A Musenyi, des élèves transforment les défis de leur communauté en solutions innovantes

Grâce au projet CREATABLE, soutenu par le Gouvernement australien via le Programme australien de coopération avec les ONG, les élèves de l’Ecole d’excellence de Musenyi apprennent à cultiver autrement, économiser le bois et transformer leur communauté

Odette Kwizera
 Des élèves de l’Ecole d’excellence de Musenyi entretiennent des fermes à tour et à sacs mises en place dans le cadre du projet CREATABLE
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera
26 mai 2026

A l’Ecole d’excellence de Musenyi, niché dans la commune de Tangara en province de Butanyerera, les légumes ne poussent plus seulement dans les champs, mais aussi dans des sacs. A quelques mètres des salles de classe, des colonnes verdoyantes de choux et d’amarante témoignent d’une innovation simple aux effets tangibles : celle d’élèves qui apprennent à innover pour résoudre les problèmes de leur communauté.

Depuis juin 2025, cette école fait partie des établissements bénéficiaires du projet CREATABLE, une initiative soutenue par le Gouvernement australien via le Programme australien de coopération avec les ONG (ANCP). Le projet introduit dans les écoles des approches fondées sur les STEM sciences, technologies, ingénierie et mathématiques afin de développer chez les élèves la créativité, l’esprit critique et les compétences pratiques.

Trois modules principaux y sont enseignés : la spécificité de l’homme, l’agriculture innovante et la construction des foyers améliorés. L’objectif est clair : permettre aux élèves d’utiliser les connaissances acquises à l’école pour apporter des solutions concrètes aux défis quotidiens.

Pour Sage Marie Auribel Dushime, élève de 9e année âgée de 15 ans, cette formation a changé sa manière de voir le monde et lui-même. « On nous a enseigné comment l’homme est spécifique, c’est-à-dire que chaque homme a ses qualités et talents spécifiques. Lors d’un travail d’équipe, chacun apporte sa plus-value. » Le jeune homme dit avoir particulièrement retenu les notions d’empathie et de créativité : « Avant de commencer un projet, il faut connaître la population cible et ses problèmes afin de s’assurer que notre projet répond à leurs préoccupations. »

Dans un pays où la pression démographique réduit progressivement les terres cultivables, les fermes à sacs apparaissent comme une réponse simple et ingénieuse. Les élèves apprennent à produire des légumes sur de très petits espaces grâce à des techniques d’agriculture verticale. « Nous avons appris une nouvelle technique de cultiver dans de petits espaces et avoir une bonne production. Cela répond au problème actuel d’atomisation des terres », explique Sage Marie Auribel.

A la maison, les connaissances acquises à l’école dépassent déjà les murs de la salle de classe. « J’ai déjà montré aux parents et aux voisins comment mettre en application cette nouvelle technique », raconte-t-il avec fierté. Pendant les vacances, Sage Marie Auribel a aidé sa famille à améliorer une ferme à sacs déjà existante chez eux. Elle prévoit même d’en installer davantage lors de ses prochaines vacances.

Pour Don Princesse Nishimwe, également âgée de 15 ans et élève en 9e année, l’innovation commence souvent par un besoin très concret. « A la maison, nous avions un problème d’accès aux légumes. J’ai demandé à mes parents les moyens de mettre en œuvre les techniques apprises de ferme à sacs. Ils étaient très consentants à mon idée. » Aujourd’hui, même lorsqu’elle est à l’internat, ses parents poursuivent la culture des légumes grâce aux techniques apprises par leur fille. « Nous n’achetons plus de légumes », dit-elle avec satisfaction. Son rêve est de devenir ophtalmologue. Pour elle, le lien entre santé et agriculture est déjà évident. « Les légumes comme les choux ou les carottes sont de meilleurs remèdes contre les maladies de la vision. Je pourrais conseiller mes patients sur la façon de cultiver ces légumes dans de petits espaces. »  

 Sage Marie Auribel Dushime, élève de 9e année à l’École d’excellence de Musenyi, entretient des choux cultivés grâce à la technique de ferme à tour et à sacs apprise dans le cadre du projet CREATABLE
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Sage Marie Auribel Dushime, élève de 9e année à l’École d’excellence de Musenyi, entretient des choux cultivés grâce à la technique de ferme à tour et à sacs apprise dans le cadre du projet CREATABLE
 Don Princesse Nishimwe, élève de 9e année à l’École d’excellence de Musenyi, entretient des amarantes cultivés grâce à la technique de ferme à sacs apprise dans le cadre du projet CREATABLE
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Don Princesse Nishimwe, élève de 9e année à l’École d’excellence de Musenyi, entretient des amarantes cultivés grâce à la technique de ferme à sacs apprise dans le cadre du projet CREATABLE

