Recherche active communautaire : un levier essentiel dans la lutte contre le Mpox
Dans les districts sanitaires de Gitega & d’Isare, la lutte contre le Mpox est renforcée grâce à la recherche active menée par les agents de santé communautaire, avec l'appui de l’UNICEF, du ministère de la Santé publique, sur financement du Pandemic Fund
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En ce mois de juillet, la colline de Rubamvyi, située à environ 30 km du chef-lieu de la province de Gitega, se montre calme et belle. C’est la saison sèche ; les pluies se font rares mais la fraîcheur persiste encore légèrement. Nous suivons les chemins de terre rouge, durcis par le soleil. Un sentier étroit, bordé de bananiers et de cultures en terrasse, nous guide pas à pas vers une modeste habitation perchée sur la sous-colline de Kabango. C’est là que réside la famille de Gérard et Alice, dont le fils, Ismaël, âgé de 14 ans, a récemment été traité avec succès contre le Mpox. L’accueil est simple et chaleureux. Dans leurs regards, on perçoit encore ce soulagement d’avoir surmonté l’épreuve.
Avec émotion, Gérard raconte le moment où leur fils a commencé à avoir des lésions sur le visage :
« On pensait que c’était une allergie. Il a donc continué à aller à l’école. Mais comme nous avions été sensibilisés par les agents de santé communautaire aux symptômes du Mpox, nous avons tout de même décidé de l’amener au centre de santé de Rubamvyi. Il a ensuite été référé au centre de prise en charge de Gitega où il a été testé positif au Mpox, puis pris en charge », raconte Gérard.
Pour Alice, la mère d’Ismaël, le plus difficile n’a pas été le diagnostic, mais la peur alimentée par les rumeurs qui circulaient autour de la maladie.
« Certains disaient qu’elle était incurable, d’autres parlaient d’isolement total, voire de rejet par la communauté. » Malgré tout, leur volonté de protéger leur enfant a pris le dessus et ils ont franchi le pas en direction du centre de Gitega, avec courage et espoir.
Suite à la détection du cas d’Ismaël, Bénigne Francine, agent de santé communautaire de la sous-colline Kabango, a intensifié ses visites de sensibilisation et de suivi dans l’entourage du cas.
« Avec l’appui des hygiénistes, nous avons procédé à la désinfection des lieux et à la distribution des kits d’hygiène. Nous avons ensuite effectué le suivi pendant 21 jours pour nous assurer qu’il n’y a pas de nouveaux cas », explique-t-elle.
Après notre visite auprès de la famille de Gérard et Alice, nous avons poursuivi notre tournée en nous dirigeant vers la sous-colline de Rwoga, où nous avons rencontré Gertrude. Cette femme, d’une soixantaine d’années, n’aurait sans doute pas reconnu les signes du Mpox sans les séances de sensibilisation menées par Sabine, l’agent de santé communautaire de sa sous-colline.
« En voyant apparaître les symptômes, j’ai tout de suite pensé à ce dont Sabine nous avait parlé. J’en ai discuté avec elle et elle m’a conseillé de me rendre rapidement au centre de santé », explique-t-elle.
Rapidement référée à l’hôpital de Gitega, où elle a bénéficié d’une prise en charge adaptée, Gertrude témoigne aujourd’hui de l’importance de l’information de proximité.
Face à l’augmentation des cas de Mpox et au risque de propagation de la maladie, l’UNICEF, en collaboration avec le ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida, à travers le COUSP, a pris l’initiative de mettre en œuvre une stratégie de recherche active des cas de Mpox dans les districts sanitaires de Gitega et d’Isare. Ces deux districts ont été ciblés en raison du nombre élevé de cas confirmés. L’objectif de cette initiative, qui s’est déroulée du 19 mars au 19 avril 2025, était de renforcer la détection précoce, d’interrompre la chaîne de transmission, de référer les patients vers les structures de santé pour une prise en charge appropriée, et de sensibiliser les populations aux signes, modes de transmission et mesures de prévention de la maladie. Cette approche de proximité a été menée avec rigueur par les agents de santé communautaire, encadrés par les points focaux santé communautaire.
Blaise, point focal santé communautaire au centre de santé de Rubamvyi, témoigne des résultats observés dans sa localité :
« Sur les 8 sous-collines que j’ai supervisées, je peux affirmer que la recherche active a joué un rôle déterminant dans la réduction des cas de Mpox. La diffusion d’une information claire au sein des communautés a permis l’identification rapide et le référencement des cas suspects, limitant ainsi la propagation de la maladie grâce à une prise de conscience collective », explique Blaise.
Dans le district sanitaire de Gitega, la recherche active a visé 16 collines réparties dans huit aires de santé : Ceru, Mubuga, Mukanda, Muremera, Mushasha, Rutoki, Songa et Rubamvyi. Au cours de cette période, plus de 52 000 personnes ont été sensibilisées au Mpox, 8 cas positifs ont été détectés, 11 ménages désinfectés, et 184 cas contacts suivis.
« La recherche active a produit des résultats miraculeux », se réjouit le Dr Jean Damascène Bayubahe, médecin-chef de district de Gitega. Selon lui, cette initiative a permis de briser le silence et de lever les peurs qui entouraient le Mpox au sein des communautés.
« Avant la recherche active, de nombreuses personnes hésitaient à déclarer leurs symptômes, car la maladie faisait l’objet de rumeurs persistantes : certains la considéraient comme une infection sexuellement transmissible, ce qui renforçait la stigmatisation », dit-il.
Le médecin-chef de district d’Isare, Dr Jimmy, abonde dans le même sens que son homologue de Gitega :
« Sans cette stratégie de recherche active, beaucoup de cas seraient passés inaperçus, car certains malades se cachaient et auraient continué à propager la maladie dans la communauté », affirme-t-il.
Pour lui, cette approche a joué un rôle clé dans la maîtrise de la situation épidémiologique dans la zone. Dans ce district, l’intervention a ciblé trois zones prioritaires de la commune de Mutimbuzi, à savoir Gatumba, Rubirizi et Rukaramu. Au total, 36 cas ont été détectés dans la zone de Gatumba, 18 à Rubirizi et 4 à Rukaramu.
À Gitega, comme à Isare, les témoignages recueillis montrent que la combinaison d’une recherche active et d’une sensibilisation de proximité s’est révélée décisive pour réduire sensiblement le nombre de nouveaux cas de Mpox. Une stratégie saluée par les acteurs de terrain, qui estiment que cette approche pourrait également être utile dans la lutte contre d’autres maladies à potentiel épidémique.