Le développement de la petite enfance, moteur de transformation communautaire à Kayanza

Grâce à un projet des interventions multisectorielles soutenu par l’UNICEF Suisse, la communauté de Kayanza se mobilise pour améliorer la nutrition, la santé, la protection et l’hygiène des tout-petits

Odette Kwizera
Gertrude, maman lumière de la colline Muruta, province Kayanza, témoignant de l’impact positif du projet dans la lutte contre la malnutrition au sein de sa communauté
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera
04 septembre 2025

Alors que la saison sèche bat son plein, la colline de Muruta dévoile toute sa beauté. Malgré l’absence de pluie, la région conserve son charme. Les pentes sont couvertes de champs de blé aux épis dorés et de plantations de thé soigneusement alignées, créant un contraste saisissant qui rend le paysage vivant et apaisant.

Mais derrière cette beauté naturelle, les communautés de Muruta, comme beaucoup d’autres dans le district sanitaire de Kayanza, font face à des défis préoccupants. Les jeunes enfants y sont exposés à des problèmes de santé, de malnutrition, à un manque d’hygiène et d’assainissement, ainsi qu’à des risques de violence, d’abus ou d’exploitation qui compromettent leur développement dès les premières années de vie.

C’est dans ce contexte qu’intervient le projet financé par UNICEF Suisse : « Améliorer les résultats en matière de développement de l'enfant grâce à un paquet intégré d'interventions en faveur du développement de la petite enfance (DPE) dans le district de Kayanza, au Burundi ». Il est mis en œuvre en collaboration avec les partenaires Help a Child (HAC), Help Channel Burundi (HC) et Social Action for Development (SAD). Ce projet vise à réduire la morbidité et la mortalité infantiles en se concentrant sur la période critique des 1 000 premiers jours de vie, à travers une approche multisectorielle intégrée.

Sur le terrain, les effets sont déjà visibles.

 

Lutter contre la malnutrition dès les premiers mois de vie 

 Caritas, maman d’un enfant ayant reçu la supplémentation en poudres de micronutriments après avoir sortie guérie dans les FARN
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera Caritas, maman d’un enfant ayant reçu la supplémentation en poudres de micronutriments après avoir sortie guérie dans les FARN

Dans le district sanitaire de Kayanza, 11 591 enfants de 6 à 23 mois ont reçu une supplémentation en poudre de micronutriments — ou Ingaburo ibereye en kirundi. Ces sachets unidoses de 1 gramme contiennent 15 micronutriments à saupoudrer sur les aliments complémentaires préparés à la maison. À Muruta, cette fortification à domicile, combinée à d’autres actions nutritionnelles, a transformé le quotidien de nombreuses familles, comme celle de Caritas. Sa fille, aujourd’hui âgée d’un an et demi, a surmonté la malnutrition grâce à cette supplémentation.

« À un moment, ma fille ne mangeait presque plus. Elle devenait de plus en plus faible et maigrissait à vue d’œil », raconte Caritas. Grâce au dépistage réalisé par les agents de santé communautaire, sa fille a été orientée vers un foyer d’apprentissage et de réhabilitation nutritionnelle où elle a bénéficié d’un suivi adapté pendant plusieurs mois. Après sa sortie, elle a commencé à recevoir les poudres de micronutriments distribuées par un agent de santé communautaire, qui leur a appris à les utiliser pour équilibrer les repas. « Aujourd’hui, je sais comment les ajouter à chaque repas solide ou semi-solide. Depuis, ma fille n’a plus eu besoin d’être admise dans un FARN », dit-elle avec fierté.

Gertrude Miburo, maman lumière de Muruta, observe également des changements positifs : « Grâce aux formations et à la distribution des poudres, les parents savent mieux préparer les repas. On voit une nette baisse des admissions dans les FARN : auparavant, nous recevions plus de 20 enfants par mois ; aujourd’hui, ils sont à peine 8. C’est une grande avancée. »

Edward, président des agents de santé communautaire à Muruta, confirme : « La différence est nette. Les parents sont mieux informés, plus autonomes. Si l’élan se maintient, nous pourrons éradiquer la malnutrition infantile dans notre communauté. »

 

 Des communautés formées pour mieux prévenir et soigner

 Edward, président des Agents de santé communautaire la colline Muruta
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera Edward, président des Agents de santé communautaire la colline Muruta
Calinie, chairperson of a collective of women's associations; beneficiary of training on attentive care, HIV and Prevention of Mother-to-Child Transmission (PMTCT)
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera Calinie, présidente d’un collectif des associations des femmes ; bénéficiaire de la formation sur les soins attentifs, le VIH et la Prévention de la Transmission Mère-Enfant (PTME)

Les progrès en nutrition s’accompagnent d’interventions tout aussi cruciales en santé, notamment en matière de prévention et de prise en charge des mères et des enfants.

