Du traumatisme à la dignité : à Ngozi, des adolescentes reconstruisent leur vie
Au centre de rééducation de Ngozi et dans les communautés environnantes, des adolescentes ayant subi des violences ou ayant été privées de liberté reconstruisent progressivement leur vie
- English
- Français
Nombreuses sont les adolescentes rencontrées qui affirment que ces formations leur ont redonné espoir et leur permettent d’envisager un nouveau départ.
À Ngozi, dans la communauté comme au centre de rééducation, des adolescentes ayant subi différentes formes de violence, ainsi que des filles en conflit avec la loi, reconstruisent progressivement leur vie grâce à un accompagnement psychosocial et à des formations professionnelles. À travers les séances d’écoute et les formations en boulangerie et en couture, elles reprennent confiance en elles et préparent leur réinsertion sociale et économique.
Dans un atelier baigné de l’odeur du pain chaud, des adolescentes s’appliquent à pétrir la pâte avant d’enfourner leurs premières fournées. À quelques mètres de là, d’autres apprennent à manier une machine à coudre, concentrées sur chaque point. Derrière ces gestes se dessinent des parcours marqués par la violence, les traumatismes ou le conflit avec la loi, mais aussi par une détermination commune : construire un avenir différent.
À Ngozi, le programme UMWIZERO, mis en œuvre par Terre des Hommes, grâce au financement du Comité allemand pour l’UNICEF, accompagne les adolescentes en conflit avec la loi, notamment celles privées de liberté. Il leur offre un accompagnement global combinant soutien psychosocial, développement personnel et formation professionnelle. Parallèlement aux séances d’écoute individuelle et aux groupes de parole, les adolescentes choisissent une filière, notamment la boulangerie ou la couture, pour préparer leur réinsertion sociale et économique.
Pour l’une des adolescentes actuellement privées de liberté, la couture représente bien plus que l’apprentissage d’un métier.
« Pendant cette période de privation de liberté, j’ai la possibilité de suivre une formation professionnelle en couture. Les compétences que j’acquiers me donnent l’espoir et la confiance nécessaires pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille après ma libération. Avec le kit de démarrage reçu dans le cadre de cette formation, j’envisage de m’installer dans ma communauté et de commencer un nouveau chapitre de ma vie. »
Tout en développant des compétences pour leur avenir, les adolescentes bénéficient également d’un accompagnement pour surmonter les conséquences émotionnelles de leur vécu.
Les assistants sociaux et les psychologues de Terre des Hommes organisent des séances d’écoute individuelles et des groupes de parole au cours desquels chacune peut raconter son expérience, exprimer ses émotions et recevoir du soutien dans un cadre sécurisé et bienveillant. Ces espaces protégés jouent un rôle essentiel dans leur reconstruction.
Une autre adolescente privée de liberté témoigne de l’impact de cet accompagnement :
« Les groupes de parole, les séances d’écoute, les chants et les moments de partage m’ont permis de comprendre que je n’étais pas seule face à mon traumatisme. En écoutant les expériences des autres adolescentes, j’ai retrouvé l’espoir et me suis sentie comprise, respectée et valorisée. »
Elle ajoute avec émotion :
« Aujourd’hui, je me sens mieux préparée et plus confiante à l’idée d’aborder cette nouvelle étape de ma vie. »
L’accompagnement proposé par le programme dépasse les limites du centre de rééducation. Dans les communautés environnantes, des adolescentes confrontées à des situations difficiles reçoivent également un appui pour renforcer leur autonomie et construire un avenir plus sûr.
C’est le cas de Nishimwe Huguette, l’aînée d’une fratrie de huit enfants. Après l’assassinat de son père, elle a dû quitter l’école pour aider sa mère à subvenir aux besoins de la famille. Elle travaillait comme journalière dans les champs, effectuait des travaux ménagers et transportait de l’eau contre une faible rémunération. Ces conditions difficiles l’exposaient à un risque accru d’exploitation sexuelle.
Orientée vers le programme UMWIZERO par un membre du comité local de protection de l’enfant, Huguette a suivi une formation en entrepreneuriat avant de recevoir un capital de démarrage lui permettant de lancer un petit commerce de bananes et de haricots.
« Grâce à cette activité, je peux aujourd’hui répondre aux besoins essentiels de ma famille. J’achète de la nourriture, du savon et des vêtements pour mes petits frères et mes petites sœurs, et j’ai même commencé à épargner. Le plus important, c’est que je ne me sens plus vulnérable face aux personnes qui cherchaient autrefois à profiter de notre pauvreté. Aujourd’hui, j’ai retrouvé l’espoir pour l’avenir. »
L’activité de Huguette se développe progressivement, renforçant sa capacité à répondre aux besoins de sa famille et à consolider sa sécurité financière. Cette autonomie économique contribue également à la protéger du risque d’exploitation auquel elle était auparavant exposée.
Au-delà de la formation professionnelle, le programme UMWIZERO propose un accompagnement global combinant un soutien psychosocial, le développement des compétences de vie, une formation à l’entrepreneuriat et un appui à la réinsertion économique. Grâce au financement du Comité allemand pour l’UNICEF, le programme permet à des adolescentes ayant été confrontées à la violence, à l’exclusion ou à la privation de liberté de retrouver leur dignité, de renforcer leur autonomie financière et de reconstruire leur vie en tant que membres actives de leur communauté.
*Les noms ont été modifiés afin de protéger l’identité des enfants et de leur famille.