Changer les mentalités pour une alimentation équilibrée : l’impact des Écoles des maris à Gikwe

Une approche innovante mise sur la masculinité positive pour encourager les hommes à s’engager davantage dans leurs foyers, devenir plus responsables et contribuer activement à l’amélioration des régimes alimentaires.

Landry Gaël Nihorimbere
Séance en cours de l'École des maris dans la cour intérieure de la maison de Daniel Musabanganji, à Gikwe.
@UNICEF Burundi/2025/L. G. Nihorimbere
07 août 2025

La saison sèche bat son plein à Kirundo. Nous sommes un jeudi 7 août, en route vers la colline de Gikwe, dans la commune de Bugabira. Un nuage de poussière nous suit tout au long des quinze kilomètres qui séparent cette localité du centre-ville de Kirundo. Après une vingtaine de minutes de trajet sur une route cahoteuse, notre véhicule s’arrête devant la maison de Daniel Musabanganji. Ici, une scène peu commune attire l’attention.

Dans la cour intérieure, plus exactement à 9 h 30 du matin, une dizaine d’hommes, tous vêtus de gilets ornés des logos du Gouvernement burundais, de KfW (Banque allemande de développement), de Concern Worldwide et de l’UNICEF, sont réunis en demi-cercle. Un manuel illustré à la main, Daniel Musabanganji, l’un d’entre eux, se tient debout et anime activement une session d’échanges. Mais ce n’est pas une réunion ordinaire : il s’agit d’une séance d’apprentissage au sein d’une « École des maris ».

Ici, les participants se nomment les Imboneza, littéralement « les modèles » ou « les exemples ». Leur mission est claire : devenir des époux responsables et des piliers du changement dans leurs communautés. L’initiative, portée par Concern Worldwide avec le soutien de l’UNICEF, à travers l’appui financier de KfW, vise à promouvoir le changement de comportement des hommes en matière de nutrition et de genre, facilitant ainsi la prise de décision conjointe au sein du couple et la prévention des violences basées sur le genre.

Daniel Musabanganji animant la séance de l'École des maris à Gikwe.
@UNICEF Burundi/2024/L. G. Nihorimbere Daniel Musabanganji animant la séance de l'École des maris à Gikwe.

Lors des sessions de causerie éducative entre membres d’une école des maris, les discussions tournent autour du rôle et de la contribution du mari, chef de ménage, dans l’amélioration des régimes alimentaires des femmes enceintes, allaitantes et des enfants de moins de cinq ans. Il s’agit notamment de la consommation responsable des récoltes et de leur implication dans les tâches ménagères pour alléger la charge de leurs épouses — des gestes autrefois perçus comme exclusivement féminins.

Mais l’objectif va au-delà du ménage : il s’agit de briser des stéréotypes profondément enracinés, pour permettre aux familles de vivre dans la dignité et en meilleure santé.

Maurice Ndikuriyo, père de quatre enfants, livre un témoignage sur ses anciennes habitudes :
« Avant, je me disais que je ne devais pas manquer de vin de banane alors que j’avais un stock de haricots à la maison. Je vendais tout au cabaret, je rentrais ivre et ma famille se couchait sans avoir mangé. »

Aujourd’hui, Maurice dit avoir tourné la page. Il gère désormais sa récolte avec soin et privilégie la sécurité alimentaire de ses enfants.

Même son de cloche pour Marcel Niyorugira, père de deux enfants :
« Je ne gaspillais pas énormément, mais je vendais quand même une bonne partie des récoltes. Maintenant, j’apprends à ma famille à consommer une nourriture équilibrée pour rester en bonne santé. »

Maurice Ndikuriyo en pleine intervention, livrant son témoignage aux autres Imboneza.
@UNICEF Burundi/2024/L. G. Nihorimbere Maurice Ndikuriyo en pleine intervention, livrant son témoignage aux autres Imboneza.

Lors de la séance dirigée par Daniel, les échanges portent sur les principaux groupes alimentaires : les protéines, les glucides, les légumes et les vitamines. L’accent est également mis sur l’importance de conserver des produits comme le lait et les œufs pour la consommation familiale, plutôt que de les vendre afin d’acheter de la bière.

L’approche des « Écoles des maris » ne se limite pas à la simple sensibilisation des hommes ; elle inclut également l’organisation de visites à domicile pour assurer le suivi de l’adoption des bonnes pratiques au sein des ménages. Chaque Imboneza a la responsabilité de former, à son tour, dix autres hommes de son entourage. Ce mécanisme favorise un véritable effet boule de neige, déjà observable dans la localité de Gikwe.

À travers ce programme, l’UNICEF, en collaboration avec ses partenaires, prouve qu’un développement durable passe aussi par une transformation des mentalités, en particulier chez les hommes. Et à Gikwe, cette transformation est déjà en marche, au profit de toute la communauté.