Le renforcement du système d’information de santé communautaire réduit la mortalité infantile

Grâce au financement de la Fondation Rockefeller, le Burundi a mis en œuvre le projet iCOHS afin d'améliorer la qualité des données du système de santé en général et du système d'information sanitaire communautaire en particulier

Odette Kwizera
 Béatrice Niyonzima, agent de santé communautaire de Makebuko, lors d’une de ses visites dans les familles pour sensibiliser au respect du calendrier de consultation prénatale et de vaccination des enfants
UNICEFBurundi/2022/Odette Kwizera
12 septembre 2022

Makebuko, Gitega/Burundi. Béatrice Niyonzima, 38 ans, est un agent de santé communautaire de la colline Mwaro-Mivuvu dans la commune Makebuko. Elle est l’un des 277 agents de santé communautaire du district sanitaire de Kibuye dont le travail contribue à la réduction des décès maternels et néonataux, à travers deux approches complémentaires, mis en œuvre grâce à l’appui de l’UNICEF et ses partenaires.

La première approche ‘’kiramama’’, qui s’appuie sur le système RapideSMS, consiste à utiliser des téléphones portables pour la transmission de l’information lors du suivi de la femme enceinte dans la fenêtre des « 1000 jours ». C’est, entre autres, pour surveiller l’évolution des grossesses et des naissances, identifier et signaler des situations où la vie des mères et des enfants malades serait en danger, et relayer d’importantes informations qui pourraient contribuer à promouvoir les changements de comportement.

La deuxième approche appelée iCCM (integrated Community Case Management), consiste, quant à elle, à prendre en charge, à domicile, les pathologies considérées comme principales causes de décès chez les enfants de moins de cinq ans, à savoir le paludisme, la diarrhée, et la pneumonie. Cette approche inclut aussi le dépistage de la malnutrition et référence pour prise en charge. Le cas échéant, les agents de santé communautaire réfèrent les cas graves vers les structures de santé habilitées pour une prise en charge adéquate.      

‘’Quand j’apprends qu’une femme de mon entourage est enceinte, je lui demande d’abord d’aller se faire consulter au centre de sante le plus proche. Si elle l’a déjà fait, je lui demande de m’apporter sa fiche pour que je l’enregistre dans kiramama en envoyant un sms de mon téléphone ; après quoi je commence à suivre l’évolution de sa grossesse avec l’appui de Kiramama qui nous envoi des rappels à l’approche des visites de chaque maman et enfant suivi, en lui rappelant, entre autres, ses rendez-vous pour la consultation prénatale jusqu’à ce qu’elle accouche.  Après l’accouchement, je suis aussi l’évolution du nouveau née, en veillant notamment au respect du calendrier des vaccinations’’ raconte Béatrice Niyonzima, très confiante.  

Béatrice Niyonzima prend aussi en charge les enfants de moins de cinq ans, qui souffrent de paludisme, de la diarrhée, et de la pneumonie, en plus du dépistage de la malnutrition. ‘’Nous savons comment gérer chacune de ces pathologies. Nous savons aussi à quel moment référer au centre de santé les cas jugés à haut risque pour une prise en charge rapide et efficace. Beaucoup guérissent sans devoir aller au centre de santé’’ raconte Béatrice.     

 Signoline Ndihokubwayo. Maman dont les grossesses ont été suivies par Béatrice, agent de santé communautaire
UNICEFBurundi/2022/Odette Kwizera Signoline Ndihokubwayo. Maman dont les grossesses ont été suivies par Béatrice, agent de santé communautaire
 Iracadukunda Modelas, maman dont l’enfant a eu la vie sauve grâce aux soins d’un agent de santé communautaire
UNICEFBurundi/2022/Odette Kwizera Iracadukunda Modelas, maman dont l’enfant a eu la vie sauve grâce aux soins d’un agent de santé communautaire

 Les services de Béatrice et d’autres agents de santé communautaire facilitent la vie à plusieurs familles de la commune Makebuko. Signoline Ndihokubwayo, 28 ans, mère d’un enfant de 2 ans et enceinte de 7 mois, fait partie des chanceuses. Elle a bénéficié de leur accompagnement depuis sa première grossesse. ‘’ Vu le contexte dans lequel nous vivons ici, certaines femmes, submergées par les travaux agricoles et ménagers, oublient facilement d’aller consulter et les conséquences sont souvent néfastes. Je connais une maman qui a avorté des suites d’une complication dont elle n’était pas au courant parce qu’elle n’avait jamais consulté, par ignorance’’ témoigne Signoline,

Modelas Iradukunda, elle, est une maman de la colline Mwaro-Mavuvu dont l’enfant a eu la vie sauve grâce aux soins à domicile offerts par Béatrice, qui l’a successivement traité du paludisme et de la diarrhée. ‘’C’est vraiment un avantage de pouvoir accéder aux soins à domicile car parfois nous avons du mal à arriver à temps dans les structures de santé qui ne sont pas toujours proches. Mon enfant est guéri sans que je sois obligée d’aller au centre de santé de Makebuko’’, dit-elle, avec joie.

