Là où le choléra menaçait des vies, une communauté a choisi de changer
Face au choléra à Blangoua, les déplacés font de l'hygiène leur rempart. Soutenus par l'UNICEF et l'ACDC, ils adoptent de nouvelles habitudes et des latrines pour protéger la communauté.
« Revenez ! Vous avez oublié de vous laver les mains ! »
Sous un grand arbre du site de déplacés de Blangoua, Ibrahim, 11 ans, interpelle ses deux petits frères qui s'éloignent après être sortis de la latrine familiale. Les deux garçons s'arrêtent, éclatent de rire et rebroussent chemin vers le dispositif de lavage des mains installé à quelques mètres.
Les observant frotter soigneusement leurs mains avec de l'eau et du savon, Ibrahim esquisse un sourire satisfait.
« Maintenant, c'est moi qui surveille », dit-il avec fierté. « On nous a expliqué que les microbes sont invisibles. Si on ne se lave pas les mains, ils peuvent nous rendre malades. Alors je rappelle toujours à mes frères de ne jamais oublier. »
Pour cet enfant de 11 ans, ce geste est devenu une habitude. Pourtant, il y a encore quelques mois, la situation était bien différente.
Dans l'arrondissement de Blangoua où vivent des milliers de familles ayant fui les violences et l'insécurité, plus de 150 latrines familiales témoignent d'une transformation remarquable. Grâce à la mobilisation communautaire menée par l'Association Action Citoyenne pour le Développement Communautaire (ACDC), partenaire de mise en œuvre de l'UNICEF, des familles déplacées ont abandonné la défécation à l'air libre et adopté des pratiques d'hygiène qui contribuent aujourd'hui à mieux les protéger contre le choléra.
À quelques pas des maisons, de petites latrines familiales se dressent désormais derrière les concessions. Pour un visiteur, elles pourraient passer inaperçues, mais il y a encore quelques mois, cette scène était tout autre. La défécation à l'air libre était une pratique courante. Les matières fécales contaminaient l'environnement, particulièrement pendant la saison des pluies comme en cette période, augmentant les risques de maladies diarrhéiques dans une zone où les populations vivent déjà dans une grande précarité.
Aujourd'hui, alors que le département du Logone et Chari est l'un des plus durement touchés par l'épidémie de choléra, les habitants du site des déplacés savent que les gestes les plus simples peuvent sauver des vies, mais ce changement ne s'est pas produit du jour au lendemain. Il est né d'une conversation.
À 51 ans, Moussa connaît désormais presque chaque famille installée sur le site. Père de famille et mobilisateur communautaire de l'Association Action Citoyenne pour le Développement Communautaire (ACDC), partenaire de mise en œuvre de l'UNICEF, il parcourt chaque jour les allées du site.
Son travail ne consiste pas seulement à parler d'hygiène. Il s'assoit avec eux et échange. Il explique sans jamais juger. « Au début, beaucoup de familles nous disaient : nous avons toujours vécu ainsi. Pourquoi changer aujourd'hui ?’ », raconte-t-il. « Nous avons pris le temps d'écouter leurs préoccupations et de montrer que protéger la santé de leurs enfants pouvait commencer par des gestes simples. Le changement ne s'impose pas. »
Au fil du temps, les discussions ont remplacé les hésitations et ont laissé place aux premières actions. Puis les familles elles-mêmes ont commencé à construire leurs propres latrines. Aujourd'hui, plus de 150 latrines familiales sont utilisées sur le site.
« Avant, nous pensions que les maladies arrivaient par malchance. Nous ne savions pas que certaines habitudes pouvaient mettre toute la famille en danger. Les sensibilisations nous ont aidés à comprendre. Nous avons construit notre latrine et nous la nettoyons pour la garder propre. »
Pour Halima, mère de quatre enfants, cette transformation a également changé le quotidien des femmes. « Avant, nous attendions souvent la nuit pour aller dans la brousse. Nous avions peur et nous manquions d'intimité. Aujourd'hui, nous utilisons une latrine près de la maison. »
Dans le Logone-et-Chari, où le choléra continue d’affecter les populations les plus vulnérables, chaque latrine utilisée et le respect des autres mesures de prévention aux moments clés, contribuent à réduire les risques de propagation de la maladie.
Pour Moussa, les bonnes pratiques doivent devenir des habitudes durables. Il poursuit les visites à domicile, anime des causeries éducatives et rappelle que construire une latrine n'est pas la dernière étape. « Une latrine protège lorsqu'elle est utilisée par tous, entretenue régulièrement et accompagnée d'un lavage systématique des mains avec de l'eau et du savon », explique-t-il.
Alors que Moussa s’apprête à quitter le site après avoir échangé avec les membres du dernier ménage , Fadi, une petite fille de 7 ans, l'aperçoit.
Sans qu'il ne lui dise un mot, elle regarde ses mains et court pour se laver les mains avec de l’eau et du savon. Lorsqu'elle a terminé, elle lève les yeux vers Moussa et l’interpelle en courant : « Tu as vu ? Je me suis bien lavé les mains .»
Moussa lui répond par un sourire. À cet instant, il a compris que le processus du changement social et comportemental est en marche sur ce site. Et que son travail dépasse largement la mobilisation communautaire en vue de la construction de latrines.
Ce qu'il voit devant lui, c'est une enfant qui a adopté un geste capable de la protéger aujourd'hui et qui, demain, le transmettra sûrement à ses amis et peut-être à ses propres enfants.
L'UNICEF et ses partenaires accompagnent cette dynamique de changement social comportemental en renforçant les capacités des communautés, en soutenant les actions de promotion des bonnes pratiques d'hygiène et d'assainissement et en aidant les familles à devenir les premières actrices de leur propre avenir et de leur propre protection. Car parfois, la première ligne de défense contre une épidémie commence par la décision d'une communauté de ne plus jamais revenir en arrière.
À Blangoua, le changement ne se mesure pas seulement au nombre de latrines construites. Il se lit aussi dans les gestes quotidiens des enfants qui grandissent avec de nouvelles habitudes capables de protéger leur santé aujourd'hui et celle de leur communauté demain.