À Musenyi, des jeunes réfugiés congolais, entre espoir et défis scolaires
La détermination d’une jeune réfugiée congolaise à poursuivre ses études malgré les obstacles. Le cas de Nasra, un exemple de persévérance dans l’adversité.
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Après plus d’une heure de route poussiéreuse, nous sommes enfin arrivés au site de réfugiés de Musenyi. Une foule d’enfants, curieux de découvrir les visiteurs, s’est précipitée vers notre véhicule. Un agent de l’ONG Jesuit Refugee Service (JRS) nous a accueillis chaleureusement et, après une brève présentation des activités en cours, nous a conduits vers un groupe de plus d’une douzaine de filles et de garçons qui nous attendaient.
Ce groupe était composé de jeunes réfugiés congolais, âgés de 13 à 19 ans. Ils avaient été invités à participer à une séance d’échanges avec l’équipe de l’UNICEF. Tous vivent dans ce site.
« Ces jeunes filles et garçons sont au niveau secondaire (post-fondamental). Nous les avons réunis ici pour discuter de leur intégration dans les écoles burundaises. L’objectif est de comprendre les difficultés qu’ils rencontrent et d’identifier ensemble leurs besoins spécifiques », explique un agent de JRS, qui introduisait la rencontre sous forme de discussion de groupe.
Un à un, les jeunes ont partagé leurs points de vue et leurs expériences personnelles. La majorité d’entre eux ont indiqué que la langue est leur plus grand défi.
« C’est ma première fois au Burundi. Je connais seulement quelques mots en kirundi, alors que je dois parler cette langue pour échanger avec mes camarades de classe quand je retournerai à l’école », confie Joseph, un adolescent de 17 ans.
En République démocratique du Congo, certains de ces jeunes suivaient des filières techniques qui n’existent pas au Burundi. Ils doivent alors faire des choix difficiles pour ne pas abandonner complètement l’école.
Nasra, une jeune adolescente de 14 ans, deuxième d’une famille de trois enfants, a quitté son pays, la RDC, avec sa mère, sa sœur et son frère. Après avoir traversé l’ancienne province de Cibitoke, la famille a été installée dans le site de Musenyi.
« Avant de partir, j’étudiais dans une école paramédicale. Mais en arrivant à Musenyi, j’ai découvert que cette filière n’existait pas dans cette localité », nous confie-t-elle. Nasra ne voulait pas abandonner ses études. Elle a donc demandé à sa mère de lui trouver une autre école. Grâce à l’aide de l’ONG JRS, partenaire de mise en œuvre de l’UNICEF, sa mère a trouvé une école à Giharo, à 9 km du site.
« J’ai été ravie de retrouver une école au Burundi. J’ai accepté de changer de filière pour ne pas interrompre mes études. Maintenant, je suis dans une filière sociale », explique Nasra avec enthousiasme. Cependant, la réalité du quotidien est loin d’être facile. Bien qu’elle ne possède pas d’uniforme scolaire et qu’elle soit habituée à porter un voile, elle a accepté de porter une jupe noire et un tee-shirt blanc pour se conformer aux exigences vestimentaires de sa nouvelle école et se fondre parmi ses camarades de classe de Giharo. Elle doit se lever à 4h00 chaque matin pour quitter la maison à 5h30 et être en classe à 6h30 pour l’étude matinale obligatoire.
« Je me suis vite habituée. Au début, un camarade de classe me conduisait à l’école à vélo. C’est ainsi que j’ai commencé à me faire des amis », raconte-t-elle en se souvenant de ses débuts dans sa nouvelle école de Giharo. Aujourd’hui, même sans moyen de transport, elle n’hésite pas à marcher pendant une heure pour rejoindre l’école.
Grâce à des cours de remédiation organisés par l’école et à l’appui de ses camarades dans la prise de notes, elle a réussi à combler son retard et est passée à la classe suivante. Une réussite qui témoigne de sa volonté et de son courage.
Le parcours de Nasra inspire d’autres jeunes comme Dieudonné, un autre jeune garçon du site de Musenyi. Avant de fuir, Dieudonné était en 3e année dans la section électricité. Lui aussi veut poursuivre ses études, mais dans son domaine, l’électricité.
« Je n’aime pas rester inactif. Parfois, j’aide les gens du site en réalisant de petites installations électriques. Récemment, j’ai même installé le circuit électrique d’un salon de coiffure ici », raconte Dieudonné, heureux de pouvoir rendre service à la communauté de Musenyi.
À Musenyi, malgré les nombreux défis – la langue, l’adaptation au système scolaire et le manque de ressources – l’espoir d’un avenir meilleur à travers l’éducation reste vivace. La persévérance et la solidarité de ces jeunes réfugiés sont un véritable modèle de résilience.
Pour les enfants du niveau fondamental, l’UNICEF, en collaboration avec JRS et avec ses propres fonds, vient d’appuyer le Ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique, à travers la cellule des urgences, pour organiser des sessions de formation au profit de 149 enseignants des écoles du département communal de l’Enseignement, incluant 10 réfugiés congolais du site de Musenyi, afin de préparer ensemble la réintégration scolaire des jeunes enfants, filles et garçons, désireux de retourner à l’école en suivant le curriculum burundais. L’objectif de cette formation est de préparer ces enseignants à l’utilisation de méthodes efficaces pour donner des cours de remédiation, en tenant compte des réalités et des besoins exprimés par ces enfants réfugiés.
Un avenir à construire, un pas à la fois
Les témoignages de Nasra, Joseph, Dieudonné et des autres jeunes réfugiés rencontrés à Musenyi montrent la détermination d’une génération de jeunes prête à reconstruire son avenir malgré les obstacles. L’éducation, même dans les conditions les plus difficiles, reste pour eux un espoir solide. Pour ces jeunes, l’école représente non seulement une échappatoire, mais aussi un moyen d’intégration dans un pays d’accueil, avec la ferme conviction que chaque effort compte.