À Bweru, une mobilisation collective transforme la lutte contre la malnutrition

Financé par la Banque allemande de développement (KfW), un programme intégré, mené par l’UNICEF, le PAM et leurs partenaires GVC et CONCERN Worldwide, renforce la nutrition et la résilience des familles dans quatre provinces du Burundi.

Odette Kwizera
 Espérance tenant sa fille Christa Bella dans les bras. La petite est aujourd’hui guérie de la malnutrition aiguë modérée grâce à sa réhabilitation dans un Foyer d’Apprentissage et de Réhabilitation Nutritionnelle (FARN).
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera
05 mars 2026

En cette matinée de fin février 2026, la commune de Bweru s’étend sous un ciel capricieux, où le soleil apparaît par moments avant de laisser place à quelques averses. 

Sur les sentiers glissants, Jeannine Ininahazwe, Maman Lumière depuis dix ans, rentre des champs, la houe sur l’épaule. Dans sa cour, elle la dépose, essuie ses mains encore tachées de terre humide et nous accueille avec chaleur : « Je rentre du champ, je semais le haricot… mais vous êtes les bienvenus », dit-elle en nous invitant à entrer. Sa maison est devenue, au fil des ans, un lieu familier pour de nombreuses familles. C’est dans cette cour, simple mais toujours animée, que beaucoup d’enfants de Bweru ont retrouvé la santé grâce aux FARN. C’est également ici que la petite Christa Bella, la fille d’Espérance Nsengiyumva, a été accompagnée et réhabilitée contre la malnutrition aiguë modérée il y a quelques mois.

Espérance se souvient de l’inquiétude qui la consumait lorsque sa fille, alors âgée de quelques mois, refusait de manger et tombait fréquemment malade. « Depuis sa naissance, elle n’a pas toujours été en bonne santé », raconte-t-elle. « Elle tombait souvent malade, avait la diarrhée et de la fièvre... Elle était toujours faible. Et à six mois, quand elle devait commencer à manger, elle refusait de manger beaucoup d’aliments, surtout le haricot. »

Chaque trimestre, les Agents de Santé Communautaire rendent visite aux ménages pour le dépistage de la malnutrition. Un ASC et une ML sont arrivés chez elle, ont dépisté sa fille à l’aide du MUAC et ont constaté qu’elle se trouvait dans la zone jaune. Ils lui ont expliqué qu’elle souffrait d’une malnutrition aiguë modérée. « Ils m’ont orientée vers le FARN et m’ont demandé de suivre toute la session pendant les douze jours recommandés. Je suis venue chaque jour, sans jamais m’absenter », dit-elle.

Pendant les séances FARN, Espérance a découvert de nouvelles pratiques essentielles : elle a appris à préparer des repas diversifiés et équilibrés, à fortifier les aliments avec les poudres de micronutriments et à maintenir une bonne hygiène. Les démonstrations culinaires l’ont particulièrement aidée à comprendre comment combiner les différents groupes d’aliments pour que sa fille les accepte. Les résultats ont rapidement été visibles. « Après les douze jours, ma fille avait pris du poids et mangeait des aliments qu’elle refusait auparavant. Les poudres de micronutriments l’ont énormément aidée. Aujourd’hui, je remercie le bon Dieu : elle est en bonne santé et se développe normalement », explique Espérance.

Cette expérience a transformé sa façon de nourrir sa famille. Plus confiante et mieux outillée, elle encourage désormais les autres mères à solliciter les agents de santé ou les Mamans Lumière dès qu’un enfant ne se développe pas comme il le devrait.

 Jeannine Ininahazwe, maman lumière de la colline Bweru
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Jeannine Ininahazwe, maman lumière de la colline Bweru
 Serges Ndikumagenge, agent de santé Communautaire de la colline Bweru
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Serges Ndikumagenge, agent de santé Communautaire de la colline Bweru

Quand les familles reçoivent le soutien qu’il leur faut

Pour Jeannine, Maman Lumière, accompagner des mères comme Espérance fait partie de son engagement quotidien depuis 2016. Lorsqu’un enfant est identifié comme souffrant d’une malnutrition aiguë modérée, Jeannine travaille aux côtés des agents de santé communautaires pour organiser les sessions de FARN. Chaque session rassemble entre huit et douze enfants, qui sont pesés régulièrement, nourris et suivis, tandis que leurs parents reçoivent des messages clés et apprennent à reproduire ces gestes à la maison.

