Bujumbura accueille une mobilisation continentale pour l'éducation des filles

La 2e Conférence panafricaine sur l'éducation des filles et des femmes a réuni à Bujumbura plus de 400 décideurs et partenaires d'une quarantaine de pays pour accélérer l'accès des filles à l'école.

Odette Kwizera
The opening ceremony of the Second Pan-African Conference on Girls’ and Women’s Education (PANCOGEd2)
UNICEFBurundi/Wide C.
09 juillet 2026

Organisée sous l'égide du Centre international de l'Union africaine pour l'éducation des filles et des femmes en Afrique (UA/CIEFFA), PANCOGEd2 a réuni à Bujumbura des ministres, responsables gouvernementaux, partenaires au développement, agences des Nations Unies, chercheurs, représentants de la société civile et des jeunes venus de tout le continent. Ensemble, ils ont réaffirmé leur engagement en faveur d'une éducation plus inclusive, équitable et de qualité. À travers des discours mobilisateurs, des performances culturelles, des échanges d'expériences et des témoignages émouvants, notamment portés par les jeunes, Bujumbura s'est transformée en un véritable espace de dialogue, de réflexion et d'action pour l'avenir des filles africaines.

La conférence a été officiellement ouverte par le Vice-Président de la République du Burundi, S.E. Prosper Bazombanza, représentant le Président de la République du Burundi et Président en exercice de l'Union africaine, S.E. Évariste Ndayishimiye.

Placée sous le thème « Accorder la priorité à l'éducation des filles et des femmes, développer leurs compétences et accélérer les opportunités d'apprentissage et de formation », cette deuxième édition vise à accélérer les progrès en faveur de l'éducation des filles et des femmes, tout en renforçant leur accès aux compétences nécessaires pour participer pleinement au développement économique et social de l'Afrique. Elle s'inscrit également dans les ambitions de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, qui reconnaît l'éducation comme un levier essentiel de transformation économique et sociale, ainsi que de la consolidation de la paix sur le continent.

La cérémonie d'ouverture a été marquée par des témoignages inspirants de jeunes, des prestations culturelles et un plaidoyer fort en faveur d'une Afrique où chaque fille peut apprendre, s'épanouir et réaliser pleinement son potentiel. Dans un slam ovationné par les participants, la jeune Burundaise Gaby Eliona Iwacu a lancé un appel vibrant : « Éduquez-moi, éduquez-nous, éduquez l'Afrique », rappelant avec force que l'éducation demeure le levier le plus puissant pour construire l'avenir du continent.

S.E Prosper Bazombanza, Vice-Président de la République du Burundi prononçant son discours d’ouverture du PANCOGEd2
UNICEFBurundi/Wide C. S.E Prosper Bazombanza, Vice-Président de la République du Burundi prononçant son discours d’ouverture du PANCOGEd2

Transformer les engagements en résultats pour les filles africaines

Dans son discours d'ouverture, le Vice-Président de la République du Burundi, S.E. Prosper Bazombanza, a souligné que « l'éducation est l'une des plus puissantes armes pour la transformation sociale et économique » et que « en investissant dans l'éducation d'une fille, nous investissons dans plusieurs générations ». Il a appelé les pays africains à garantir aux filles un environnement éducatif sûr, inclusif et propice à leur réussite, tout en renforçant leur accès aux sciences, à la technologie, au numérique et à l'entrepreneuriat. Il a également insisté sur l'importance de cette conférence comme cadre privilégié d'échange d'expériences, d'apprentissage mutuel et de construction de solutions adaptées aux réalités du continent.

Le Ministre de l'Éducation nationale et de la Recherche scientifique du Burundi, S.E. Prof. François Havyarimana, a présenté les progrès réalisés par le pays en matière de scolarisation des filles. Celles-ci représentent aujourd'hui 50,5 % des effectifs au préscolaire et 51,5 % dans l'enseignement fondamental. Toutefois, des écarts importants persistent dans les niveaux d'enseignement supérieur : les femmes représentent 44,6 % des étudiants inscrits dans l'enseignement supérieur, avec un indice de parité de 0,80, et à l'Université du Burundi, elles ne représentent que 29,6 % des effectifs et seulement 11,5 % des doctorants. Ces disparités s'expliquent par plusieurs facteurs, notamment les mariages précoces, les grossesses en milieu scolaire, les violences basées sur le genre, la pauvreté et les stéréotypes socioculturels, qui continuent de freiner le parcours éducatif de nombreuses filles.

