A Bugendana, des mères transforment la vie des familles
Grâce au soutien financier du Comité national pour l’UNICEF Allemagne, les familles vulnérables renforcent leur autonomie et améliorent la santé de leurs enfants grâce à l’éducation nutritionnelle, l’épargne communautaire, l’agriculture et l’élevage.
- English
- Français
Sur la colline de Mugitega, dans la commune de Bugendana, en province de Gitega, les rires et les discussions animés résonnent sous les arbres en cette matinée ensoleillée. Assis en cercle, une vingtaine de femmes et quelques hommes participent à une réunion de leur Association Villageoise d’Epargne et de Crédit (AVEC). Chacun apporte sa contribution hebdomadaire de 5000 francs burundais, un geste simple qui ouvre la porte à l’épargne, au crédit et à de nouvelles opportunités.
Mais ce jour-là, il n’est pas seulement question d’argent. Après la séance d’épargne, les membres prennent part à une session d’éducation nutritionnelle, où ils échangent sur l’alimentation équilibrée, l’hygiène et les bonnes pratiques de nutrition pour les femmes enceintes, les mères allaitantes et les jeunes enfants.
Cette activité s’inscrit dans le cadre du projet d’amélioration de l’alimentation des enfants et des pratiques alimentaires chez les adolescentes et les femmes dans les communautés vulnérables au Burundi, mis en œuvre par l’ONG Concern Worldwide avec l’appui de l’UNICEF grâce au financement du Comité national pour l’UNICEF Allemagne. Le projet vise à améliorer l’alimentation des enfants, des adolescentes, des femmes enceintes et allaitantes tout en renforçant la prévention et la prise en charge de la malnutrition. Il combine la nutrition, l’agriculture de groupe, l’élevage de volailles de groupe, la production de farines améliorées grâce à l’acquisition des moulins, la sensibilisation communautaire et l’autonomisation économique des femmes à travers des activités d’épargne et de crédits
Parmi les participantes figure Sandrine Nibizi, 38 ans, mère de sept enfants et membre de l’AVEC « Mukenyezi Dushigikirane ». Dans ses bras, elle berce son nourrisson âgé de seulement trois semaines. Il y a quelques années, l’un de ses enfants a souffert de malnutrition et a pu être pris en charge grâce au programme de prise en change de la malnutrition aigüe. Aujourd’hui, Sandrine n’est plus la même mère : mieux informée et mieux outillée, elle adopte des pratiques alimentaires plus saines, au bénéfice de toute sa famille. « J’ai appris qu’une femme enceinte doit consommer des aliments énergétiques, protecteurs et constructeurs. J’ai mis ces conseils en pratique. Aujourd’hui, j’ai accouché d’un enfant avec un poids normal et en bonne santé ».
Avant, Sandrine ignorait l’importance de certains aliments pourtant disponibles autour d’elle : « Je préparais les haricots sans légumes parce que je ne savais pas qu’elles étaient nécessaires. Je ne mangeais pas non plus les œufs, car je pensais qu’ils étaient destinés uniquement à la vente. Maintenant, j’en mange et mes enfants aussi ». Grâce au projet, sa famille cultive désormais un jardin potager et des arbres fruitiers. « Nous cultivons des légumes et nous avons planté des avocatiers. Avant, nous devions acheter les légumes. Aujourd’hui, nous connaissons leur importance et nous pouvons les produire nous-mêmes. »
Comme Sandrine, Annonciate Nizigiyimana, 33 ans, enceinte de son quatrième enfant et membre de l’AVEC « Dushigikire Umwana mu Muryango », constate, elle aussi, une amélioration de son état de santé depuis qu’elle a appris à associer les différentes catégories d’aliments, notamment les aliments énergétiques, protecteurs et constructeurs, dans son alimentation quotidienne. Elle compare sa grossesse actuelle aux précédentes. « Aujourd’hui, je me sens mieux que lors de mes précédentes grossesses. » Les démonstrations culinaires organisées dans le cadre du projet lui ont permis de découvrir de nouvelles recettes nutritives adaptées aux besoins des femmes enceintes et des jeunes enfants. « On nous a appris à préparer une bouillie nutritive à base de maïs, soja, blé, arachide, sésame, petit poisson, haricots et sucre. Je la consomme régulièrement et je sens qu’elle me fait du bien ». Comme d’autres membres de son groupe, elle tire également profit de l’épargne communautaire et de l’élevage de poules, qui permettent à sa famille de consommer régulièrement des œufs et d’améliorer son alimentation.
