Kolofata en flammes pour une deuxième fois : le sort s’acharne sur les déplacés internes
Deux incendies en quelques semaines ont laissé plus de 2 000 familles sans abri à Kolofata. Entre faim, froid et pertes répétées, les déplacés tentent de survivre tandis que l’UNICEF apporte un soutien vital.
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Le vent soufflait doucement cette matinée-là aux environs de 10 h à Kolofata. Sur le site des déplacés internes, les familles tentaient de reconstruire un semblant de vie après le premier incendie qui, deux semaines plus tôt, avait déjà tout emporté. Les abris tenaient debout grâce à quelques branches d’arbres, des morceaux de bois et une volonté de continuer.
Mais le samedi 28 février, le feu s’est de nouveau invité dans un autre site. Au début, ce n’était qu’une petite flamme. Puis le vent l’a portée d’un abri à l’autre. En quelques minutes, les cris ont envahi le village. « Le feu allait plus vite. Le temps d’aller chercher de l’eau avec toute la distance c’était déjà trop tard », nous dit Yassoua. Naissata, une mère de quatre enfants, se souvient. « J’ai juste eu le temps de prendre mon bébé et de sortir. Tout le reste est parti en fumée. »
Les flammes ont dévoré les abris fragiles, faits de pailles, construits très proches les uns des autres. Selon Elias, secrétaire général de la commune de Kolofata, cette promiscuité a facilité la propagation de l’incendie.
Deux semaines après le premier sinistre qui avait déjà fait près de 1 000 victimes, ce nouvel incendie a laissé 2087 familles de plus sans abri. Depuis ce jour-là, les nuits sont longues à Kolofata.
Les familles dorment à même le sol, sous un ciel parfois glacial. Les enfants pleurent de faim. Les parents regardent l’horizon en silence, cherchant une solution qui semble toujours trop loin.
« Les enfants n’ont pratiquement rien à manger », raconte Halima, assise sous une tente observant sa fille qui allume le petit feu de bois pour bouillir le haricot. « Quand ils demandent de la nourriture, on ne sait plus quoi répondre. »
Des femmes assises sur une natte dans un abri de fortune après le deuxième incendie du camp des déplacés de Kolofata
Certaines mères hésitent même à allaiter.
« Je crains d’allaiter mon bébé », murmure Mariam. « Parce que moi-même je n’ai presque rien mangé. J’ai peur d’avoir encore plus faim après et de ne pas pouvoir porter mon enfant. »
Autour d’elles, des enfants jouent dans la poussière avec des objets récupérés dans les débris. D’autres restent silencieux.
Les jours passent lentement. Les nuits semblent ne jamais finir.
Dans les quartiers voisins, les habitants se souviennent encore de la scène.
Djibril, membre de la communauté hôte, a vu les flammes s’élever dans le ciel.
« On aurait dit que toute la ville brûlait », raconte-t-il. « Les gens couraient dans tous les sens. Certains pleuraient, d’autres criaient les noms de leurs enfants. Nous avons essayé d’aider comme nous pouvions, mais le feu était trop fort. »
Malgré leurs propres difficultés, plusieurs familles de la communauté hôte ont ouvert leurs portes pour offrir un peu d’eau, un coin pour se reposer ou simplement une présence humaine.
Le staff de l'UNICEF à Maroua procède au recensement des besoins dans le camp de déplacés de Kolofata
Face à cette nouvelle catastrophe, les équipes de l’UNICEF se sont immédiatement mobilisées. Kits d’urgence en main, elles se sont rendues sur le site pour soutenir les familles les plus vulnérables et évaluer les besoins les plus urgents. Des nattes et couvertures ont été distribuées, ainsi que 250 moustiquaires aux ménages touchés. Des activités de sensibilisation sur les droits de l’enfant et le soutien psychosocial ont été menées. La prise en charge des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère a été renforcée grâce au prépositionnement de Plumpy’Nut et de lait thérapeutique dans les formations sanitaires. Par ailleurs, 380 kits WASH ont été distribués à 287, accompagnés d’actions de mobilisation communautaire et de diffusion de supports (affiches et messages) sur les Pratiques Familiales Essentielles et la promotion de l’allaitement maternel en situation d’urgence.
Ces actions ont apporté un premier soulagement. Mais les besoins restent immenses.
Un homme reconstruit sa case avec l'aide de Bintoun une U-Reporter après l'incendie du camp de déplacés internes de Kolofata
Malgré tout, la vie reprend doucement. Avec des branches, des cordes et quelques morceaux de tiges récupérés, les familles recommencent à construire.
« Nous n’avons pas le choix », dit Lawane en redressant les poteaux d’un nouvel abri. « Si on s’arrête, on abandonne. Et nous ne voulons pas abandonner. »
Autour de lui, Bintou, une U-Reporter by UNICEF qui l’aide à reconstruire. Et 19 autres U-Reporters sont en train de soutenir d’autres familles sur le site dans la reconstruction des maisons temporaires.
Les familles de Kolofata tentent de se relever une seconde fois, leur résilience est remarquable. Mais la résilience seule ne suffit pas. Leurs ressources sont épuisées ; car derrière chaque abri brûlé se cache une famille qui espère pouvoir vivre demain sans craindre de tout perdre à nouveau.
Une fillette fait la vaisselle dans le camp des déplacés de Kolofata après les incendies
Les enfants ont besoin de nourriture, d’eau potable, de soins et d’un endroit sûr pour dormir. Les mères ont besoin de soutien pour nourrir et protéger leurs bébés. Les abris doivent être reconstruits, et les services essentiels renforcés pour éviter qu’une nouvelle tragédie n’aggrave encore leur souffrance. Avec l’appui de ses partenaires, UNICEF poursuit sa mobilisation pour répondre aux besoins les plus urgents. Mais l’ampleur de la crise dépasse les moyens disponibles. Un soutien rapide et accru des donateurs est essentiel pour fournir des abris d’urgence, des kits d’hygiène, des soins nutritionnels vitaux et une protection aux milliers d’enfants et de familles touchés. À Kolofata, chaque contribution peut faire la différence entre une nuit passée dans la peur et l’espoir d’un lendemain plus sûr.