Le Ministre a rappelé que le Gouvernement poursuit des réformes visant à renforcer l'équité, l'inclusion et la qualité de l'éducation. Celles-ci comprennent les mécanismes de réintégration scolaire des filles-mères, la promotion des filières scientifiques et le renforcement des mesures de protection contre les violences en milieu scolaire. Il a également mis en avant les programmes de soutien psychosocial destinés aux adolescentes, ainsi que les initiatives visant à encourager davantage de filles à s'orienter vers les filières scientifiques, technologiques et numériques.

Les interventions de la Vice-Présidente de la Commission de l'Union africaine, S.E. Selma Malika Haddadi, de la Coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies au Burundi, Madame Violet Kenyana Kakyomya, ainsi que des représentants du Groupe de la Banque mondiale et des partenaires ont convergé vers un même message : l'éducation des filles constitue l'un des investissements les plus stratégiques pour l'Afrique. Au-delà des engagements, les intervenants ont appelé à accélérer les actions et les investissements afin de transformer les promesses en résultats concrets pour les filles et les jeunes femmes du continent.

« Les filles et les femmes d'Afrique n'attendent pas de nouvelles promesses. Elles attendent des actions et des résultats », a déclaré la Vice-Présidente de la Commission de l'Union africaine, appelant les États membres à traduire leurs engagements politiques en investissements concrets, durables et mesurables.

Dans la même veine, l'Ambassadeur de Norvège auprès de l'Union africaine a rappelé que des millions de filles africaines continuent d'être confrontées à des obstacles qui compromettent leur accès à l'école, leur maintien dans le système éducatif et leur réussite scolaire. Il a évoqué, entre autres, les effets de la pauvreté, des conflits, des déplacements forcés et des inégalités d'accès aux technologies, tout en réaffirmant que l'éducation des filles demeure l'un des investissements les plus porteurs pour l'avenir du continent.

Dr Laila Gad, Représentante de l’UNICEF auprès de l’Union africaine prononçant son discours de clôture du 10ᵉ Forum de haut niveau de l'UA/CIEFFA sur l'égalité de genre dans et par l'éducation.
UNICEFBurundi/Wide C. Dr Laila Gad, Représentante de l’UNICEF auprès de l’Union africaine prononçant son discours de clôture du 10ᵉ Forum de haut niveau de l'UA/CIEFFA sur l'égalité de genre dans et par l'éducation.

Le premier jour de la conférence a également été marqué par la tenue du 10ᵉ Forum de haut niveau de l'UA/CIEFFA sur l'égalité de genre dans et par l'éducation. Réunissant des ministres en charge de l'éducation, du genre, de la justice et des affaires sociales, ainsi qu'une jeune représentante du Burundi, ce panel a mis en lumière la nécessité d'une approche multisectorielle pour lever les obstacles qui entravent encore le parcours éducatif des filles.
Les intervenants, venus du Botswana, du Burundi, de la République arabe sahraouie démocratique, du Togo et de la Tanzanie, ont partagé des expériences et des initiatives visant à prévenir les violences basées sur le genre, à lutter contre les mariages précoces, à promouvoir des environnements d'apprentissage plus sûrs et inclusifs et à renforcer l'autonomisation des filles grâce à une éducation de qualité.

En clôture du forum, Dr Laila Gad, Représentante de l’UNICEF auprès de l’Union africaine, a réaffirmé l’engagement de l’UNICEF à accompagner les gouvernements africains dans leurs efforts pour garantir à chaque fille une éducation inclusive, équitable et de qualité. Elle a également souligné l’importance d’une action collective et coordonnée pour accélérer les progrès et faire de l’éducation des filles une priorité concrète du développement du continent.

