Les « mamans lumières » éclairent le chemin contre la malnutrition à Kirundo et à Karusi.
Contre la malnutrition, l'UNICEF sensibilise la communauté à l’alimentation équilibrée, surtout les enfants & les femmes enceintes. Les mamans Lumière, acteurs clés dans l'approche communautaire, diffusent des messages pour une sensibilisation collective.
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À l’ombre paisible d’une tente installée dans la cour de Mme Godelieve Miburo, ce jeudi 7 aout, à Gitwe, dans la commune de Bugabira (ancienne province de Kirundo), les rires d’enfants résonnent au gré de jeux spontanés. Une dizaine de mères, assises en cercle, regardent leurs tout-petits avec tendresse. Elles attendent un repas spécialement préparé pour l’occasion. Mais plus que de la nourriture, c’est un trésor bien plus précieux qui leur est offert ici ; du savoir et de l’espoir.
Depuis plus de onze ans, Mme Godelieve Miburo est ce que l’on appelle une maman lumière. Un titre simple, mais qui cache un engagement bien plus important.
Dans une région durement touchée par la malnutrition infantile, où l’enquête nutritionnelle SMART 2024 révèle que 57,1 % des enfants de moins de cinq ans à Karusi et 52,3 % à Kirundo souffrent de malnutrition chronique, Joselyne va bien au-delà de la simple distribution de nourriture. Munie de sa boîte à images, elle sensibilise et forme les mères pour prévenir durablement la malnutrition. « Il y a des mamans qui ignoraient l’importance des légumes dans l’alimentation des enfants », confie-t-elle avec calme. « Même avec peu de moyens, on peut préparer des repas équilibrés. Il suffit de connaître les bons mélanges. »
La malnutrition n’est pas qu’une affaire de manque de nourriture. Elle est aussi le fruit d’une méconnaissance des besoins alimentaires. Les mamans lumières, formées et sélectionnées pour leur leadership communautaire, sont devenues les piliers des structures FARN (Foyers d’Apprentissage et de Réhabilitation Nutritionnelle) et FAN (Foyers d’Apprentissage Nutritionnel). Ces foyers sont des lieux d’apprentissage collectif où les mères réapprennent à nourrir leurs enfants et à se nourrir elles-mêmes convenablement surtout lorsqu’elles sont enceintes.
Dans l'après-midi de ce jour-là, nous nous sommes rendus au centre de santé de Muyange, situé dans la même commune. Sur place, nous avons rencontré Claudine Misago, une mère dont le regard trahissait la fatigue. Son bébé de 11 mois, Abdoulkarim, souffrait de malnutrition aigüe sévère. « Depuis sa naissance, il est malade chaque semaine. Je suis épuisée. Mais j’espère qu’ici, on pourra le sauver », dit-elle en regardant son fils, dont le bras trop fin est encerclé par un bracelet coloré.
Ce bracelet, c’est le MUAC un simple ruban mais un outil de mesure anthropométrique incontournable pour diagnostiquer la malnutrition par les agents communautaires de santé. Quand la couleur est rouge, l’alerte est lancée ; l’enfant est diagnostique malnutri aigu sévère et doit être transféré vers un centre de santé pour une prise en charge rapide.
À Karusi, dans la localité de Rubagabaga, où nous sommes passés le lendemain, une autre maman lumière, Kamariza Claudine, a livré son témoignage :« Les FAN aident vraiment les familles. Quand on apprend à préparer des repas avec les différents groupes d’aliments : on constate une vraie amélioration. Et surtout, les enfants ne rechutent pas. »
L’approche communautaire, portée par ces braves et vaillantes femmes, est l’une des clés de la réussite du programme. Ces explications et encouragements à repenser la nutrition familiale de manière équilibrée, transmis par l'une des leurs, sont efficaces parce que ces femmes s'identifient à la maman lumière.
Ce programme est financé par la banque allemande KfW, via l’UNICEF, et mis en œuvre par l’ONG Concern Worldwide dans les anciennes provinces de Kirundo et Karusi. Grâce à cette synergie, des milliers d’enfants sont sauvés chaque année d’un fléau qui, trop souvent, tue en silence. En effet, la malnutrition ne tue pas toujours directement. Elle affaiblit le système immunitaire, rend les gens plus vulnérables aux maladies (comme la pneumonie, la diarrhée, le paludisme), ralentit la croissance des enfants, et peut surtout entraîner des séquelles irréversibles au cerveau si rien n’est fait avant deux ans.
Mais derrière les statistiques et les financements, ce sont surtout des visages, des histoires, et des voix de femmes comme Joselyne ou Claudine qui font vivre cette lutte. Sous la tente de Gitwe, dans la poussière et la chaleur, ce sont elles les véritables architectes de l’espoir.