Le pouvoir des formations professionnelles : parcours inspirants d’adolescentes à Buterere.

Encadrées par l’ONG United for Children Burundi bw'Uno Munsi (UCBUM), avec l’appui de l’UNICEF, des jeunes filles vulnérables sont déterminées à transformer leur vie grâce aux compétences acquises.

Jean Gabriel Uwamahoro
Tracy avec ses collègues tenant les paquets de beignets fabriqués dans la boulangerie qu’ils ont monté à Buterere avec l’appui de l’UNICEF.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro
02 mai 2025

Buterere est l’un des quartiers populaires, où la vie est souvent marquée par une grande précarité. De nombreux enfants et jeunes y vivent dans des conditions difficiles, en raison du manque de ressources. Cette réalité peut malheureusement pousser certains d’entre eux à des formes de survie comme le travail du sexe, la délinquance, voire à vivre dans la rue.

Tracy vit dans ce quartier. « Mes parents sont divorcés. Mon père nous a mises à la porte. Avec ma mère, nous avons dû louer une maison », raconte-t-elle. Dans cette situation, Tracy a dû abandonner l’école à seulement sept ans. Son calvaire s’est poursuivi jusqu’à ce qu’elle croise un homme dans la rue, un membre du comité de protection de l’enfant de Buterere. « Je n’avais aucune activité, je marchais sans but, et c’est là qu’il m’a demandé si je voulais suivre des formations pour apprendre un métier. Sans vraiment savoir de quoi il s’agissait, j’ai accepté », explique Tracy.

Grâce à cette rencontre, elle a été inscrite parmi les bénéficiaires de la formation dispensée par l’ONG United for Children Burundi bw'Uno Munsi (UCBUM). Tracy a choisi de se former en boulangerie avec d’autres adolescentes. Après trois mois d’apprentissage, elle a acquis des compétences en fabrication de pain, de beignets et de pâtisseries. En plus, elle a reçu un fonds de démarrage de l’UCBUM pour commencer une activité génératrice de revenus.

« Avec deux autres adolescentes de la formation, nous avons décidé d’ouvrir une boulangerie. Mais nous manquions de fonds. Alors, nous avons mis nos parts en commun et avons pris un crédit », raconte Tracy. Ensemble, elles ont acheté du matériel et loué un espace pour installer leur boulangerie.

Pour commencer leur activité génératrice de revenus, elles ont recruté quatre jeunes garçons, formant ainsi une association de sept membres. « Avant de rejoindre ce groupe, j’étais un enfant en situation de rue. Mais ces filles m’ont pris sous leur aile et m’ont appris à faire des beignets. Je les considère comme ma propre famille, mes sœurs », confie Kévin, un des jeunes garçons qui travaille avec Tracy à la boulangerie.

Tracy et son collègue en train de travailler la pate pour fabriquer les beignets.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro Tracy et son collègue en train de travailler la pate pour fabriquer les beignets.

Au départ, l’association se contentait d’un seul sac de farine par semaine pour faire des beignets. Mais avec le temps et l’ouverture de nouveaux marchés, Tracy et ses collègues ont réussi à produire plus de 10 sacs de farine, réalisant un bénéfice net de 28 000 francs burundais par sac. « Grâce à ces gains, je peux aider ma mère à acheter de la nourriture ou même m’offrir de beaux vêtements », s’enthousiasme Tracy, émerveillée par les résultats de son projet.

Avant de participer aux activités proposées par UCBUM, Tracy n’avait pas de ressources et aucune vision pour son avenir. Elle estime que la formation qu’elle a reçue a été extrêmement bénéfique. Aujourd’hui, elle se sent en sécurité : « Avant, ma mère et moi pouvions être mises à la porte la nuit pour non-paiement du loyer, et nous passions des nuits à chercher un endroit où dormir. Maintenant, nous avons loué une maison confortable. Les revenus de la vente de mes beignets me permettent de payer régulièrement notre loyer », se félicite Tracy.

Pendant que les enfants de Buterere savourent les beignets de Tracy, une autre adolescente qui a bénéficié des formations de l’UCBUM a décidé de se lancer dans le métier de coiffeuse. Elle s’appelle Fabiola. Cadette d’une famille modeste de six enfants, Fabiola manquait de ressources et n’a pas pu terminer l’école. Comme les autres jeunes filles formées, à l’issue de ses trois mois de formation, elle a été accueillie comme stagiaire dans un salon de coiffure à Bujumbura.

« Depuis qu’elle a commencé son stage dans mon salon, de nombreux clients préfèrent se faire coiffer par Fabiola », a déclaré la propriétaire du salon de coiffure où nous avons rencontré Fabiola.

Fabiola, adolescente encadrée par UCBUM, en train de coiffer une personne dans un salon où elle a été engagée après le stage d’apprentissage.
@UNICEF Burundi/2025/J.G. Uwamahoro Fabiola, adolescente encadrée par UCBUM, en train de coiffer une personne dans un salon où elle a été engagée après le stage d’apprentissage.

« Depuis que je suis petite, j’ai toujours rêvé de devenir coiffeuse. J’apprends rapidement les techniques et les styles pour créer de superbes coiffures. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ma patronne m’a embauchée à la fin de mon stage », nous raconte Fabiola.

Avant de commencer sa formation, elle avait une peur terrible de se retrouver face aux gens. Elle se sentait perdue, vraiment désespérée. Elle n’aurait jamais imaginé que sa vie pourrait changer autant. Aujourd’hui, elle est ravie que cette formation lui ait ouvert les portes d’un emploi. Cela lui a permis de développer ses compétences relationnelles.

« Le temps que je passe au salon de coiffure est un moment de bien-être et de sourire qui me fait presque oublier ma situation d’avant », nous confie-t-elle avec un grand sourire.

A ce jour, 175 filles ont bénéficié des différentes formations professionnelles soutenues par le Comité National de l’UNICEF Espagne.  

Au-delà des techniques et compétences qu’elles ont acquises, ce programme a redonné confiance à ces jeunes filles et leur a permis de retrouver leur place au sein de la communauté.