Le soja qui entre dans la composition de cette bouillie nutritive est également au cœur d’une autre initiative soutenue par le projet. Sur la colline voisine de Mwurire, au sommet d’une pente verdoyante, s’étend un champ communautaire de soja de 40 ares, actuellement au stade de l’épiaison. Sous le vent léger, les plants ondulent comme une promesse de récolte. Le champ appartient à l’AVEC « Shigikira Umukenyezi ». Pour les membres du groupe, il représente bien plus qu’une simple activité agricole. « Nous allons utiliser la récolte de soja pour produire de la farine composée destinée à améliorer la nutrition de nos enfants », explique Joséphine, présidente de l’association. Le soja viendra enrichir les bouillies nutritives apprises lors des démonstrations culinaires, créant ainsi un lien direct entre agriculture, nutrition et bien-être familial.
Des acteurs de proximité au cœur du changement
Le changement observé dans les ménages est aussi le fruit du travail patient des agents de santé communautaires et des mamans lumières. Chaque semaine, Jean de Dieu Nshimirimana sillonne les collines pour effectuer des visites à domicile. Son rôle est d’accompagner les familles, de détecter précocement les cas de malnutrition et de promouvoir de meilleures pratiques en matière de nutrition, de santé et d’hygiène. « Lors de nos visites, nous sensibilisons les familles à l’alimentation des enfants et aux bonnes pratiques d’hygiène. Nous insistons également auprès des femmes enceintes sur l’importance du suivi de grossesse, des consultations postnatales et de la vaccination des nourrissons », explique-t-il. Munis du bracelet MUAC, les agents mesurent régulièrement le périmètre brachial des enfants afin d’identifier rapidement les enfants malnutris aigus. Les cas les plus préoccupants (ceux dans le rouge) sont ensuite orientés sans délai vers les centres de santé pour une prise en charge adaptée. Au-delà du dépistage, ces agents constituent souvent le premier point de contact entre la communauté et les services de santé. « La population nous écoute et suit les conseils que nous donnons. Souvent, elle vient aussi nous consulter pour partager ses problèmes ».
L’action des agents de santé communautaire est renforcée par les techniciens de promotion de la santé. Fabrice Manirakiza, Technicien de Promotion de la Santé au Centre de Santé de Bugendana, explique : « Nous fournissons aux agents de santé communautaire des outils pédagogiques qui les aident à sensibiliser la population sur l’alimentation, l’allaitement maternel, la vaccination et le suivi de grossesse. » Selon lui, les résultats sont visibles jusque dans les structures sanitaires. « Autrefois, nous recevions parfois plus de cinquante enfants souffrant de malnutrition par mois. Aujourd’hui, nous en comptons seulement deux ou trois.
A travers une approche intégrée nutrition, santé et renforcement de la résilience, le projet renforce durablement l’accès des familles vulnérables à une alimentation de qualité et à de meilleures pratiques nutritionnelles. A Bugendana, les parcours de Sandrine, Annonciate et Joséphine en témoignent : entre naissance en bonne santé, maternité mieux accompagnée, accès à des régimes alimentaires diversifiés, nutritifs et sains et perspectives accrues de production alimentaire, elles incarnent l’espoir d’une génération d’enfants mieux nourris et de communautés plus résilientes.