Calinie, mère de trois enfants et présidente d’un collectif de femmes à Muruta, témoigne de l’impact de la formation reçue sur les soins attentifs, y compris le traitement ARV et la prévention de la transmission mère-enfant (PTME) du VIH : « Avant, je ne savais pas qu’une femme enceinte vivant avec le VIH pouvait donner naissance à un bébé en bonne santé, ou que la stimulation précoce des enfants était si importante. Aujourd’hui, je sais que si la femme enceinte est bien suivie et prend ses médicaments correctement, l’enfant peut bien grandir et atteindre son plein potentiel. »

Armés de ces nouvelles connaissances, Calinie et d’autres membres formés ont décidé de sensibiliser les habitants sur les soins attentifs, le dépistage du VIH, et l’importance de protéger les jeunes enfants. Domine, agent de santé communautaire, se souvient d’un cas marquant : « J’ai accompagné une femme enceinte vivant avec le VIH. Grâce à un suivi rigoureux, elle a accouché sans complication et son bébé est né en bonne santé. »

À ce jour, 359 acteurs communautaires ont été formés aux soins attentifs, au dépistage du VIH et à la PTME. Ils ont, à leur tour, sensibilisé 1 244 personnes.  

 

Des communautés outillées pour protéger chaque enfant des violences, abus et exploitation

 Le couple Bienvenu et Marie Goretti
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera Le couple Bienvenu et Marie Goretti

Parce que les premières années de vie sont fondamentales, le projet a également renforcé les capacités communautaires pour prévenir, identifier et prendre en charge les cas de violence, de négligence ou d’exploitation.

Sébastien, adjoint du chef de colline et membre du comité local de protection de l’enfant, souligne : « Grâce aux formations sur le référencement et la prise en charge, nous savons désormais comment réagir face à des situations familiales complexes. » Il cite le cas d’un père qui avait séparé ses enfants de leur mère, dont un nourrisson allaité. Grâce à une médiation communautaire, le couple s’est réconcilié, assurant un cadre protecteur à leurs enfants.

D’autres familles, comme celle de Bienvenu et Marie Goretti, témoignent aussi des résultats : « Nous avons sensibilisé une famille dont la fille avait fui à cause de mauvais traitements. Les parents ont changé d’attitude et la jeune fille a pu revenir vivre avec eux dans de meilleures conditions. »

Par cette mobilisation locale, les communautés de Muruta construisent un environnement protecteur, où chaque enfant peut s’épanouir.

 

 

De meilleurs infrastructures pour une meilleure hygiène 

  Vue d’un système de collecte d’eau de pluie d’une capacité de 2500 litres, installé au centre de santé de Karunyinya, dans le cadre du projet
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera Vue d’un système de collecte d’eau de pluie d’une capacité de 2500 litres, installé au centre de santé de Karunyinya, dans le cadre du projet
 Aussi fait partie des 16389 ménages qui ont été sensibilisés et qui ont construit leurs propres latrines avec un dispositif de lavage des mains
UNICEFBurundi/2025/Odette Kwizera Aussi fait partie des 16389 ménages qui ont été sensibilisés et qui ont construit leurs propres latrines avec un dispositif de lavage des mains

Enfin, des progrès notables ont aussi été réalisés dans l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, aussi bien dans les structures de santé qu’au sein des foyers.

Au centre de santé de Karunyinya, plusieurs travaux ont été menés : réhabilitation des toilettes, lavabos, fosses septiques et puits perdus ; installation de bacs à laver et d’un système de collecte d’eau de pluie d’une capacité de 2 500 litres. Vianney, employé du centre, note que ces travaux ont permis d’éliminer des pratiques risquées comme le transport de déchets à travers les zones fréquentées par les patients.

Au total, 12 centres de santé du district de Kayanza ont bénéficié de ces interventions, touchant plus de 2 180 personnes, en particulier dans les services de pédiatrie et de maternité.

Les effets se font aussi sentir dans les foyers : 16 389 ménages sur 34 726 sensibilisés ont construit leurs propres latrines avec dispositifs de lavage des mains, dotés d’eau et de savon. Ils ont également adopté de bonnes pratiques d’hygiène, notamment le lavage des mains après les toilettes et à d’autres moments critiques.

C’est le cas du couple Aussi et Sarah, qui finalise la construction de leur latrine familiale : « Avant, je ne savais pas qu’il fallait un couvercle, une porte et un dispositif de lavage des mains », explique Aussi. Il comprend désormais que ces éléments empêchent la propagation des maladies via les mouches ou les rats, garantissant un environnement sain pour sa famille.

L’expérience de Muruta montre que lorsqu’une communauté est bien outillée, accompagnée et impliquée, une approche intégrée axée sur la petite enfance peut changer durablement le quotidien de milliers d’enfants, en plaçant la santé, la nutrition, la protection et l’hygiène au cœur des priorités.