Les enseignants observent eux aussi des changements concrets chez les élèves. Jean Christophe Ndayisaba, l’un des encadreurs du projet à l’école, explique que la formation théorique a permis aux jeunes de découvrir leurs talents et de prendre confiance en eux. « Les élèves sont devenus plus assidus au travail de façon générale. » Selon lui, la partie pratique a surtout donné aux apprenants le sentiment qu’ils peuvent agir sur leur environnement. « Ils sont maintenant conscients qu’avec la technique de ferme à sacs, ils peuvent cultiver beaucoup de légumes dans un petit espace ». Le changement se remarque également dans les familles. « Beaucoup d’élèves ont appliqué cette technique chez eux. Il y a des parents qui nous envoient des photos pour nous montrer ce que leurs enfants ont fait », raconte l’enseignant.  

 Dorothée, vivant près de l’École d’excellence de Musenyi, montre fièrement ses fermes à sacs inspirées des techniques apprises auprès des élèves bénéficiaires du projet CREATABLE
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Dorothée, vivant près de l’École d’excellence de Musenyi, montre fièrement ses fermes à sacs inspirées des techniques apprises auprès des élèves bénéficiaires du projet CREATABLE

Juste à côté de l’école, Dorothée, mère de trois enfants, fait partie des habitants inspirés par les initiatives des élèves. Curieuse de comprendre comment fonctionnaient ces cultures verticales, elle a demandé aux élèves de lui montrer la technique. « Maintenant, j’ai aménagé plusieurs sacs comme tu peux le remarquer », dit-elle en montrant ses plantations verdoyantes. Elle reconnaît toutefois quelques défis, notamment l’accès à l’eau et aux insecticides biologiques.

Le projet CREATABLE ne se limite pas à l’agriculture innovante. Les élèves apprennent également à construire des foyers améliorés afin de réduire la consommation de bois et l’exposition à la fumée dans les ménages. « Les avantages des foyers améliorés sont multiples », explique l’enseignant Ciza Thierry. « Ils permettent d’utiliser très peu de bois de chauffage grâce à l’argile qui conserve la chaleur. » A la cuisine de l’école, un système similaire est déjà utilisé. Les enseignants témoignent aussi des bénéfices dans leurs propres foyers. « Moi-même, j’ai expérimenté ça et je peux témoigner de ces avantages », affirme Jean Christophe Ndayisaba

Thierry et Jean Christophe, enseignants à l’École d’excellence de Musenyi et encadreurs du projet CREATABLE, présentent un foyer amélioré construit avec des matériaux locaux
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Thierry et Jean Christophe, enseignants à l’École d’excellence de Musenyi et encadreurs du projet CREATABLE, présentent un foyer amélioré construit avec des matériaux locaux
Augustin Girukwishaka, préfet des études à l’École d’excellence de Musenyi, saluant les résultats du projet CREATABLE
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Augustin Girukwishaka, préfet des études à l’École d’excellence de Musenyi, saluant les résultats du projet CREATABLE

Le préfet des études, Augustin Girukwishaka, se réjouit de voir les innovations sortir du cadre scolaire pour transformer les habitudes des familles. « Lors des réunions des parents, beaucoup ont témoigné de l’apport du projet à travers les fermes à sacs. Certains disent qu’ils n’achètent plus de légumes. » Lui-même a adopté ces techniques à domicile.

Au-delà des récoltes et des économies réalisées, le projet semble surtout semer quelque chose de plus durable : la confiance des jeunes dans leur capacité à imaginer et trouver des solutions aux problèmes de leurs communautés.

A Musenyi, les salles de classe débordent désormais hors des murs : dans chaque sac de légumes, dans chaque foyer amélioré, germe une promesse ; celle d’une génération qui cultive le changement et éclaire l’avenir.    

 

Un enseignant encadreur du projet CREATABLE anime un cours théorique à l’École d’excellence de Musenyi
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera Un enseignant encadreur du projet CREATABLE anime un cours théorique à l’École d’excellence de Musenyi
 Des élèves de l’École d’excellence de Musenyi suivent avec attention un cours théorique du projet CREATABLE
UNICEF Burundi/2026/Odette Kwizera