« À 4 H DU MATIN, J’AI PERDU CONNAISSANCE », LE TÉMOIGNAGE D’UNE SURVIVANTE DU CHOLÉRA

Sauvée in extremis du choléra à Kousséri, une jeune mère témoigne de son combat contre la maladie et transforme sa maison en une citadelle d'hygiène pour protéger ses proches.

Marie Guy Bandolo
choléra et allaitemen
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo
10 septembre 2026

Dans la cour de sa concession, une jeune femme de Kousséri couve son bébé du regard pendant qu’elle l’allaite. Il y a encore quelques jours, l'ombre de la mort planait sur son foyer. Aujourd'hui tirée d'affaire, elle se souvient avec une précision effrayante du moment où sa vie a failli lui échapper. 

La nuit où tout a basculé

De retour d'un voyage à Ndjamena, la jeune mère, commerçante au marché de Kousséri, a soudainement ressenti des douleurs au ventre. En quelques heures à peine, la maladie se déchaîne avec une violence inouïe : 

« J’ai commencé à avoir une diarrhée abondante. Le lendemain à partir de deux heures du matin, la diarrhée est devenue plus intense, accompagnée de vomissements. À 04h00, j’ai appelé mon mari. Lorsque nous sommes arrivés à l’hôpital, j’avais déjà perdu connaissance ».

S'en sont suivis trois jours éprouvants d'hospitalisation loin de son bébé, de réhydratation intensive et d'incertitude pour ses proches. À son réveil, elle découvre sur la fiche d’examen la cause de sa maladie : le choléra.

« Quand j’ai insisté pour voir mon bébé, le personnel médical a refusé. Pour eux, j’étais encore assez faible pour allaiter. Ce n’est qu’au bout du troisième jour que j’ai été autorisée à voir et à toucher mon bébé », se souvient-elle.

 

enfant qui lave les mains
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo enfant d'une survivante de choléra qui se lave les mains à Kousseri

Transformer la peur en une citadelle d'hygiène

Frôler le drame a transformé cette mère en une combattante de la prévention. Repartie de l'hôpital les bras chargés de désinfectants, d'eau de Javel et de conseils prodigués par les équipes de santé, elle a réorganisé toute la vie de son foyer pour faire de sa maison un sanctuaire inviolable : 

« Je nettoie désormais les jarres d’eau potable avec de l’eau de Javel. Je m’assure qu’ils sont bien couverts. J’insiste pour que mes enfants lavent régulièrement leurs mains avec de l’eau potable traitée à la javel. »

La jeune maman prévient les sceptiques. Le choléra est une maladie dangereuse.

« À ceux-là qui doutent encore de l’existence de cette maladie, je dis que le choléra est une maladie qui peut conduire à la mort. Je recommande à ceux qui franchissent la porte de ma demeure l’entretien de leur maison. La saleté est l’ennemie à combattre », précise-t-elle.

Chaque jour, elle s’assure que les toilettes de sa maison respirent la propreté.

Faire barrage au monstre invisible

À Kousséri, le choléra a montré à quel point il pouvait détruire des familles en une seule nuit. Mais face à la maladie, le témoignage de cette survivante et la sensibilisation menée sur le terrain prouvent que le choléra n'est pas une fatalité. Avec des gestes d'hygiène simples et un élan de solidarité, les communautés se relèvent, déterminées à protéger le sourire et l'avenir de chaque enfant.