« AUJOURD'HUI, JE N'AI PLUS A MARCHER JUSQU'A LA BROUSSE »

À Blangoua, l'accès aux latrines soutenu par l'UNICEF et l'AAEDC transforme la vie de Falmata. Face au choléra, ces ouvrages redonnent dignité, santé et sécurité aux familles de l'Extrême-Nord.

Véronique Doumagai Wenai
Latrines à Blangoua
UNICEF/2026/Véronique Wenai Doumagai
21 septembre 2026

Sous le soleil accablant de Blangoua, à l'Extrême-Nord du Cameroun, chaque besoin naturel était autrefois une épreuve pour Falmata Sali. 

À son âge, ses jambes la portent difficilement. Pourtant, pendant des années, cette grand-mère a dû parcourir de longues distances pour se rendre dans la brousse afin de faire ses besoins. Une houe à la main, elle cherchait un endroit isolé, creusait un trou, puis le rebouchait avant de rentrer chez elle et vaquer à d’autres occupations quotidiennes. 

« Quand le besoin était pressant, c'était très difficile. Il fallait marcher loin des habitations, sous le soleil, puis creuser. Aujourd'hui, je suis vieille. Me courber pour creuser devient une véritable souffrance », raconte-t-elle. 

La douleur n’est qu'une partie du problème. Pour les femmes de la communauté de Blangoua en particulier, l'absence de latrines signifie aussi l'absence d'intimité et de dignité. Voir une personne se diriger seule vers la brousse avec une houe suffisait à dévoiler la raison de son déplacement. 

Falmata s’occupe aujourd'hui de sept petits-enfants orphelins, après la mort de leurs parents lors des attaques de groupes armés non étatiques. Malgré les difficultés, elle n'avait jamais imaginé qu'un simple ouvrage pourrait autant transformer son quotidien. 

une grand mère à Blangoua
UNICEF/2026/Véronique Wenai Doumagai

Quand une latrine change un mode de vie 

Le déclic survient lorsqu'une de ses petites-filles contracte le choléra à Blaram. 

« Quand je suis allée la voir, j'ai appris que l'utilisation des latrines et le lavage des mains étaient essentiels pour lutter contre cette maladie. J'ai alors compris les risques que nous courions en déféquant à l’air libre. » 

À Blangoua, cette prise de conscience individuelle s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis le 24 du mois de juin de l’année 2026, le district de santé de Mada, qui couvre l'arrondissement de Blangoua, est confronté à une  épidémie de choléra. 

Avec l'appui financier de l'UNICEF et de ses partenaires, des interventions d'urgence en eau, hygiène et assainissement ont été déployées pour protéger les populations. Dans les zones les plus exposées, le partenaire de mise en œuvre, Association des Animateurs et Encadreurs en Développement Communautaire (AAEDC), a construit 10 blocs comprenant 20 cabines de latrines (une latrine pour 25 personnes, soit 500 personnes pourront utiliser cet ouvrage), 10 douches et un point de lavage des mains. Les infrastructures ont été conçues pour résister aux inondations fréquentes dans cette localité située aux abords du lac Tchad. 

Parce qu'elle fait partie des personnes les plus vulnérables du village, Falmata a bénéficié d'un appui pour la construction d'une latrine familiale. Ses petits-enfants ont creusé la fosse et AAEDC a assuré gratuitement l'installation. 

« Je suis vraiment soulagée. Maintenant, je n'ai plus à marcher jusqu'à la brousse. Tout le monde utilise les latrines à la maison », dit-elle avec émotion. 

Pour Palmata Abakar, orpheline, l'impact est particulièrement visible pour les femmes et les jeunes filles. 

« Avant ces latrines, pendant mes menstruations, c'était très compliqué. Je n'avais aucune intimité. J'avais peur lorsque je partais dans la brousse pour changer ma serviette hygiénique. Certains garçons se moquaient même de moi. Avec la chaleur et la fatigue, c'était très difficile », témoigne-t-elle. 

Aujourd'hui, les nouvelles infrastructures leur offrent un espace sûr, propre et préservé des regards. 

nouvelles latrines temporaires
UNICEF/2026/Véronique Wenai Doumagai

De l’insouciance à l’action 

Au-delà de la construction des ouvrages, les interventions ont permis de faire évoluer les comportements. Dans le foyer de Falmata, le lavage des mains est devenu un réflexe. 

« Avant, nous ne faisions pas vraiment attention. Aujourd'hui, nous nous lavons les mains avant les repas, après les repas et après être allés aux toilettes », explique-t-elle. 

Pour les autorités sanitaires, ces changements contribuent déjà à freiner la propagation du choléra. 

« Depuis le début du mois de juin, nous avons enregistré plus de 500 cas de choléra et 6 décès dans le district de santé de Mada. Au plus fort de l'épidémie, nous recevions plus de 20 nouveaux cas par jour. Aujourd'hui, nous sommes descendus à environ 3 ou 4 cas quotidiens », indique Jonong Alexis, Chef du district de santé de Mada. 

Derrière ces chiffres se cachent des centaines de familles touchées par la maladie, mais aussi une communauté qui apprend progressivement à se protéger grâce à l'accès à l'eau potable, à l'assainissement et aux bonnes pratiques d'hygiène. 

Pour Falmata, cependant, les bénéfices se mesurent dans les gestes les plus simples du quotidien : ne plus marcher pendant de longues minutes sous le soleil, ne plus souffrir pour satisfaire un besoin essentiel, ne plus craindre la maladie. 

Dans une zone où le choléra a déjà bouleversé tant de vies, les latrines, les points de lavage des mains et les actions de sensibilisation soutenues par l'UNICEF représentent bien plus que des infrastructures. Ils offrent à des femmes comme Falmata la possibilité de vivre avec davantage de sécurité, de santé et de dignité, tout en donnant à leurs familles les moyens de se protéger durablement contre le choléra.