À Mémé, le soleil fait couler l’eau potable pour toute une communauté

Grâce à un système d’approvisionnement en eau solaire soutenu par l’Union européenne et l’UNICEF, les enfants de Mémé ont désormais accès à l’eau potable, à une meilleure santé et à plus de temps pour apprendre.

Salomon Beguel
Schoolchildren run across the school yard in front of a solar-powered water tower equipped with elevated water tanks and solar panels. The water system provides safe drinking water to pupils and the wider Mémé community in Cameroon’s Far North Region.
©UNICEF/2026/Salomon Beguel
30 octobre 2026

Il est 10 h 30. La récréation vient de sonner et les enfants jaillissent des classes en courant, cartables sur le dos. Il y a peu encore, cette ruée vers l’eau tournait à la bousculade. Aujourd’hui, elle s’achève par un geste simple : ouvrir un robinet et boire.

Fadi Débora a 14 ans. Elle est en CM2 à l’école publique de Mémé et rêve de devenir enseignante. « Avant, il n’y avait pas suffisamment d’eau, il y avait beaucoup de monde », raconte-t-elle. L’eau est arrivée à l’école cette année. Aujourd’hui, quand elle a soif, elle peut boire.

Plus de 2 000 élèves, un seul point d’eau

À Mémé, quatre établissements scolaires – écoles publiques, école bilingue et maternelle – se partageaient un point d’eau devenu largement insuffisant pour plus de 2 000 élèves.

Le directeur de l’école décrit la scène : « Pendant la pause, ils s’attroupent. Parfois même, ils se bagarrent. » Beaucoup d’enfants rentraient alors chercher de l’eau à la maison, sans que l’on sache d’où elle venait, et revenaient en retard en classe. « Nos enfants tombent régulièrement malades, on ne comprend pas la cause. Ça peut être dû à la consommation d’eau sale », poursuit-il.

Le contexte rendait la situation plus fragile encore : l’Extrême-Nord a été frappé ces derniers mois par le choléra, et l’insécurité continue de déplacer des familles vers des zones comme Mémé.

Le soleil comme source d’énergie

In the schoolyard at Mémé Public School, pupils gather near the solar-powered water tower, now at the heart of school life.
©UNICEF/2026/Salomon Beguel In the schoolyard at Mémé Public School, pupils gather near the solar-powered water tower, now at the heart of school life.

Grâce au projet DDR, financé par l’Union européenne, avec l’appui de l’UNICEF, un système d’adduction d’eau photovoltaïque a été construit à l’école. Des panneaux solaires alimentent la pompe, qui puise l’eau en profondeur et la distribue vers un château d’eau puis vers plusieurs fontaines.

Le système fonctionne à l’énergie solaire : des panneaux photovoltaïques alimentent la pompe d’un forage de 60 mètres, d’un débit de 3 m³. L’eau est stockée dans un château d’eau de 12 m³, puis distribuée vers quatre fontaines. Les travaux ont duré trois mois. L’ouvrage bénéficie d’un an de garantie avant sa réception définitive, période durant laquelle une équipe locale de suivi veille à son bon fonctionnement et peut solliciter l’entreprise en cas de panne.

« C’est un projet photovoltaïque qui consiste à pomper l’eau grâce au panneau solaire et à la distribuer dans les différentes fontaines », explique Baurel un des techniciens de l’entreprise chargée des travaux. Il a vu des habitants venir de loin pour puiser : « Cela montre qu’il y a vraiment un manque d’eau ici. »

A pupil drinks at one of the taps of Mémé’s water supply system.
©UNICEF/2026/Salomon Beguel A pupil drinks at one of the taps of Mémé’s water supply system.

Des enfants qui restent à l’école, une communauté qui respire

Les changements sont visibles au quotidien. « Les enfants ne vont plus à la recherche de l’eau au quartier. Ils consomment de l’eau potable, et on arrive maintenant à les contenir à l’école », se réjouit le directeur. Il constate moins de maladies et une meilleure présence en classe. Les élèves nettoient aussi plus facilement les latrines, grâce à l’eau disponible sur place.

Le bénéfice dépasse les murs de l’école. Le système alimente également l’espace ami des enfants, l’hôpital, les ménages des alentours et le marché voisin. Pour une population qui venait de loin chercher de l’eau, c’est un changement profond, et pour une région éprouvée par le choléra, un rempart de plus pour la santé des enfants et des familles..

With safe drinking water available on site, pupils stay at school and learn in better conditions
©UNICEF/2026/Salomon Beguel With safe drinking water available on site, pupils stay at school and learn in better conditions

Jouer pour se reconstruire

À l’école, des animateurs de l’espace ami des enfants proposent déjà des jeux et des activités pendant la pause. Pour les enfants déplacés, souvent marqués par ce qu’ils ont vécu, le jeu est un premier pas vers l’apaisement. « Quand l’enfant joue, il est épanoui, et en classe, il répond mieux aux cours », témoigne un enseignant. Pour lui comme pour ses collègues, l’accès à l’eau et le soutien psychosocial vont de pair : des enfants en bonne santé, qui boivent à leur soif et se sentent en sécurité, apprennent mieux.

During a play session, children laugh alongside a UNICEF staff : play helps children feel safe and learn better
©UNICEF/2026/Salomon Beguel During a play session, children laugh alongside a UNICEF staff : play helps children feel safe and learn better

Ce qui reste à faire

L’eau n’est qu’un début. La communauté éducative de Mémé partage ses priorités : une clôture pour protéger les élèves de la circulation qui traverse la cour, notamment les jours de marché ; des latrines fonctionnelles en nombre suffisant ; des tables-bancs, alors que de nombreux enfants s’assoient encore par terre ; des enseignants supplémentaires pour 925 élèves dans l’école ; et un mécanisme de référencement pour mieux protéger les enfants en situation de risque.

À la fontaine de Mémé, l’eau coule, et avec elle, des journées d’école qui ne s’interrompent plus. Pour Fadi, et pour des centaines d’enfants comme elle, c’est un pas de plus vers son rêve : celui de devenir, un jour, l’enseignante d’une classe.

A pupil writes on the blackboard during a lesson at Mémé Public School. For her and her classmates, access to water frees up time to learn
©UNICEF/2026/Salomon Beguel A pupil writes on the blackboard during a lesson at Mémé Public School. For her and her classmates, access to water frees up time to learn

Financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’UNICEF, l’OIM, le CNDDR et leurs partenaires, cet ouvrage montre comment l’accès à un service aussi essentiel que l’eau peut protéger les enfants, renforcer les services communautaires et soutenir la réconciliation dans une région marquée par les crises.

Car à Mémé, derrière chaque robinet, il y a désormais bien plus que de l’eau : du temps retrouvé pour apprendre, une santé mieux protégée et une communauté qui avance, ensemble, vers un lendemain plus sûr.