Ruyigi : Quand la communauté de Butaganzwa s’approprie son développement

Dans la province de Buhumuza, à travers les ateliers de restitution du Plan Communal de Développement Communautaire, autorités locales, femmes, jeunes et leaders collinaires redéfinissent ensemble les priorités de leur commune et l’avenir de leurs enfants

Odette Kwizera
 Les chefs de collines, les responsables des services de santé, d’éducation et d’état civil, ainsi que les conseillers en développement des zones de Bisinde et Rugongo, se réunissent pour redéfinir ensemble les priorités de leurs communes
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera
06 mars 2026

Sous un soleil matinal, la salle de réunion de Bisinde, l’une des zones de la commune de Butaganzwa, se remplit peu à peu. Chefs de collines, responsables des services de santé, d’éducation et d’état civil, ainsi que conseillers en développement prennent place pour participer à un atelier zonal de restitution du Plan Communal de Développement Communautaire (PCDC). Cahiers ouverts, chacun écoute attentivement, échange et note : ici, il ne s’agit pas seulement d’être informé, mais bien de valider, ajuster et proposer des priorités concrètes pour la zone.

En amont de cet atelier zonal, l’équipe communale de planification ainsi que les représentants des départements communaux, de la société civile, des confessions religieuses, des femmes, des jeunes et des personnes vivant avec un handicap se sont réunis pour s’approprier le PCDC, harmoniser leur compréhension et préparer les délégations chargées de sa restitution auprès des communautés.

Une approche commune : se concerter et prioriser

Dans toutes les communes, la restitution suit la même approche ; elle s’organise en deux étapes complémentaires : d’abord au niveau communal, pour informer et préparer les acteurs clés ; puis au niveau zonal, où un extrait du PCDC est présenté afin de mettre en lumière les projets spécifiques à chaque zone. Les participants y travaillent en groupes autour de quatre axes prioritaires : transformation structurelle ; capital humain et inclusion sociale ; environnement et adaptation au changement climatique ; gouvernance, justice et inclusion. L’objectif de leurs travaux est de valider les priorités, de proposer des ajustements et d’identifier d’éventuels éléments complémentaires à intégrer en annexe au plan local de développement.

Ce processus s’inscrit dans une dynamique nationale portée par le ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique avec l’appui de l’UNICEF Burundi, dans le cadre du Programme d’appui au secteur de l’eau et au renforcement de la résilience au changement climatique (PASEREC), financé par la Banque africaine de développement.

Bien que les 42 communes du pays disposent depuis 2024 de PCDC harmonisés à la suite de la nouvelle organisation administrative, ces documents résultent de la fusion des PCDC des anciennes communes et n’ont pas encore fait l’objet d’une restitution systématique auprès des communautés de base. La restitution des PCDC vise ainsi à renforcer la participation citoyenne, à assurer une appropriation locale réelle et à recueillir les compléments nécessaires pour alimenter les Plans de Travail et Budgets Annuels (PTBA), après validation par le Conseil communal.

Deuxième à partir de la gauche, Isaïe Niyibitanga, conseiller économique communal de Butaganzwa. À ses côtés, des représentants des départements, de la société civile, des confessions religieuses, ainsi que des groupes de femmes, de jeunes et de personnes vivant avec un handicap
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Deuxième à partir de la gauche, Isaïe Niyibitanga, conseiller économique communal de Butaganzwa. À ses côtés, des représentants des départements, de la société civile, des confessions religieuses, ainsi que des groupes de femmes, de jeunes et de personnes vivant avec un handicap

Écouter la voix des populations : une étape essentielle

À Butaganzwa, l’atelier communal a déjà permis de faire émerger de nouvelles priorités. Comme l’explique le conseiller économique communal, Isaïe Niyibitanga, ce PCDC est le premier élaboré dans la nouvelle configuration administrative et, contrairement à la pratique jusqu’alors, il a été finalisé sans consultation préalable systématique des populations, principalement par les élus locaux. « La restitution constitue justement l’occasion de corriger cette lacune, de vérifier que les attentes citoyennes sont réellement prises en compte et d’intégrer les évolutions récentes », explique-t-il.

Il précise avoir déjà consigné plusieurs nouvelles priorités exprimées par les participants, notamment la mise en place de poulaillers dans chaque zone afin de lutter contre la malnutrition, l’aménagement d’un espace pouvant servir de marché, la construction de galeries commerciales à louer à la population, ainsi que l’aménagement d’un parking avec station de lavage, susceptible de générer des revenus pour la commune.

