Le combat des jeunes survivantes pour reconstruire leur vie.

Des jeunes filles de Buterere encadrées par l'ONG UCBUM brisent l'isolement par l'écoute et l'apprentissage grâce à un projet soutenu par le Comité National espagnol pour l'UNICEF.

Jean Gabriel Uwamahoro
De jeunes filles encadrés par UCBUM à travers un centre des métiers en train d'apprendre recycler les déchets plastiques en charbon.
@UNICEF Burundi/2026/J.G. Uwamahoro
07 juillet 2026

Alors que nous traversons une vaste étendue jonchée de dépotoirs, de déchets et d’immondices, le paysage change soudainement. Au milieu de ce décor difficile, un groupe de jeunes filles rassemblées attire notre attention. La curiosité nous pousse à aller découvrir ce qu’elles font. Au centre du groupe, une adolescente capte immédiatement notre regard. « Ici, nous sommes en train de trier des bouteilles en plastique par couleur », nous explique-t-elle avec assurance alors que nous nous approchons d'elle.

Cette jeune fille, c'est Edine. À 19 ans, elle fait partie des 58 adolescentes de la zone Buterere identifiées comme survivantes de violences graves. Son passé est lourd : à peine âgée de 14 ans, elle a été séquestrée et maltraitée par un homme. Victime de viol, elle est tombée enceinte et a contracté des problèmes de santé. Menacée de mort par son bourreau, elle a dû fuir pour trouver refuge chez son père, avant d’y subir le rejet de sa belle-mère. Condamnée au malheur, Edine a pensé au suicide. Sa trajectoire a basculé le jour où, au détour d’une rue, elle a croisé une femme membre du comité de protection de l’enfant. Prise de pitié, cette dernière l'a rapidement orientée vers le centre des métiers de Buterere, géré par l'ONG UCBUM grâce au financement du gouvernement basque à travers le Comité National pour l'UNICEF Espagne.

Aujourd’hui, le quotidien d'Edine a radicalement changé grâce au projet « Duhagurukire Hamwe Duterintambwe ». Accueillie au centre de métiers pour y suivre la formation de son choix, elle a rapidement opté pour le recyclage, soucieuse de contribuer au traitement des déchets de son quartier. "Intégrer ce programme de recyclage a été un véritable tournant dans ma vie. Avant, je me demandais comment assurer l'avenir de ma famille, mais aujourd'hui, je me lève chaque matin avec un sentiment de fierté. Non seulement je contribue à rendre notre quartier plus propre et plus sain, mais j'apprends aussi un vrai métier. Grâce aux compétences que je développe ici, je sais que je suis désormais capable de subvenir aux besoins de mes proches et de construire mon propre avenir de manière autonome », confie-t-elle avec un large sourire.

Une jeune fille encadrée dans l'ONG UCBUM et qui suit une formation en coiffure en train de peigner une cliente dans un salon de beauté.
@UNICEF Burundi/2026/J.G. Uwamahoro Une jeune fille encadrée dans l'ONG UCBUM et qui suit une formation en coiffure en train de peigner une cliente dans un salon de beauté.

L'ONG UCBUM, soutenu par l'UNICEF grâce au financement du Comité National pour l'UNICEF Espagne, offre également à ces filles survivantes de violences une prise en charge psychosociale et juridique. À travers des séances d’écoute individuelles ou collectives animées par des psychologues et des assistants sociaux, ces adolescentes trouvent un cadre confidentiel et bienveillant où elles se sentent enfin comprises, respectées et valorisées.

Rose, 13 ans, a longtemps fui la tyrannie de son beau-père. Pensant trouver un refuge chez sa tante paternelle, elle n'y a trouvé que l'exploitation et des travaux forcés épuisants. Revenue chez sa mère malgré les violences, c’est une voisine, témoin de son calvaire, qui a alerté un membre du comité de protection de l'enfant dans sa localité. À son arrivée chez UCBUM, Rose était enfermée dans le silence. « Elle était très désespérée et ne voulait parler à personne », se rappelle Bernadette, psychologue chez UCBUM.

Le déclic est venu avec l'apprentissage de la coiffure. En pratiquant et en échangeant avec les clients, Rose s'est ouverte au monde. « J'ai l'impression de m'être fait une nouvelle famille. Être occupée à apprendre de nouvelles techniques m'évite de sombrer dans les souvenirs du passé », confie-t-elle avec un sourire. 

Une jeune fille encadrée par UCBUM et formée en boulangerie en train de s'occuper de la cuisson de petits cakes.
@UNICEF Burundi/2026/J.G. Uwamahoro Une jeune fille encadrée par UCBUM et formée en boulangerie en train de s'occuper de la cuisson de petits cakes.

Quant à Yvette, âgée de 19 ans, son histoire est marquée par un enlèvement et une grossesse précoce. Maltraitée par le père de son enfant, elle passait parfois des nuits dehors, à la belle étoile. Sa vie a changé le jour où elle a croisé au marché un assistant social en pleine recherche d'identification des enfants vulnérables. Conduite à l'ONG UCBUM, elle y a trouvé les clés de sa reconstruction. « J’ai reçu une écoute bienveillante qui m'a reconstruite de l’intérieur. Grâce aux conseils des assistants sociaux, mes traumatismes ont été remplacés par la joie de savoir fabriquer du pain et des beignets qui peuvent nourrir les enfants qui ont faim », témoigne-t-elle.

Sur les terres de Buterere, là où s'accumulaient autrefois les débris et les larmes, germe désormais une incroyable force de vie. Edine, Rose, Yvette et les 147 autres jeunes filles engagées dans les différentes filières - coiffure, soudure, recyclage ou boulangerie - ne sont plus des victimes impuissantes face à la fatalité ; elles sont devenues des actrices de leur propre destin. Accompagnées pas à pas vers la réintégration professionnelle, ces jeunes filles partagent aujourd'hui un rêve commun bien concret : lancer leurs propres micro-entreprises directement au sein de leur communauté. En transformant la douleur du passé en compétences d'avenir, elles prouvent que même au milieu des épreuves les plus sombres, l'espoir d'une vie autonome, digne et radieuse est toujours possible.