Panel de haut niveau sur « Le pouvoir de l’éducation transformatrice du genre et son impact sur les apprentissages, les compétences, les économies et les droits des enfants en Afrique », événement parallèle regroupant l’UNICEF, l’UNGEI, l’IIPE-UNESCO et Safe to Learn.
UNICEFBurundi/Wide C. Panel de haut niveau sur « Le pouvoir de l’éducation transformatrice du genre et son impact sur les apprentissages, les compétences, les économies et les droits des enfants en Afrique », événement parallèle regroupant l’UNICEF, l’UNGEI, l’IIPE-UNESCO et Safe to Learn.
Les participant à l’événement parallèle.
UNICEFBurundi/Wide C. Les participant à l’événement parallèle.

Des écoles sûres aujourd’hui, des opportunités pour demain

L’après-midi du premier jour a été consacré à quatre événements parallèles portant notamment sur le leadership transformateur en matière de genre, l’éducation numérique, la formation des enseignants et l’éducation en situation d’urgence. Parmi eux, l’UNICEF, aux côtés de l’UNGEI, de l’IIPE-UNESCO et de la coalition Safe to Learn, a coorganisé une session de haut niveau intitulée « Faire progresser le leadership transformateur en matière de genre dans l’éducation en Afrique ». Cette rencontre a mis en lumière le potentiel de l’éducation transformatrice du genre pour créer des environnements d’apprentissage sûrs, inclusifs et propices à la réussite des filles.

La session a réuni des ministres africains de l’éducation, des représentants de l’Union africaine, des jeunes leaders, des experts et des partenaires du développement pour échanger sur les progrès réalisés et les actions nécessaires afin d’accélérer l’atteinte de l’égalité de genre dans et par l’éducation. Les échanges ont souligné les effets positifs d’une éducation transformatrice du genre sur les apprentissages, le développement des compétences, les perspectives économiques et la réalisation des droits des enfants en Afrique.

Un temps fort de cette rencontre a été consacré à l’Appel à l’action Safe to Learn, animé par Jeremy Hopkins, Directeur régional adjoint de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Est et australe, au nom de la coalition. 
Cette séquence a permis d’examiner les obstacles liés au genre qui compromettent la sécurité et le bien-être des élèves, tout en mettant en avant des solutions fondées sur des données probantes pour prévenir et combattre les violences basées sur le genre en milieu scolaire. 

Les participants ont appelé les gouvernements africains à renforcer leurs engagements en faveur d’écoles sûres, inclusives et protectrices, notamment par l’adhésion à l’Appel à l’action Safe to Learn et au Manifeste de Freetown, afin d’accélérer l’élimination de la violence dans et autour des établissements scolaires.

Jeremy Hopkins, Directeur régional adjoint de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Est et australe, animant une séquence consacrée à l’Appel à l’action Safe to Learn.
UNICEFBurundi/Wide C. Jeremy Hopkins, Directeur régional adjoint de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Est et australe, animant une séquence consacrée à l’Appel à l’action Safe to Learn.

Les deuxième et troisièmes journées de PANCOGEd2 ont été consacrées à l’identification de solutions concrètes pour accélérer le développement des compétences et l’autonomisation des filles et des jeunes femmes. Les participants ont échangé sur l’éducation numérique, l’entrepreneuriat, les STEM, l’enseignement et la formation techniques et professionnelles (EFTP).  Les discussions ont également porté sur les moyens de réduire la fracture numérique et d’élargir l’accès des filles aux compétences et aux métiers d’avenir.

Des sessions parallèles ont par ailleurs mises en lumière des approches innovantes visant à bâtir des systèmes éducatifs plus inclusifs et résilients, y compris dans les contextes de crise. L’accent a été mis sur le renforcement des capacités des enseignants, l’amélioration des environnements d’apprentissage et le développement des mécanismes favorisant la réintégration scolaire des adolescentes et des jeunes mères.

Les travaux de la conférence se sont achevés par l’adoption de la Déclaration de Bujumbura et de l’Appel à l’action de PANCOGEd2, qui réaffirment les priorités et les engagements des Etats membres pour accélérer les progrès en faveur de l’éducation des filles et des femmes en Afrique.

À travers cette conférence, l’Afrique réaffirme une conviction partagée par tous les participants : éduquer une fille, c’est transformer une famille, renforcer une nation et bâtir l’avenir du continent tout entier.