Pour lui, ces contributions illustrent une conviction forte : le développement commence à la base, au niveau de la colline, et la participation communautaire reste le socle d’une planification pertinente et inclusive.

Dieudonné Kwizera, chef de la colline Rutonganikwa (zone Bisinde)
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Dieudonné Kwizera, chef de la colline Rutonganikwa (zone Bisinde)
 Agnès Ndihokubwayo, cheffe de la colline Nyagashubi (zone Rugongo)
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Agnès Ndihokubwayo, cheffe de la colline Nyagashubi (zone Rugongo)

Sur les collines, la restitution prend une dimension plus personnelle. Pour de nombreux chefs collinaires, c’était la première occasion de découvrir en détail le contenu du PCDC. Agnès Ndihokubwayo, cheffe de la colline Nyagashubi (zone Rugongo), se réjouit de constater que les projets du PCDC répondent aux besoins réels de sa communauté. Elle nuance cependant : « Si je devais hiérarchiser les urgences, je mettrais en priorité les projets portant sur les semences améliorées, l’eau potable et les latrines. Il faut aussi accompagner les femmes pour qu’elles puissent élire et se faire élire, et sensibiliser les hommes à leurs droits », souligne-t-elle.

Dieudonné Kwizera, chef de la colline Rutonganikwa (zone Bisinde), partage cette volonté d’agir rapidement. Tout en reconnaissant que les priorités reflètent globalement les réalités locales, il a suggéré la construction de nouvelles écoles primaires et l’aménagement de latrines séparées dans les espaces publics. « Dès demain, je vais organiser des réunions communautaires pour informer les habitants et les sensibiliser à leur rôle dans la mise en œuvre », assure-t-il.

La participation des femmes occupe également une place centrale dans ces échanges. Evelyne Nshimirimana, présidente du Forum des femmes de Butaganzwa, a souligné un phénomène préoccupant : Ruyigi enregistre de nombreux cas d’enfants qui abandonnent l’école pour se rendre en Tanzanie à la recherche d’un emploi. « Il faut multiplier les sensibilisations pour comprendre les causes et chercher des solutions adaptées », plaide-t-elle. Elle insiste également sur la nécessité d’accroître l’accès des femmes vulnérables aux services financiers.

 Dionise Irankunda, président du Forum des jeunes de Ruyigi
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Dionise Irankunda, président du Forum des jeunes de Ruyigi
 Evelyne Nshimirimana, présidente du Forum des femmes de Butaganzwa
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Evelyne Nshimirimana, présidente du Forum des femmes de Butaganzwa

La voix des jeunes s’est également fait entendre. Dionise Irankunda, président du Forum des jeunes de Ruyigi, définit le développement communal comme le bien-être des habitants, avec un accès effectif aux services sociaux de base tels que les routes, les écoles et les soins de santé. Il reconnaît que plusieurs priorités des jeunes figurent dans le PCDC, mais nuance cet optimisme en soulignant que certains projets, bien que planifiés, tardent souvent à être mis en œuvre. « Si j’avais le pouvoir de décision, je mettrais en avant l’électricité et l’eau potable car on ne peut pas entreprendre sans accès à ces services », explique-t-il. Il appelle également à une implication réelle des jeunes dans les espaces de décision et à un suivi rigoureux afin que les projets planifiés ne restent pas sans suite.

 Jean Claude Hashazimana, conseiller en planification locale au ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Jean Claude Hashazimana, conseiller en planification locale au ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique

Au-delà des priorités sectorielles, ces ateliers traduisent une ambition plus large : renforcer la gouvernance locale et la redevabilité.

Pour Jean Claude Hashazimana, conseiller en planification locale au ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique, la restitution est « une étape cruciale du processus de décentralisation », car elle place les communautés au centre de la prise de décision. Elle améliore la qualité de la planification en s’assurant que les ressources répondent à des besoins réellement exprimés. Selon lui, le défi reste toutefois financier : toutes les communes du pays ne pourront peut-être pas bénéficier de ces restitutions faute de moyens suffisants. Il exprime l’espoir que les partenaires continuent d’accompagner cette dynamique.

À Butaganzwa comme ailleurs, ces échanges ont mis en évidence une conviction partagée : un plan de développement ne prend réellement vie que lorsqu’il est compris, discuté et enrichi par les communautés, faisant de la restitution du PCDC une véritable démarche collective au service du développement local.

 Photo de famille des participants à l’atelier zonal de restitution du PCDC pour les zones de Bisinde et Rugongo ; commune Butaganzwa
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Photo de famille des participants à l’atelier zonal de restitution du PCDC pour les zones de Bisinde et Rugongo ; commune Butaganzwa