Retrouver un foyer, reconstruire une enfance
A Musenyi, un projet mis en œuvre par Save the Children avec l’appui de l’UNICEF et le financement du Global Humanitarian Fund, offre protection, accompagnement et espoir aux enfants réfugiés congolais séparés de leurs familles
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Il est environ 10 heures du matin à Musenyi. Sous un ciel calme, les abris de fortune s’étendent sur la terre battue, animée par les allées et venues des familles réfugiées et des travailleurs humanitaires. Le site porte les traces des violences fuies dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), mêlées à l’espoir d’un nouveau départ.
Au cœur de cette dynamique, les enfants séparés ou non accompagnés comptent parmi les plus vulnérables. Arrivés seuls ou isolés de leurs proches en chemin, ils portent l’incertitude de la rupture familiale.
Pour y répondre, Save the Children, avec l’appui de l’UNICEF et le financement du Global Humanitarian Fund, met en place un dispositif dédié à leur identification, leur prise en charge et leur suivi jusqu’à des solutions durables. Ce mécanisme s’appuie notamment sur des familles d’accueil mobilisées au sein du site, qui offrent une prise en charge alternative et un environnement protecteur aux enfants sans accompagnement familial.
Veuve et mère de cinq enfants, Kahindo Gertrude Ange, elle-même réfugiée congolaise, fait partie de ces familles d’accueil. Pour elle, accueillir ces enfants dépasse la simple responsabilité : c’est un engagement guidé par la solidarité et l’instinct maternel.
Lorsqu’une adolescente de 15 ans lui est confiée, elle n’hésite pas. La jeune fille a fui les violences dans l’est de la RDC et, comme des milliers d’autres réfugiés, a trouvé refuge au Burundi, mais, à la différence de la plupart, elle est arrivée seule, sans parents ni nouvelles de sa famille. « En tant que maman, je ne pouvais pas laisser une jeune fille seule et sans soutien. Je l’ai accueillie comme ma fille, comme un membre de ma famille », raconte Gertrude. Dans sa petite maison aux ressources limitées, où la vie quotidienne reste difficile, Gertrude assume pourtant ce choix sans regret. « La vie est difficile dans le camp, mais je suis fière de l’avoir accueillie. Je l’aime beaucoup et je fais tout pour qu’elle soit à l’aise. C’est une bénédiction pour moi. », confie-t-elle avec un sourire.
A quelques rues de là, Jacqueline partage la même générosité. Veuve elle aussi, elle était déjà mère de huit enfants lorsqu’elle a accepté d’accueillir une fratrie de quatre enfants dont la mère est décédée dans le camp après une maladie. Aujourd’hui, douze enfants vivent sous son toit. « Dès le début, j’ai préparé mes enfants à accueillir ces quatre enfants comme leurs frères et sœurs. Aujourd’hui, ils vivent ensemble comme une seule famille », explique-t-elle. Malgré des conditions de vie difficiles et des ressources limitées, Jacqueline reste fière d’avoir accueilli ces quatre enfants et espère pouvoir bénéficier d’un appui pour développer une activité génératrice de revenus afin de mieux subvenir aux besoins de sa famille élargie.
Depuis le début de l’année 2025, plus de 70 000 personnes ayant fui le conflit dans l’est de la RDC ont trouvé refuge au Burundi. Parmi elles, de nombreux enfants ont été séparés de leurs parents durant la fuite ou ont franchi la frontière sans accompagnement. La recrudescence des affrontements dans le Sud-Kivu a encore aggravé les besoins en protection.
Derrière les chiffres, à Musenyi, se dessinent des parcours marqués par la perte, l’attente et l’incertitude. Certains enfants ignorent si leurs proches sont encore en vie, d’autres espèrent chaque jour des nouvelles.