« Pour moi, la plus grande réussite, c’est de voir les familles transmettre ces savoirs : les mères qui passent par le FARN deviennent elles-mêmes des sources d’information et de soutien pour d’autres parents. » Elle se souvient d’un cas qui l’a particulièrement marquée : celui d’un enfant issu d’une famille pourtant aisée, mais souffrant de malnutrition en raison de mauvaises pratiques alimentaires. « Je lui ai montré comment préparer les repas avec ce qu’il avait chez lui. L’enfant a vite retrouvé la santé. Aujourd’hui, c’est une belle jeune fille. Elle est en sixième année. Parfois, ce n’est pas le manque de nourriture, mais le manque d’information. »

Cet élan est également porté par des agents de santé communautaires comme Serges Ndikumagenge, qui explique le rôle essentiel qu’ils jouent : « Nous sommes en première ligne dans la lutte contre la malnutrition, parce que nous accompagnons les familles au quotidien », confie Serges, agent de santé communautaire à Bweru. Chaque mois, il parcourt les collines pour dépister les enfants à l’aide du MUAC et, avec les Mamans Lumière, orienter immédiatement ceux qui ont besoin d’un suivi : les cas de malnutrition aiguë modérée rejoignent les FARN, tandis que les cas sévères sont transférés au centre de santé ou aux Services de Traitement Ambulatoire (STA). « Nous travaillons main dans la main avec les structures sanitaires », explique-t-il.

Lors des séances FARN, il accompagne les parents par des gestes concrets : composer des repas équilibrés, respecter l’hygiène en cuisine, utiliser correctement les poudres de micronutriments et aménager de petits potagers pour diversifier l’alimentation. Serges admet que certainAes journées sont plus difficiles, surtout pendant la période de soudure lorsque les aliments nécessaires aux démonstrations culinaires manquent. Mais l’engagement des chefs collinaires et des relais communautaires dans la collecte de vivres pour les FARN constitue un véritable soutien. Pour lui, ce travail a une valeur au-delà de toute rémunération. « En tant que parent, je me sens responsable du bien-être de tous les enfants autour de moi. C’est cette conviction qui nourrit chaque jour mon engagement auprès des familles de Bweru », confie-t-il.

Jean Marie Itangishaka, responsable du service de stabilisation thérapeutique (SST)
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Jean Marie Itangishaka, responsable du service de stabilisation thérapeutique (SST)

La chaîne de soins mise en place dans les centres de santé et à l’hôpital constitue un maillon essentiel du programme. À l’hôpital de Ruyigi, le Service de Stabilisation Thérapeutique (SST) prend en charge les cas de malnutrition aiguë sévère avec complications. Son responsable, Jean-Marie Itangishaka, explique le protocole : « Nous accueillons les enfants les plus fragiles et les stabilisons avec le lait thérapeutique F-75, puis F-100. Une fois leur état amélioré, ils poursuivent le traitement au centre de santé. »

Dans l’ensemble des structures sanitaires, l’UNICEF soutient la prise en charge des cas de malnutrition aiguë sévère au sein des STA et des SST et renforce la coordination du secteur nutritionnel au niveau provincial. Les interventions de supplémentation en vitamine A, de déparasitage à l’albendazole, de fortification à domicile avec des poudres de micronutriments ainsi que le soutien à la prise en charge communautaire intégrée des maladies de l’enfance viennent consolider cette approche. En parallèle, l’organisation améliore durablement les conditions d’eau, d’hygiène et d’assainissement grâce à la construction de points d’eau et à la mise en place de comités communautaires chargés de leur gestion.

Ce continuum de soins, renforcé par les efforts menés au sein des communautés, porte déjà ses fruits : les familles adoptent de meilleures pratiques alimentaires, les enfants guérissent plus rapidement et les cas graves diminuent. Les associations villageoises d’épargne et de crédit, ainsi que la mise en place d’activités génératrices de revenus , individuelles et collectives, contribuent également à renforcer la résilience des ménages face aux périodes d’insécurité alimentaire. Comme le souligne Jeannine, depuis octobre 2025, aucun nouveau FARN n’a dû être ouvert : les familles sont mieux préparées et les enfants sont en meilleure santé.

Ces avancées s’inscrivent dans une démarche plus large de prévention de la malnutrition et de renforcement de la résilience, menée conjointement par l’UNICEF et le PAM, avec CONCERN Worldwide et WeWorld GVC. Depuis plusieurs années, ce programme accompagne les familles des provinces de Karusi, Kirundo, Ruyigi et Rutana grâce à une combinaison d’interventions en nutrition, en sécurité alimentaire, en santé, en hygiène et en changement de comportement. L’ambition dépasse la prise en charge des enfants déjà malnutris : il s’agit de prévenir durablement la malnutrition et de renforcer les capacités des ménages au cœur même des communautés.

Une femme puisant de l’eau à un point d’eau aménagé grâce à l’appui de l’UNICEF dans le cadre du projet financé par Banque Allemande de Développement (KfW)
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Une femme puisant de l’eau à un point d’eau aménagé grâce à l’appui de l’UNICEF dans le cadre du projet financé par Banque Allemande de Développement (KfW)