Quand la danse, le chant et les jeux apaisent les blessures des enfants de Busuma
Les activités sportives et socio-récréatives de l’Espace Ami des Enfants, soutenues par l'UNICEF avec le financement du Gouvernement de Navarre, contribuent au bien-être psychosocial des enfants réfugiés de Busuma.
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Au cœur du site des réfugiés congolais de Busuma, au milieu des tentes, une mélodie s'élève. Autour de deux jeunes volontaires qui dansent pleins d’énergie au rythme de la musique, se rassemblent des enfants, des jeunes et des adultes, les visages illuminés par ce spectacle. « Ici, on ne fait pas que danser. Nous combattons le silence et les images sombres que ces enfants ont ramenées en fuyant la guerre dans leur pays d'origine. La danse, le chant, le jeu… c'est notre manière de leur dire que l'horreur est finie et qu'ils ont le droit d'être des enfants », nous a confié l’un des volontaires, le front perlant de sueur après le spectacle dans l’Espace Ami des Enfants de Busuma.
Pour Rachel, responsable terrain de cet espace, ce spectacle constitue un moyen essentiel d’accompagner les enfants en détresse. « En les observant en train de bouger, nous repérons ceux qui restent prostrés, ceux dont le regard est emporté ailleurs. Ces séances nous permettent de détecter les traumatismes profonds. Quand un enfant ne peut plus jouer, c'est qu'il appelle à l'aide. Nous les prenons alors par la main pour les orienter vers un accompagnement psychologique », nous témoigne Rachel.
À 14 ans, Ilunga porte sur ses épaules le poids de la fuite depuis Baraka, en République Démocratique du Congo. Mais lorsqu'il a franchi le seuil de cet Espace Ami des Enfants, son fardeau semble s'alléger. « Mes souvenirs sombres disparaissent petit à petit depuis que je viens ici. Je ne suis plus un réfugié solitaire ; je suis un ami, un coéquipier. Cet espace, c'est vraiment ma famille », nous a-t-il confié avec un ton d'espoir.
Un peu plus loin, sur un terrain de sport, Karim, 13 ans, enchaîne les coups de raquette sous les acclamations. Pour lui, l'effort physique est un moyen de se défouler. « Le sport relaxe mes muscles et mon esprit. Et pendant les pauses, les conseils des superviseurs de match nous apprennent à rester dignes et respectueux une fois de retour dans nos familles », nous a-t-il déclaré après son match.
La reconstruction ne s'arrête pas au jeu. Pour les adolescentes comme Riziki, 16 ans, cet espace est devenu un lieu d’apprentissage essentiel. Autour de brochures et de débats passionnés, elle et ses amies brisent les tabous sur leur santé sexuelle, les mécanismes de protection contre les abus et le signalement de ces abus. « J'ai appris à me protéger et à connaître mes droits depuis que je fréquente cet espace. Aujourd'hui, je suis fière : quand je rentre dans mon quartier et que j'explique aux autres filles comment rester responsables, je me sens utile dans ma communauté », nous a raconté Riziki, la tête haute.
Le site de Busuma est aujourd'hui le refuge de plus de 67 000 personnes. Les blessures profondes laissées par les violences physiques ou sexuelles entraînent des frustrations qui pèsent sur le moral et la santé mentale de certains habitants du site. Parfois associées aux privations matérielles, ces souffrances laissent des cicatrices invisibles, surtout chez les enfants et les jeunes.
« Quand je vois un enfant qui ne sourit plus, je sais qu'il porte quelque chose de lourd en lui. Nos activités nous permettent de repérer ces cas fragiles et d'apporter une assistance psychologique et psychosociale. Certains enfants arrivent ici en pleurs, mais repartent avec un éclat de rire », affirme Oswald, responsable du projet ayant mis en place cet Espace Ami des Enfants à Busuma.
Les terrains de jeux, les matchs et les rassemblements communautaires deviennent alors bien plus que des moments de distraction. Ils se transforment en lieux de plaidoyer où les enfants défendent leurs droits, mais aussi en espaces sûrs où ils trouvent la protection et la joie. Toutes ces activités développées dans cet espace favorisent également leur socialisation, stimulent leur développement cognitif et réduisent le stress lié au déplacement, offrant des perspectives d’espoir et de résilience.
Amina, une jeune fille de 12 ans, n'a pas voulu cacher sa joie avant que nous quittions le site de Busuma : « Avant je restais seule, je ne voulais parler à personne. Mais j'ai trouvé des amis ici, je joue au ballon et je me sens en sécurité », nous a-t-elle dit.
Chaque jour, plus de 650 enfants participent aux activités de cet Espace Ami des Enfants, tandis que plus de 250 jeunes viennent s'amuser aux jeux et sur le terrain aménagé. Ces instants, simples mais précieux, redonnent vie à toute une communauté qui a refusé de se laisser définir par la douleur.
À Busuma, malgré les épreuves, les enfants retrouvent un espace où ils peuvent se reconstruire et rêver grâce à l’Espace Ami des Enfants, mis en place par l’ONG Spring Communities avec le soutien de l’UNICEF et le financement du Gouvernement de Navarre.