À Cishemere, un refuge précaire où l’UNICEF renforce la protection des enfants réfugiés

Nourrir, protéger, éduquer : à Cishemere, l’UNICEF multiplie les actions pour offrir aux enfants un quotidien digne. Un travail mené au cœur d’une réalité fragile, que nous vous racontons de l’intérieur.

Landry Gaël Nihorimbere
Photo de famille des enfants, encadrée dans l’espace « Amis des Enfants » à Cishemere.
@UNICEF Burundi/2025/L. G. Nihorimbere
18 novembre 2025

Perché sur la colline de Murambi, dans la commune de Buganda, un sentier étroit traverse une herbe rase pour relier la route nationale n°5 au principal site de transit de la province de Cibitoke : le site de Cishemere. Sur ce site, des centaines de familles congolaises ayant fui les violences dans l’est de la République démocratique du Congo trouvent un refuge provisoire. Selon les données de l’Office National pour la Protection des Réfugiés et Apatrides (ONPRA), 1 072 personnes y sont actuellement hébergées, dont environ 60 % sont des enfants considérés comme particulièrement vulnérables.

À l’entrée du site, l’activité est intense. Un petit marché improvisé, où l’on vend notamment du charbon, jouxte la cuisine collective d’où s’échappent des volutes de fumée. Les enfants courent entre les abris tandis que les femmes lavent le linge aux points d’eau. En ce 19 novembre, l’équipe de Protection de l’Enfant de l’UNICEF s’est rendue sur place afin d’évaluer les conditions de vie et de suivre l’avancement des activités qu’elle appuie au sein du camp.

Depuis le 10 septembre 2025, l’UNICEF, en partenariat avec l’ONG Spring Communities et grâce au soutien du FONAREV ainsi qu’aux fonds thématiques de l’UNICEF, met en œuvre un programme destiné à renforcer la protection de l’enfant et l’accompagnement psychosocial. L’initiative vise à offrir aux enfants un cadre d’apprentissage, un espace sécurisé et un soutien attentif.

Sourires aux lèvres, les enfants de l’espace Amis des Enfants de Cishemere présentent fièrement leurs ardoises.
@UNICEF Burundi/2025/L. G. Nihorimbere Sourires aux lèvres, les enfants de l’espace Amis des Enfants de Cishemere présentent fièrement leurs ardoises.

Au cœur du camp, une grande tente attire l’attention. Elle abrite l’un des Espaces Amis des Enfants, où plusieurs dizaines d’enfants participent à des activités éducatives et récréatives. Assis à l’écart, Moïse Bindanda, 13 ans, tapote gaiement sur une table : « J’ai déjà terminé l’exercice qu’on m’avait donné. Ici, on nous apprend l’alphabet, les chiffres, mais aussi le respect envers les parents. J’adore venir ici. »

Non loin de lui, Chanceline Matata, 11 ans, confie : « J’aime les jeux et les chansons. Être avec les autres amis, ça me plaît beaucoup. »

L’encadrement est organisé par tranches d’âge : de 3 à 5 ans, de 6 à 11 ans et de 12 à 17 ans.
Joëlle Tuliya, l’une des animatrices, précise : « Nous enseignons du lundi au vendredi, de 8 h à 14 h. L’objectif est de maintenir les acquis scolaires des enfants et de les protéger en les occupant afin d’éviter les mauvaises fréquentations. »

Chaque enfant reçoit également une ration de bouillie, indispensable pour suivre les activités et bénéficier de l’apport nutritionnel nécessaire sans souffrir de faim.

Mais le programme développé à Cishemere ne se limite pas aux activités éducatives. Il englobe un ensemble complet de services de protection : santé mentale, soutien psychosocial, gestion de cas et accompagnement spécialisé des enfants non accompagnés ou séparés.

Une enfant, encadrée dans l’espace ami des enfants de Cishemere, présente un flyer sur la Protection contre l’exploitation et les abus sexuels (PSEA), témoignant des formations qui leur sont dispensées pour prévenir l’exploitation sexuelle.
@UNICEF Burundi/2025/L. G. Nihorimbere Une enfant, encadrée dans l’espace ami des enfants de Cishemere, présente un flyer sur la Protection contre l’exploitation et les abus sexuels (PSEA), témoignant des formations qui leur sont dispensées pour prévenir l’exploitation sexuelle.

Au total, 2 500 enfants bénéficient d’un accompagnement psychosocial à travers des activités socio-récréatives, des thérapies individuelles ou de groupe, ainsi qu’un suivi personnalisé. Parallèlement, 7 500 personnes ont été sensibilisées à la prévention des abus, de l’exploitation et des violences basées sur le genre, ainsi qu’aux mécanismes sûrs de signalement. Les données d’octobre 2025 témoignent de l’ampleur de ces interventions : 45 enfants victimes de violence, d’abus ou de négligence ont reçu un accompagnement complet incluant la santé, la justice et le soutien social ; 10 enfants ont bénéficié d’une gestion de cas individuelle ; et 226 enfants, parents et tuteurs ont été appuyés en santé mentale et en soutien psychosocial. En outre, 446 femmes, filles et garçons ont participé aux sessions de prévention des violences basées sur le genre, tandis que 541 personnes sont désormais capables de signaler en toute sécurité toute forme d’exploitation ou d’abus sexuels.

À Cishemere, où la précarité demeure le quotidien, ces efforts conjoints permettent aux enfants de retrouver non seulement un espace sécurisé, mais aussi un semblant d’enfance. Grâce à la mobilisation de l’UNICEF, de Spring Communities et du FONAREV, le site de transit évolue progressivement vers un environnement plus protecteur et plus résilient pour ceux qui y ont trouvé refuge.