À Busuma, les réfugiés deviennent les gardiens de leur propre santé
Avec le soutien de la Fondation Mastercard et du Gouvernement de Navarra, l’UNICEF renforce les capacités des agents de santé communautaire afin d’améliorer l’accès aux soins et aux services de santé pour les réfugiés congolais du site de Busuma.
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À 9h30, sous le soleil déjà haut, une grande tente dressée au cœur du site de réfugiés de Busuma rayonne d’une énergie nouvelle. Autour, des enfants curieux observent le va-et-vient des adultes. Ce matin-là, l’atmosphère est majestueuse : 136 agents de santé communautaire (ASC), nouvellement formés, s’apprêtent à entamer une mission qui va changer le destin de milliers de familles du site de Busuma. Leur présence est plus que symbolique ; c’est le début d’un nouveau chapitre, où l’espoir et la résilience prennent racine sous la toile d’une simple tente.
Parmi ces agents se trouve Régine. Comme la majorité des personnes vivant sur le site de Busuma, elle est réfugiée. Mais ce jour-là, elle portait une nouvelle identité : celle de protectrice. Après trois jours de formation intensive sur le manuel intégré des agents de santé communautaire, elle ne cache pas sa fierté : « Je suis contente de pouvoir sauver des vies de mes compatriotes qui sont aussi réfugiés que moi. Avant, je ne savais pas reconnaître les signes de maladie ni de malnutrition. Maintenant, je sais exactement comment m’y prendre face à un cas suspect », confie-t-elle avec enthousiasme. Régine ne se contente pas de détecter les cas suspects ou les personnes malades ; elle s’assure également que les enfants reçoivent les soins préventifs nécessaires et réfère les cas identifiés aux structures de santé mises en place sur le site.
Elle n’est pas seule dans cette mission. Régine fait partie des 136 agents de santé communautaire réfugiés du site de Busuma, aux côtés de 17 autres agents issus de la même communauté, qu’elle supervise en tant que cheffe d’équipe. Ensemble, ils forment une équipe soudée, brisant les barrières entre la population hôte et les réfugiés pour une cause commune : la santé communautaire et le bien-être de la population.
Sur le terrain, les défis sont immenses. En suivant Sada, l’un des superviseurs des agents de santé communautaire, nous sommes arrivés devant le petit abri de Bibile. Cela faisait trois jours que son mari quittait à peine son lit, incapable de se lever. Jusque-là, par méfiance à l’égard des soins et services fournis par les cliniques mobiles du site, sa famille s’en remettait à l’automédication et aux pratiques traditionnelles, souvent dangereuses, parfois fatales. « Je suis soulagée que vous veniez nous voir. Avec la présence de ces agents de santé communautaire, je suis sûre que la santé de ma famille va s’améliorer », souffle Bibile, tandis que les agents venus la visiter remplissaient soigneusement leurs fiches de suivi.
À ce moment-là, ce petit refuge est devenu bien plus qu’un lieu de souffrance : il s’est transformé en un espace de confiance, où la promesse de guérison et de dignité a commencé à prendre racine.
Pour les agents de santé communautaire, ces visites à domicile constituent un choc. L’un d’eux, les larmes aux yeux, déplore les vies perdues par le passé à cause de l’ignorance.
En quelques heures, l’équipe identifie déjà plusieurs enfants souffrant de malnutrition sévère qui, sans ces visites dans les ménages, seraient restés invisibles.
Au-delà des soins, ces agents sont « les yeux et les oreilles » du système de santé. Pour Rénovat, médecin directeur du district sanitaire de Ruyigi, leur rôle est révolutionnaire : « Ils nous communiquent en temps réel les naissances, les décès et les tendances sanitaires au sein de la communauté : des données qui étaient autrefois presque impossibles à obtenir dans le site », se réjouit-il.
Désormais, grâce à l’identification rapide des cas suspects, les flambées épidémiques peuvent être étouffées avant de se propager dans le site. Les messages sur l’hygiène et la vaccination circulent davantage, et la confiance envers les services de santé grandit.
Cette initiative vitale, mise en œuvre par l’ONG Global Development Community Burundi, est soutenue par l’UNICEF grâce au financement de la Fondation Mastercard et du Gouvernement de Navarra. Ces agents de santé communautaire ne se contentent pas de promouvoir l’accès aux soins ; ils renforcent également la résilience et la cohésion sociale entre les réfugiés congolais et la population burundaise de Busuma.