Un « Registre Unique » vient alléger la surcharge de travail des agents de santé communautaire.

Pour une meilleure harmonisation des interventions dans la santé communautaire, un outil simplifié de collecte de données communautaires est piloté dans le district sanitaire de Mutaho.

Jean Gabriel Uwamahoro
Un agent de santé de communauté en visite à domicile dans un ménage de l’Aire de responsabilité du centre de santé de Mutoyi, district Mutaho, province Gitega, est en train de saisir les données dans son registre.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro
30 décembre 2025

Un bon matin, alors qu’il pleuvait légèrement, nous sommes arrivés au district sanitaire de Mutaho, en province de Gitega. Le point focal de la santé communautaire nous a accueillis. Après nous avoir rapidement présenté les actions du projet pilote de la stratégie nationale de la santé communautaire, dont ce district fait partie, il nous a proposé de visiter le centre de santé (CDS) de Mutoyi, qui bénéficie de ce projet.

Ce centre de santé est l’une des structures sanitaires de la province de Gitega qui teste la nouvelle stratégie nationale de la santé communautaire (SNSC 2025-2029). Il couvre environ 33 107 habitants, soit près de 8 372 ménages. Grâce à cette stratégie, le ministère de la Santé publique a développé un registre simplifié (Registre Unique) pour la collecte mensuelle des données communautaires par les agents de santé communautaire (ASC), en remplacement des neuf registres précédemment utilisés, dans le souci d’alléger leur charge de travail.

« Pour mes visites à domicile, je devais transporter 13 registres pour traiter les cas. Quelquefois, je tombais sur un cas et je n’avais pas le bon registre pour noter les informations », nous raconte Nestor, un ASC.

Auparavant, les ASC assuraient le suivi de plus de 700, voire de 1 000 ménages. Compte tenu de ce nombre, certains ménages n’étaient jamais visités, même pendant plusieurs mois d’affilée. Les visites à domicile étaient donc effectuées de manière ciblée, principalement auprès des ménages comprenant des patients nécessitant un suivi rapproché ou ayant un besoin spécifique de sensibilisation à certaines thématiques. Face à cette contrainte, le MSP a mis en place une nouvelle politique consistant à n’octroyer que 100 ménages par ASC.

Un agent de santé communautaire en visite chez une mère allaitante à Bugendana, en province Gitega.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro Un agent de santé communautaire en visite chez une mère allaitante à Bugendana, en province Gitega.
L’Infirmier titulaire du Centre de Santé de Mutoyi en train de consulter les données mensuelles collectées par les agents de santé communautaire.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro L’Infirmier titulaire du Centre de Santé de Mutoyi en train de consulter les données mensuelles collectées par les agents de santé communautaire.

Spès, un ASC de Bugendana, se dit très satisfaite de cette nouvelle politique : « Avant, je devais me dépêcher pour voir le plus de familles possible. Souvent, je notais des informations sans vraiment les vérifier, faute de temps. Maintenant, je peux visiter tous mes 100 ménages chaque mois et m’enquérir de leurs problèmes. J’en visite au moins trois par jour, pour une durée de 45 minutes à une heure chacun ; le temps nécessaire pour mener mes activités de sensibilisation, de prévention et, si besoin, de prise en charge curative. »

Pour aider les agents de santé communautaire à se perfectionner, le CDS de Mutoyi, comme les autres structures concernées par ce projet, a bénéficié d’une dotation d’un téléviseur sur lequel sont diffusées de courtes vidéos de sensibilisation. Ces vidéos permettent aux patients venus en consultation de recevoir des messages essentiels sur la santé pendant l’attente de prise en charge. « Ces vidéos aident les agents à maîtriser les messages clés et à se familiariser avec les techniques de sensibilisation à utiliser lors des visites à domicile », nous a expliqué l’infirmier titulaire du centre de santé de Mutoyi. Les patients apprennent également les bonnes pratiques familiales essentielles en regardant ces vidéos, ce qui leur permet de mieux comprendre le rôle et l’importance des ASC.

L’utilisation du « Registre Unique » a permis de réaliser une cartographie précise des ménages afin d’améliorer la couverture sanitaire.

Des patients venus en consultation en train de regarder une vidéo sur les pratiques d’hygiène diffusée dans la salle d’attente du centre de santé de Mutoyi.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro Des patients venus en consultation en train de regarder une vidéo sur les pratiques d’hygiène diffusée dans la salle d’attente du centre de santé de Mutoyi.
Un agent de santé communautaire tenant un registre unique après avoir saisi les données dans un ménage à Bugendana, province Gitega.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro Un agent de santé communautaire tenant un registre unique après avoir saisi les données dans un ménage à Bugendana, province Gitega.

Tous les ASC rencontrés ont affirmé que la charge de travail est désormais correcte et gérable au regard des tâches et des ménages dont ils ont la responsabilité. « Grâce au Registre Unique, nous ne sommes plus débordés. Nous pouvons gérer notre travail et offrir des soins de qualité aux patients. L’utilisation du registre unique aide beaucoup à disposer de chiffres officiels plus fiables », a déclaré un agent de santé communautaire lors d’une visite à domicile à Mutaho.

La population de Mutaho se réjouit également de cette initiative. Claire, une mère rencontrée lors d’une visite à domicile d’un ASC, se dit très satisfaite : « Avant, je pouvais passer des semaines, voire des mois sans voir un agent de santé communautaire chez moi. Mais maintenant, ils viennent plus souvent et toute ma famille peut suivre leurs conseils », se réjouit-elle.

Un registre unique avec la liste des éléments à documenter lors de la visite d’un agent de santé communautaire à domicile.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro Un registre unique avec la liste des éléments à documenter lors de la visite d’un agent de santé communautaire à domicile.

Grâce à ce Registre Unique, les données sont mieux standardisées et le système d’information est mieux alimenté. Les données collectées permettent une meilleure gestion des stocks de fournitures essentielles et aident à prévenir ou à gérer les urgences sanitaires. « Le registre unique nous a permis d’améliorer notre gestion des urgences. Comme il est tenu à jour quotidiennement, lorsqu’une épidémie se déclare, nous sommes rapidement informés et pouvons réagir avant que la situation ne s’aggrave », affirme Sébastien Nsengumuremyi, infirmier titulaire du centre de santé de Mutoyi.

Cette initiative, soutenue par l’UNICEF grâce au financement du Fonds de lutte contre les pandémies (Pandemic Fund), a contribué au renforcement du système de santé et à une meilleure planification des activités et interventions qui sauvent des vies. Elle aide à gérer le personnel de santé et à prendre des décisions fondées sur des données fiables.

Les communautés des localités proches du district sanitaire de Mutaho espèrent que ce projet sera étendu à l’ensemble du pays, car cela contribuerait grandement à mettre en œuvre l’approche « Une seule santé ».