Même en exil, l’enfance a droit au rêve : le théâtre comme refuge au camp de Musenyi
Pour les enfants et jeunes réfugiés de Musenyi, l'UNICEF a créé des espaces amis des enfants, clés de leur épanouissement. Ils y trouvent bien-être mental, éducation, protection, loisirs et expression culturelle par le théâtre.
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Au cœur de la commune de Giharo, à environ 70 kilomètres du chef-lieu de la province de Rutana, se trouve une oasis inattendue de rires et d’expression artistique : l’Espace Ami des Enfants du site de Musenyi. Dans ce site de réfugiés congolais, où la vie quotidienne est souvent synonyme de privations, de souvenirs douloureux et d’incertitudes, l’UNICEF, en collaboration avec son partenaire d’exécution, Social Action for Development (SAD), a mis en place un programme porteur de vie, d’humanité et d’espoir, axé sur l’éducation et le bien-être.
Dès qu’on franchit la clôture de filet métallique, on est surpris par une ambiance vibrante, presque irréelle. Une véritable fourmilière d’enfants : ils jouent, rient, courent entre les balançoires, les cordes à sauter, les jeux de billes ou de ballon. Ici, l’innocence semble avoir repris ses droits.
Kazamalwezo Valentin, réfugié volontaire et encadreur, veille chaque jour à ce que ce refuge de paix reste un lieu où l’enfant peut respirer, guérir et rêver.
« Ici, on veut que l’enfant se sente en sécurité et protégé, à l’abri des violences et des abus. Chaque jour, nous accueillons environ 500 enfants, et chacun a droit à une attention particulière », explique-t-il, le regard attentif aux moindres besoins des enfants.
Outre les activités récréatives, l’espace propose des activités éducatives informelles : alphabétisation, jeux éducatifs, club de dessin, ateliers de discussion, autant d’activités qui renforcent la confiance en soi, les compétences sociales et la résilience des jeunes bénéficiaires. Des adolescentes participent également à des séances de sensibilisation sur les violences basées sur le genre, la dignité, l’estime de soi et l’autoprotection : des sujets essentiels dans un contexte de fragilité et de déplacement forcé.
Mais c’est dans l’une des tentes aménagées en salle d’activités que se joue la scène la plus émouvante. L’ambiance y est tout à fait particulière : rires, murmures, déplacements orchestrés ; ce sont des enfants réfugiés qui s’initient au théâtre. Et pendant qu’ils jouent, les douleurs du passé semblent s’évanouir un instant.
Parmi les jeunes comédiens, Sifa Cheilla, membre du club de théâtre, se démarque par son enthousiasme. « Je me sens très bien ici. Le théâtre, c’est ma passion. Quand je joue, j’oublie tout. Je viens chaque jour pour les répétitions, c’est ce que j’aime faire. »
Le club est encadré par Mtakolwe Lechoix, lui aussi réfugié, qui jouait déjà des pièces de théâtre dans sa ville natale de Luvunge, en RDC, avant d’être contraint de fuir.
« Aujourd’hui, j’encadre plus de 60 enfants. Les parents adorent ce que nous faisons. Ils nous envoient leurs enfants, même les tout-petits. Parfois, on est obligés de refuser, faute de place. Le théâtre, ici, ce n’est pas seulement un loisir : c’est un outil de guérison. »
Les thèmes abordés ne sont pas choisis au hasard. Ils parlent de leur vie, de leurs douleurs, de leurs espoirs : enfants non accompagnés, violences basées sur le genre, conflits familiaux, autant de réalités brutes qu’ils apprennent à nommer, à affronter et à transformer.
Cet espace n’est pas seulement bénéfique pour les enfants : il allège aussi la charge mentale et physique des parents. Pendant que les enfants sont entre de bonnes mains, les adultes peuvent subvenir aux besoins du foyer, accéder à des services de base ou simplement se reposer.
Karama Kazuri Ahadi, point focal adjoint du programme, précise que des espaces mobiles sillonnent également le camp pour toucher encore plus d’enfants.
Dans les allées poussiéreuses du camp de Musenyi, entre les tentes et les sourires, le théâtre est devenu une lumière. Une scène sur laquelle des enfants déplacés réécrivent leur propre histoire. Ils n’ont peut-être pas encore retrouvé leur foyer, mais ils ont déjà trouvé une voix.
La vie dans un site de réfugiés n’est pas facile, surtout pour les enfants. Privés de loisirs, d’éducation et souvent contraints de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, les enfants sont privés de leur enfance. Grâce à l’Espace Ami des Enfants installé par l’UNICEF sur le site de Musenyi, ils trouvent un endroit sûr pour apprendre, jouer, se faire des amis et redevenir des enfants. À travers des activités comme le théâtre, les enfants écrivent une nouvelle histoire : celle d’une dignité retrouvée.