Face aux grossesses précoces, Gitega mise sur les clubs de santé pour préserver l’avenir des élèves.
En réponse à l'augmentation des grossesses à l'école, le Ministère de l’Éducation et l’UNICEF intensifient leurs efforts à travers les clubs de santé scolaires pour sensibiliser et promouvoir le dialogue entre les élèves.
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Au fil des années, les rapports annuels du ministère de l’Éducation nationale et de la recherche scientifique sur les grossesses en milieu scolaire ont révélé que certains élèves quittent prématurément l’école en raison de ces grossesses. Face à cette situation préoccupante, des mesures concrètes ont été mises en place afin d’inverser la tendance et de protéger l’avenir des adolescentes et des adolescents, en vue de leur assurer une transition harmonieuse vers la vie adulte.
C’est dans ce contexte que le projet Éducation à la santé et au bien-être des adolescents et des jeunes (ESBEAJ), financé par le Royaume des Pays-Bas à travers l’UNICEF, est mis en œuvre dans cinq provinces identifiées en 2022 comme ayant enregistré un nombre particulièrement élevé de grossesses par rapport aux autres provinces.
Il s’agit des provinces suivantes : Bujumbura-Mairie, Muyinga, Gitega, Rumonge et Kayanza. Ce projet vise à réduire le nombre de grossesses en milieu scolaire.
Pour atteindre cet objectif, en complément des autres activités en cours, des clubs scolaires, appelés Clubs Santé, ont été créés. Ces espaces d’échange, de sensibilisation et d’apprentissage offrent aux élèves un cadre propice à mieux comprendre les transformations de leur corps, à appréhender les enjeux des relations affectives et à mesurer les conséquences de certains choix.
Le vendredi 19 février 2025, une équipe de l’UNICEF a visité deux écoles de la province de Gitega : le Lycée Urbain de Gitega et le Lycée de Gitega.
Au Lycée Urbain, la rencontre était prévue à 10 heures. À notre arrivée, les élèves profitaient de leur pause et se dispersaient dans la cour. Malgré l’agitation, les responsables du club santé nous ont accueillis avec sérieux. Dans la salle de classe où nous avons été accueillis, des ouvrages pédagogiques intitulés « Le monde évolue avec moi » sont utilisés comme supports pédagogiques pour les activités du club santé. La collection comprend trois formats : le livre de l’enseignant, le livre de l’élève et un livret de poche contenant des messages clés destinés aux élèves.
Agnès Nizonkiza, enseignante de droit et encadrante du club santé, fait un constat clair :
« Le problème des grossesses non désirées est bien réel. Cette année, nous avons déjà enregistré trois cas. Mais il faut reconnaître qu’il y a eu une nette amélioration par rapport aux années précédentes. Les enfants grandissent et traversent des changements qui les rendent parfois plus difficiles à encadrer. »
Elle souligne toutefois un besoin qu’elle souhaiterait voir comblé : « Si nous pouvions organiser des pauses-collation pour les élèves, leur participation serait plus importante. »
Du côté des élèves, l’engagement est manifeste, mais certains défis persistent. Nibitanga Melissa, élève de terminale et responsable du club santé, apprécie les activités du club : « Le club fonctionne bien dans notre école et nous bénéficions d’un bon encadrement. Ce que nous apprenons ici est essentiel. Par exemple, nous comprenons qu’il existe de mauvaises fréquentations et qu’il est important de bien choisir ses amis. Toutefois, certains élèves ne participent pas régulièrement. Certains habitent loin, d’autres sont fatigués ou ont faim après les cours. » Malgré ces obstacles, la prise de conscience progresse.
Dans l’après-midi, nous nous sommes rendus au lycée de Gitega. Ici, le contexte est différent ; l’établissement fonctionne sous le régime d’internat. Les élèves vivent sur place, ce qui favorise une participation plus régulière et structurée aux activités du club.
À notre arrivée, une foule d’élèves nous attendait. Un sketch était même préparé pour l’occasion. La scène raconte l’histoire de deux jeunes élèves qui tombent amoureux. À la fin, la jeune fille se retrouve enceinte et seule face à ses responsabilités, aux côtés de sa mère. L’émotion est palpable. À travers cette représentation, les élèves témoignent d’une compréhension claire des conséquences que peuvent entraîner certaines décisions.
Dukundire Sylvestre, élève en terminale, section Langues, et responsable du club santé, insiste sur un point important : « Le manque de dialogue entre parents et enfants constitue un véritable problème. Beaucoup d’élèves ne comprennent pas les transformations de leur corps au fil de leur croissance. Ils ignorent que ces changements ont des implications majeures sur leur vie. Ils doivent prendre conscience qu’ils sont désormais en âge de procréer, mais que le moment n’est pas encore venu. »
Pour Euphrasie Ntimpirangeza, encadrante du club santé, l’impact des discussions entre élèves est indéniable : « Lorsque les élèves se réunissent et débattent, ils s’expriment librement et apprennent les uns des autres. Nous luttons ainsi contre l’ignorance entourant la problématique des grossesses en milieu scolaire. »
Elle souligne toutefois un obstacle indéniable : « Le manque de livres en quantité suffisante demeure un frein. »
Afin de renforcer l’engagement, elle propose également l’organisation de compétitions interscolaires entre les clubs santé, assorties de petites récompenses : « Cela permettrait de développer les capacités des élèves, tout en accroissant leur motivation et leur implication. »
Nous avons par la suite appris que ces compétitions sont prévues dans le cadre du projet.
À Gitega, comme dans les autres provinces concernées, la lutte contre les grossesses en milieu scolaire est un combat acharné. Elle se mène à travers diverses activités dans les salles de classe, au sein des clubs de santé, par des discussions franches entre élèves, ainsi que grâce à la détermination d’enseignants engagés. Si l’objectif d’atteindre le « zéro grossesse » demeure ambitieux, les témoignages recueillis montrent qu’un changement est en cours. Par l’éducation, le dialogue et l’accompagnement, ces jeunes apprennent à mieux se connaître, à comprendre leurs responsabilités et à construire un avenir plus prometteur.