Burundi : vers une stratégie nationale multisectorielle CREC dans une approche « Une Seule Santé »

Portée conjointement par le COUSP et l’UNICEF, grâce au financement du Fonds de lutte contre les pandémies, cette initiative vise une communication plus coordonnée, participative et inclusive pour renforcer la résilience face aux crises sanitaires.

Odette Kwizera
Photo de famille des participants à l’atelier d’ébauche de la stratégie nationale multisectorielle de communication sur les risques et l’engagement communautaire selon l’approche « Une Seule Santé » .
@UNICEF/2026/O. Kwizera
29 mai 2026

Au Burundi, les défis sanitaires restent nombreux et parfois simultanés. Entre les épidémies récurrentes comme le choléra, la variole simienne (Mpox), les menaces des maladies à fièvres hémorragique virales, les déplacements de populations après des catastrophes naturelles ou encore les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’information, les communautés sont régulièrement confrontées à des situations qui exigent une réponse rapide et coordonnée.

C’est dans cette dynamique que le Burundi engage aujourd’hui une réforme majeure de sa communication en situation d’urgence. Portée par le Centre des Opérations d’Urgence de Santé Publique (COUSP), avec l’appui de l’UNICEF grâce au financement du Fonds de lutte contre les pandémies, l’élaboration d’une stratégie nationale multisectorielle de communication sur les risques et d’engagement communautaire marque une volonté de bâtir un système plus cohérent, plus participatif et plus efficace.

Au-delà de la sensibilisation, cette stratégie vise à renforcer le dialogue entre les institutions et les communautés afin de mieux comprendre les préoccupations des populations, renforcer la confiance et encourager leur participation dans la prévention et la réponse aux urgences sanitaires. « La communication sur les risques et l’engagement communautaire est un pilier central de préparation et de réponse aux urgences de santé publique », souligne Théogène Irakoze, Chargé du système d’information sanitaire, informatisation et communication au COUSP.

Malgré l’implication de nombreux acteurs issus de différents secteurs, les interventions restent souvent dispersées et peu harmonisées, limitant leur impact sur les comportements des populations. « Les approches restent fragmentées (…) avec une faible utilisation des données et des retours des communautés pour orienter les décisions », relève Gaoussou Nabaloum, Spécialiste en changement social et comportemental (SBC) dans les situations d’urgence à l’UNICEF Burundi.

Pourtant, le Burundi dispose déjà d’atouts importants : des réseaux communautaires actifs, des relais locaux mobilisés et divers canaux de communication. Le défi consiste désormais à passer d’une logique essentiellement réactive à une approche davantage tournée vers la préparation et la prévention. La nouvelle stratégie entend ainsi mieux structurer les interventions, harmoniser les messages et renforcer la coordination entre les secteurs. Elle repose aussi sur une évolution de l’approche communicationnelle : au-delà de transmettre des messages, il s’agit d’écouter les communautés, comprendre leurs réalités et adapter les réponses à leurs besoins. 

Discussion des résultats issus des travaux en groupe.
@UNICEF/2026/O. Kwizera Discussion des résultats issus des travaux en groupe.
Discussion des résultats issus des travaux en groupe.
@UNICEF/2026/O. Kwizera Discussion des résultats issus des travaux en groupe.

Les analyses menées durant l’atelier ont mis en évidence plusieurs défis persistants : des mécanismes encore peu intégrés dans les systèmes permanents, des capacités inégales selon les niveaux, un accès limité à l’information dans certaines communautés et une participation encore faible de certains groupes, notamment les jeunes. Ces limites favorisent la circulation des rumeurs, compliquent l’adoption des comportements préventifs et rendent plus difficile l’accès de certains publics à des informations fiables et adaptées.

Pour y répondre, la stratégie propose une approche globale fondée sur la coordination des acteurs, la communication sur les risques, l’engagement communautaire, l’analyse des comportements et le renforcement des capacités. Elle repose aussi sur une approche multisectorielle, reconnaissant que les crises sanitaires sont liées à plusieurs facteurs environnement, conditions de vie, pratiques sociales qui nécessitent une collaboration étroite entre différents secteurs. Comme le rappelle Gaoussou : « Les crises sanitaires ne touchent pas uniquement la santé humaine […] elles sont liées à plusieurs facteurs qui interagissent entre eux. »

Cette vision ouvre la voie à une réponse plus cohérente, en limitant les duplications et en rapprochant les interventions des réalités vécues par les communautés. Elle marque surtout un changement profond : replacer les populations au cœur de la réponse. Celles-ci ne sont plus perçues comme de simples bénéficiaires, mais comme des acteurs essentiels, capables d’identifier les problèmes, de relayer l’information et d’influencer les comportements.

Dans cette logique, la stratégie vise à renforcer leur participation à toutes les étapes, de la prévention à la gestion des crises. Comme l’exprime Théogène Irakoze :« les communautés auront un accès rapide à des informations fiables et adaptées à leurs réalités, participeront davantage à la prise de décision et seront pleinement impliquées dans les mécanismes de prévention et de gestion des urgences. ».

Les participants échangeant et discutant en plénière.
@UNICEF/2026/O. Kwizera Les participants échangeant et discutant en plénière.

Toutefois, cette ambition ne peut être atteinte sans une attention particulière à l’inclusion. L’expérience de terrain rappelle que certains groupes restent encore exclus des dispositifs classiques. Jacqueline Niyonkuru, présidente de l’Action pour l'Encadrement et la Promotion des Vulnérables au Burundi - Association pour la défense et la promotion des droits des personnes vulnérables, alerte pendant qu’elle prenait part à cette activité : « Il existe une catégorie de personnes sourdes-muettes qui ne peuvent pas entendre les messages. » Cette exclusion a entraîné des conséquences concrètes, notamment pendant la pandémie de COVID-19, où certaines personnes ont été sanctionnées simplement parce qu’elles n’avaient pas compris les consignes.

Les initiatives menées localement montrent pourtant qu’il est possible d’agir autrement. En adaptant la communication, notamment par l’utilisation de la langue des signes, il devient possible de toucher ces publics et de faciliter la diffusion des informations au sein des communautés. Pour elle, l’enjeu est clair : « Nous souhaitons que cette stratégie soit inclusive, en particulier pour les personnes ayant des handicaps liés à l’audition et à la vue. »

L’appui de l’UNICEF s’inscrit dans cette dynamique de transformation, à travers un soutien technique et financier visant à renforcer les capacités nationales, améliorer la qualité des messages et structurer les mécanismes d’écoute des communautés. En réunissant institutions publiques, partenaires, société civile et acteurs communautaires dans une démarche de co-construction, cette stratégie ambitionne de faire évoluer durablement la communication en santé publique : passer d’une approche centrée sur la réaction aux crises à une logique de préparation continue, et d’une communication descendante à un véritable dialogue avec les communautés.