Les résultats positifs générés par les approches Kiramama et iCCM se font déjà sentir au centre de santé de Makebuko. Laetitia Kubwimana, responsable de ce centre de santé évoque, notamment, l’augmentation du nombre de femmes qui respectent les rendez-vous pour la consultation prénatale comme préconisé, ou pour faire vacciner leurs enfants, mais aussi, la réduction du nombre d’accouchement à domicile.

‘’Avant le projet Kiramama, notre Centre de santé recevait seulement autour de 5 femmes par mois pour la Consultation prénatale précoce ; aujourd’hui on reçoit plus de 50 femmes par mois’’ confirme Laetitia Kubwimana, responsable du centre de santé de Makebuko. Elle se réjouit aussi de la réduction du nombre d’enfants qui viennent consulter pour des maladies comme la diarrhée, le paludisme et la pneumonie grâce à l’approche iCCM : ‘’Les signes généraux de danger ne sont plus observés dans notre centre de santé’’ dit fièrement Laetitia.

Un nourrisson recevant son vaccin au centre de santé de Makebuko
UNICEFBurundi/2022/Odette Kwizera Un nourrisson recevant son vaccin au centre de santé de Makebuko

 

Les agents de santé communautaires sont encadrés et coordonnés par les centres de santé, à qui ils partagent régulièrement leurs rapports pour analyse. Avec l’appui de l’UNICEF, au moins 1357 agents de santé communautaire, parmi lesquels 56% sont des femmes, ont vu leurs capacités renforcées sur la collecte et la communication des informations sanitaires relatives à la mise en œuvre des interventions à base communautaire.

‘’Les approches Kiramama et iCCM ont sensiblement réduit la mortalité materno-infantile dans le district sanitaire de Kibuye’’, nous dira également le Dr Magorwa Jean Bosco, Médecin chef du district sanitaire de Kibuye. Il fait référence aux données tirées de la Plateforme DHIS2 du ministère de la Santé publique et de la lutte contre le SIDA ; une plateforme qui centralise les données collectées depuis le niveau communautaire jusqu’au niveau des hôpitaux.  « Grâce à l’approche iCCM, presque 100% des enfants pris en charge par ces Agents de santé communautaires dans le district de Kibuye, guérissent ; la majorité d’entre eux consultant endéans 24 heures depuis l’apparition des premiers signes. Et grâce à l’approche kiramama ou RapideSMS, il devient plus facile pour les centres de santé de sauver la vie des femmes enceintes qui ont des signes de danger comme le saignement, les contractions utérines précoces, ou ruptures de membranes (…) Les agents de santé communautaire envoient directement des SMS au centre de santé qui, en cas de besoin envoie une ambulance dans les délais’’, explique le Dr Magorwa Jean Bosco. 

Dans le souci de renforcer la qualité des données du système sanitaire en général et le système d’informations de santé communautaire, notamment la mise en place et le renforcement de systèmes intelligents de suivi de la santé de la mère et de l’enfant, de l’approche iCCM, et de la qualité des données du DHIS2 au niveau communautaire, le Burundi implémente, depuis 3 ans, un projet dénommé iCOHS (intelligent community health system) ; financé par la Fondation Rockefeller, afin de mettre en lumière certaines des meilleures pratiques et stratégies en matière de santé numérique.  

En collaboration avec son partenaire de mise en œuvre Mediabox, l’UNICEF a développé une application numérique qui vise à améliorer la qualité et la rapidité des rapports. L'application est conçue de manière que les agents de santé communautaire et les professionnels de la santé puissent contribuer à la saisie directe des données dans la plate-forme DHIS2, à l'aide des tablettes, téléphones ou smartphones. L'UNICEF et le ministère de la Santé ont également élaboré une feuille de route pour l'interopérabilité des systèmes actuels tels que DHIS2, le système d'information communautaire basé sur RapidPro (Application iCCM et Kiramama) dans les zones cibles de l'UNICEF.

Une maman en cours de consultation prénatale au centre de santé de Makebuko
UNICEFBurundi/2022/Odette Kwizera Une maman en cours de consultation prénatale au centre de santé de Makebuko