Pour répondre à cette urgence, Save the Children, en partenariat avec l’UNICEF et grâce au financement du Global Humanitarian Fund, met en œuvre un projet visant à renforcer la protection des enfants réfugiés les plus vulnérables. L’intervention permet d’identifier, d’accompagner et de suivre les enfants non accompagnés, les enfants séparés ainsi que ceux victimes de violences, d’exploitation, d’abus, de discrimination ou de négligence, à travers un processus structuré de gestion des cas de protection de l’enfant.
« Lorsqu’un enfant non accompagné est identifié, notre première priorité est de comprendre son parcours : les circonstances de sa séparation, les conditions de son déplacement jusqu’au Burundi et ses besoins les plus urgents », explique Yahya Nderagakura, chargé du projet.
Chaque enfant fait l’objet d’une évaluation approfondie et d’un accompagnement individualisé. Lorsque cela est possible, les équipes travaillent avec leurs partenaires pour retrouver les parents ou d’autres membres de la famille. « Nous réalisons ce que l’on appelle une détermination de l’intérêt supérieur de l’enfant. Lorsqu’un enfant souhaite retrouver sa famille, nous collaborons avec le CICR pour le traçage familial et les éventuelles réunifications », précise-t-il. Aujourd’hui, 242 enfants non accompagnés, dont 134 garçons et 108 filles, sont suivis à Musenyi. Plus de 1 061 enfants séparés, dont 538 garçons et 523 filles, bénéficient également d’un accompagnement et d’un suivi régulier
Certaines histoires trouvent heureusement une issue heureuse. « Grâce au travail de recherche et de réunification familiale, deux enfants ont récemment pu retrouver leurs parents biologiques sur le site de réfugiés de Busuma. Quatre autres ont vu leurs parents localisés en RDC et les procédures sont en cours pour permettre leur réunification », se réjouit Yahya.
Lorsque les recherches familiales prennent du temps ou lorsqu’aucun proche n’est retrouvé, des familles d’accueil sont identifiées au sein du camp afin d’offrir aux enfants un environnement protecteur. C’est ainsi que la jeune fille accueillie par Gertrude et la fratrie prise en charge par Jacqueline ont chacune trouvé un nouveau foyer.
Pour garantir le bien-être des enfants placés dans ces familles, des animateurs communautaires effectuent un suivi régulier. Chaque semaine, Ishara Vainqueur Munyangura visite les familles d’accueil, échange avec les enfants et identifie d’éventuels nouveaux cas nécessitant une assistance. « Nous allons voir comment vivent les enfants placés dans les familles d’accueil. Nous vérifions qu’ils sont bien traités, qu’ils vont bien et que leurs besoins sont pris en compte », explique-t-il.
Son travail consiste également à sensibiliser les enfants à leurs droits, à prévenir l’exploitation et les abus sexuels et à accompagner les plus vulnérables dans leurs démarches quotidiennes. « Lors des distributions alimentaires, certains enfants qui se présentent seuls risquent parfois d’être oubliés. Nous intervenons pour nous assurer qu’ils reçoivent l’aide à laquelle ils ont droit. »
Au total, cinquante familles d’accueil ont été identifiées à Musenyi et trente accueillent déjà des enfants. Selon les besoins et les retours recueillis auprès des enfants, les équipes peuvent également décider de changer de famille d’accueil afin de garantir leur sécurité et leur bien-être.
Malgré les progrès accomplis, les défis restent considérables : les financements humanitaires diminuent alors que les besoins demeurent élevés, les familles d’accueil peinent à couvrir les dépenses liées à l’alimentation, aux vêtements ou à l’éducation ; les recherches familiales prennent parfois plusieurs mois, laissant certains enfants dans l’attente.
Pourtant, chaque réunification réussie et chaque enfant accueilli dans un environnement sûr représentent une victoire. A Musenyi, des femmes comme Gertrude et Jacqueline rappellent chaque jour qu’au-delà des liens du sang, la solidarité peut offrir à un enfant ce dont il a le plus besoin : protection, affection et espoir.