors je devais le faire. »
Ainsi, dès lors, son lait nourrit non pas un enfant, mais trois. Chaque tétée demande davantage d'énergie, de patience et de courage. « Ce n'est pas facile », reconnaît-elle, l’air un peu fatiguée.
« Je n'avais jamais imaginé allaiter trois bébés. J'ai souvent faim et je me sens fatiguée. Moi aussi, j'ai besoin de bien manger pour continuer à produire du lait. Mais chaque fois que je les vois téter, je retrouve de la force. J'espère qu'elles vont continuer à reprendre des forces et grandir en bonne santé. »
Autour de la mère nourricière, les soignants veillent et la soutiennent. Les traitements nutritionnels se poursuivent grâce aux intrants fournis avec l'appui de l'UNICEF et les soins médicaux administrés gratuitement par l’hôpital régional annexe de Kousséri. Les équipes, évaluent l’état nutritionnel des jumelles, suivent leur hydratation et accompagnent également Colette, dont l'engagement exige un soutien physique et psychologique. « Cette situation nous touche tous », confie Issa.
« En tant que soignants, nous faisons bien sûr notre travail médical. Mais nous savons aussi que Colette porte une responsabilité immense pour son âge. Nous essayons de l'accompagner, de l'encourager et de prendre soin d'elle également. »
Après trois jours de prise en charge, un premier signe d'espoir apparaît. Les jumelles prennent désormais le lait maternel. Leur traitement se poursuit parallèlement.
Avant de quitter la pièce, un dernier détail attire le regard. Les trois nourrissons dorment de nouveau, blottis dans les pagnes colorés. Colette reste assise à leurs côtés. Sa main repose sur les couvertures qui les enveloppent.
Dans quelques instants, l'un d'eux se réveillera. Elle le prendra dans ses bras. Qu'il soit son fils ou l'une des jumelles, son geste restera le même.
Dans un monde où les coups de la vie ont séparé une mère de ses enfants et par la même occasion où une autre jeune mère a choisi d'agrandir son cœur avant même d'agrandir sa famille, l’espoir renaît.
Et parfois, face à une urgence humanitaire, la première réponse ne tient ni dans une perfusion ni dans un médicament. Elle commence dans les bras d'une adolescente de 17 ans qui a simplement refusé de laisser deux bébés affronter le monde sans leur mère et a accepté de leur donner le plus important départ de leur vie à travers son lait maternel.
Pour les jumelles, ce geste simple est devenu bien plus qu’un acte de solidarité. C’est une seconde chance de grandir, de se développer et d’envisager l’avenir avec davantage d’espoir.