Riposte au choléra : une sensibilisation sans frontière
Au pont de Nguéli, à la frontière Cameroun-Tchad, l'UNICEF et l'AAEDC mobilisent les communautés contre le choléra. Grâce aux relais locaux, l'hygiène s'impose pour stopper l'épidémie.
Un mois après le lancement de la campagne de sensibilisation, les changements sont perceptibles.
Au pont de Nguéli, Fadimatou, restauratrice de nationalité tchadienne connue pour ses beignets, haricots et bouillie, surveille désormais un geste devenu indispensable dans son établissement : le lavage des mains.
Avant l'intervention, cette pratique n'était pas systématique. Aujourd'hui, aucun client n'est servi sans passer par le dispositif installé à l'entrée.
« AAEDC nous a laissé une fiche de sensibilisation. Grâce à cela, nous demandons à nos clients de se laver les mains avec de l'eau propre et du savon avant d'entrer dans le restaurant », raconte-t-elle. « Beaucoup ont changé leurs habitudes et comprennent maintenant pourquoi il faut se protéger. »
Ce changement de comportement est particulièrement important dans un espace où se rencontrent quotidiennement des populations venues du Cameroun et du Tchad.
À quelques pas de son restaurant, Gérard a lui aussi adopté les mesures recommandées.
« J'ai écrit sur ma porte qu'il est obligatoire de se laver les mains avant d'être servi. C'est une maladie dangereuse que nous continuons parfois à négliger », témoigne-t-il.
Ces initiatives individuelles à la suite des sensibilisations, deviennent progressivement des normes collectives. Les restaurateurs, commerçants et chefs de ménage ne sont plus seulement des bénéficiaires de la sensibilisation ; ils deviennent eux-mêmes des relais de prévention.
Des acteurs engagés malgré les difficultés
Pour atteindre chaque ménage, les équipes communautaires sillonnent quotidiennement les quartiers, souvent sous de fortes pluies.
« Nous faisons du porte-à-porte dans les ménages et même dans les boutiques. C'est difficile à cause des pluies, mais nous continuons parce que nous savons que changer les comportements permet de sauver des vies », explique Jaret, animateur communautaire.
À Madana, zone frontalière où vivent côte à côte Camerounais et Tchadiens, la stratégie consiste à ne laisser personne de côté.
« Tout le monde est sensibilisé. Nous intervenons auprès de toutes les communautés parce que le choléra ne s'arrête pas à la frontière », souligne Ousmane Mahamat, superviseur d'AAEDC.
Les activités ne se limitent pas aux visites à domicile. Les équipes sensibilisent également dans les marchés, les centres d'accueil, les lieux de culte, les espaces communautaires et les associations de femmes.
« Ma stratégie consistait à mobiliser les associations de femmes et les églises. Une personne informée partage ensuite le message avec toute sa famille », explique Farayda Pauline, agent de santé communautaire polyvalent au centre de santé de Madana.
Cette approche a facilité l'adoption progressive des bonnes pratiques essentielles comme l'utilisation et l’entretien systématiques des latrines et le lavage régulier des mains.
« Les populations sont réceptives. Elles nous accueillent, nous écoutent et nous encouragent à poursuivre notre travail », ajoute-t-elle.
Des résultats concrets dans le district de santé de Kousséri
Un mois après le lancement de la réponse communautaire, les changements sont perceptibles dans les localités de Pagui et Madana. Les équipes formées et soutenues par l'UNICEF à travers son partenaire AAEDC ont porté les messages de prévention auprès de 7 070 personnes vivant dans 2 056 ménages. Dans les espaces communautaires, les séances d'échanges ont permis à près de 900 personnes supplémentaires de mieux comprendre les risques liés au choléra et les mesures essentielles pour s'en protéger.
Cette sensibilisation s'est accompagnée d'actions concrètes sur le terrain : des ménages et des lieux publics ont été désinfectés, l'assainissement a été promu auprès des familles et des cas suspects ont pu être identifiés et référés précocement. Dans un contexte transfrontalier marqué par une forte mobilité des populations, ces résultats montrent qu'en donnant aux communautés les connaissances, les outils et les moyens d'agir, celles-ci deviennent les acteurs de première ligne dans la lutte contre le choléra.
Un combat qui n'est pas encore terminé
Malgré ces progrès encourageants, des défis importants subsistent.
Dans les zones couvertes par l'intervention, 571 ménages ne disposent toujours pas de latrines. Cette situation oblige encore certaines familles à pratiquer la défécation à l'air libre, augmentant ainsi le risque de contamination de l'environnement et de résurgence de la maladie.
L'expérience de Nguéli et de Madana montre pourtant qu'un investissement dans la sensibilisation communautaire produit des résultats rapides et visibles. En quelques semaines seulement, des restaurateurs ont changé leurs pratiques, des familles ont adopté de nouveaux comportements d'hygiène et des acteurs communautaires sont devenus les premiers défenseurs des bonnes pratiques essentielles dans la lutte contre le choléra
Dans un contexte où les populations traversent quotidiennement la frontière entre le Cameroun et le Tchad, la prévention du choléra ne peut être efficace que si elle est portée par les communautés elles-mêmes.
Grâce à l'appui de l'UNICEF et à la mobilisation de son partenaire AAEDC, les habitants de Nguéli, Pagui et Madana démontrent chaque jour qu'une frontière peut séparer deux pays, mais qu'elle ne doit jamais limiter la protection de la santé des populations.