Burundi: Projet No Time to Waste, une réponse intégrée & multisectorielle en faveur de la nutrition.

Face à la malnutrition sous toutes ses formes, l’UNICEF, financé par le Royaume des Pays-Bas, met en œuvre à Muruta une initiative ancrée au sein des communautés & des écoles. Des bancs du lycée COMIBU, découvrez les transformations alimentaires apportées

Landry Gaël Nihorimbere
Farine infantile composite, préparée par l’association Ingo Nawe et destinée aux enfants de moins de 5 ans en occurrence les enfants de 6-23 mois et aux enfants souffrant de  malnutrtion aigue moderee pris en charge dans le FARN dans la localité de Muruta.
@UNICEF Burundi/2026/L. G. Nihorimbere
18 février 2026

Au Burundi, les pratiques alimentaires des enfants de 6 à 23 mois restent inadéquates, malgré une légère amélioration observée selon l’enquête SMART 2024 : 28% des enfants ont accès à une alimentation diversifiée, contre 21% en 2022, et 18% bénéficient d’une alimentation minimale acceptable, contre 13% en 2022. Des disparités persistent, notamment à Cankuzo (34% d’alimentation diversifiée, 26% d’alimentation minimale acceptable) et à Kayanza (26% et 12% respectivement).

Par ailleurs, selon le rapport de l’UNICEF sur la pauvreté alimentaire des enfants en 2024, 82 % des enfants de moins de 5 ans ne consomment que 5 des 8 groupes d’aliments recommandés par jour. Face à cette situation, une approche multisectorielle, mobilisant les systèmes alimentaires, de santé, d’eau, d’hygiène et d’assainissement, de protection sociale et d’éducation, est essentielle pour améliorer durablement les pratiques alimentaires et lutter contre la malnutrition.

C’est dans ce contexte que le projet « Prévention de la malnutrition chez les enfants, les adolescents et les femmes au Burundi », également appelé « No Time to Waste », a été lancé par l’UNICEF, avec le financement du Royaume des Pays-Bas. Il est mis en œuvre dans six anciennes provinces (Cankuzo, Kayanza, Makamba, Mwaro, Muramvya et Rutana) par l’ONG nationale Fondation STAMM. Le projet vise à améliorer l’accès des communautés à des aliments diversifiés, nutritifs et sains, à renforcer leurs connaissances afin de favoriser l’adoption de pratiques nutritionnelles optimales, et à offrir des services de nutrition de qualité au moyen d’interventions multisectorielles.

Nsabumutima Édouard, membre de l’association Ingo Nawe, fier de présenter leur champ de maïs.
@UNICEF Burundi/2026/L. G. Nihorimbere Nsabumutima Édouard, membre de l’association Ingo Nawe, fier de présenter leur champ de maïs.

Dans la commune de Kayanza, les progrès du projet sont visibles sur le terrain. À l’arrivée, l’air est chargé d’humidité, annonçant la pluie. Sur la route vers Muruta, les traces d’une forte averse de la veille sont encore visibles : des chemins boueux, des parcelles détrempées, mais aussi des champs verdoyants qui témoignent du potentiel agricole de la région.

À Muruta, l’association Ingo Nawe illustre concrètement la dynamique communautaire enclenchée par le projet. Structurée autour des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), elle combine épargne, crédit, agriculture et élevage afin d’améliorer l’accès des enfants de moins de 5 ans, en particulier ceux de 6 à 23 mois, à une alimentation diversifiée et nutritive.

Les membres ont mis en place des champs communautaires, dont un hectare est consacré à la culture du maïs. Celui-ci est utilisé pour produire des farines composites destinées à la préparation de bouillies pour les enfants des membres de l’AVEC ainsi que pour ceux souffrant de malnutrition aiguë modérée pris en charge dans les FARN (Foyers d’Apprentissage et de Réhabilitation Nutritionnelle). L’association dispose également d’un poulailler qui fournit des œufs, une source importante de protéines animales pour les enfants.

« Nous nous sommes organisés au sein de notre association. Nous épargnons, cultivons nos champs et avons un poulailler. Cela nous permet même de contribuer à l’alimentation des enfants malnutris de notre communauté, sans dépendre systématiquement d’une aide extérieure », explique Nsabumutima Édouard, membre de l’association Ingo Nawe. « Nos champs nous approvisionnent en céréales pour la bouillie, et les œufs viennent enrichir les repas distribués aux enfants. »

Le poulailler de l’association Ingo Nawe, source d’approvisionnement en œufs.
@UNICEF Burundi/2026/L. G. Nihorimbere Le poulailler de l’association Ingo Nawe, source d’approvisionnement en œufs.

Au-delà de la production, le projet renforce également les compétences des communautés. Les membres des AVEC ont bénéficié de formations en entrepreneuriat, d’un accompagnement technique en agriculture et en élevage assuré par des moniteurs agricoles, des agents de santé animale et des vétérinaires, ainsi que d’un encadrement régulier visant à garantir la pérennité des activités.

Les prestataires de santé et les acteurs communautaires ont également été formés aux interventions nutritionnelles, au suivi des intrants, ainsi qu’à l’analyse et à la gestion des données. La sensibilisation des familles à l’adoption de bonnes pratiques nutritionnelles constitue un autre pilier central du projet.

Miburo Gertrude, « Maman Lumière » de la localité de Muruta, témoigne des changements observés : « Avant, nous devions nous adresser à l’administration locale pour obtenir des vivres destinés aux enfants malnutris modérés. Aujourd’hui, grâce aux formations sur l’épargne, l’agriculture et l’élevage, nous sommes mieux organisées. Désormais, nos FARN disposent des ressources nécessaires, y compris des œufs, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

Elle souligne également l’impact des formations sur la diversification alimentaire :« Nous avons appris à préparer des recettes nutritives à partir de céréales et de légumineuses issues de nos cultures, en y ajoutant notamment des amarantes et du ndagala (petits poissons). Cela a contribué à améliorer la santé des enfants. »

Ndikuryayo Digne, élève de 10e année au lycée COMIBU de Kayanza. Elle est membre du club Nutrition.
@UNICEF Burundi/2026/J.G. Uwamahoro Ndikuryayo Digne, élève de 10e année au lycée COMIBU de Kayanza. Elle est membre du club Nutrition.

Après Muruta, la délégation s’est rendue au chef-lieu de la commune de Kayanza, au lycée COMUBU, l’une des écoles pilotes du projet. L’établissement abrite un club scolaire de nutrition baptisé « Twiteho Amagara Mugufungura Neza » (« Prenons soin de notre santé en mangeant bien »). L’objectif est clair : inculquer dès l’adolescence les bases d’une alimentation saine, diversifiée et durable.

Au sein de ces clubs, les élèves sont sensibilisés aux groupes alimentaires, à l’importance de la diversité nutritionnelle, ainsi qu’aux bonnes pratiques en matière de santé et d’hygiène. Ndikuryayo Digne, élève en 10è année, partage son expérience :

« On nous enseigne l’importance des différents types d’aliments et leur rôle dans la santé. Avant, je n’aimais pas les légumes. Aujourd’hui, même mes parents savent qu’il est important de proposer des repas variés. J’ai appris beaucoup de choses et je les partage avec mes voisins. »

En s’appuyant sur les communautés, les écoles et les structures locales, le projet « No Time to Waste » favorise l’appropriation des interventions à tous les niveaux. Cette dynamique contribue à transformer durablement les pratiques alimentaires et à améliorer la situation nutritionnelle des enfants, des adolescents et des femmes enceintes dans les provinces appuyées.