À Djibo, les écoles de la seconde chance reconstruisent l’avenir des enfants déplacés
Les enfants issus de la SSAP parviennent à performer et à faire de très bons résultats dès qu’ils sont intégrés dans le cursus normal
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« Nous sommes contents d’être ici, car nous avons repris les cours. »
Tamboura Mahamadou, un garçon déplacé de 12 ans, est aujourd’hui en classe normale de CM2. Originaire du village de Firgindi, dans la région du Sahel, il n’avait jamais fréquenté l’école avant que sa famille ne soit contrainte de fuir. C’est à Djibo qu’il est inscrit pour la première fois dans une classe, grâce au dispositif de stratégie de scolarisation accélérée par la passerelle (SSAP). « On nous enseignait d’abord le fulfuldé, puis le français. On faisait des leçons de calculs, de lecture, d’histoire, de géographie et de sciences », raconte-t-il avec fierté.
Aujourd’hui à Djibo, Mahamadou poursuit sa scolarité, dans une école formelle, après avoir franchi la passerelle qui permet de réintégrer les enfants non scolarisés ou déscolarisés.
Une réponse adaptée dans un contexte d’urgence
Face à une crise sécuritaire qui a entraîné la fermeture de nombreuses écoles dans la région du Sahel, la SSAP représente une réponse vitale.
« La région avait déjà un nombre élevé d’enfants hors école même en situation normale. La crise a aggravé la situation », explique Hamadou Diallo, spécialiste de l’éducation à l’UNICEF. « Grâce à la SSAP, les enfants réintègrent les écoles de la seconde chance et peuvent rejoindre les écoles mères après un an d’apprentissage », affirme-t-il.
Le programme d’éducation et de protection des enfants, mis en œuvre par l’UNICEF et son partenaire l’ONG SERACOM avec le soutien de l’Union européenne, repose sur un partenariat étroit avec les services étatiques et les acteurs de la protection de l’enfance.
« Les enfants ont besoin d’un minimum de protection. C’est pourquoi nous travaillons avec notre partenaire SERACOM pour qu’ils soient réorientés rapidement vers des écoles », poursuit Hamadou Diallo.
Une seconde chance pour rêver à nouveau
« Lorsque je serai grande, j’aimerais être une enseignante », confie Safiatou Tamboura, 12 ans, déplacée comme Mahamadou. « Les méchants nous avaient donné un ultimatum de quitter les lieux, sinon ils nous tueraient », dit-elle. Après la fuite, elle a retrouvé une forme de stabilité dans l’éducation. Aujourd’hui, elle apprend à lire, à écrire et à s’exprimer en fulfulde et en français, en première année de SSAP.
Pour les parents, les changements sont visibles. « À notre arrivée, nos enfants ne savaient ni lire ni écrire, encore moins utiliser un téléphone », témoigne Tamboura Hamadoum, parent d’élève à Djibo. « Maintenant, grâce au SSAP, ils savent lire et m’aident à manipuler mon téléphone ».
Les résultats du programme de d’éducation et de protection des enfants porté par l’UNICEF, sont visibles. En visite en avril 2025 à Djibo, une ville marquée par l’insécurité et les déplacements massifs, les chargés de l’éducation de l’UNICEF et une équipe de l’Union européenne ont visité des écoles de la seconde chance qui redonnent espoir à des milliers d’enfants.
Financée par l’Union européenne à hauteur de 1,1 million d’euros (soit environ 720 millions de francs CFA), cette initiative vise à offrir une alternative éducative ainsi qu’un accompagnement protecteur à 9 885 enfants âgés de 5 à 18 ans, vivant dans des zones fortement touchées par l’insécurité.
À l’école du secteur 3 de Djibo, le directeur Barry Aboubacar confirme l’impact du programme. « Nous avons reçu 57 apprenants transférés. Au CM1, le premier de la classe est un de ces enfants transférés ». Malgré quelques défis – documentation insuffisante, formation incomplète des enseignants – les progrès sont là : « il y a des enfants qui arrivent à performer, qui dépassent même nos anciens apprenants ».
Konfé Boureima, chef de la circonscription de l’éducation de base, salue, lui aussi, cette approche. « Cela permet de récupérer les enfants, de les remettre sur le sentier du système scolaire et de préparer leur avenir. Il faut financer la formule SSAP, car elle donne une nouvelle chance à ceux qui traînent dans les rues », dit-il.
Développer des compétences sociales et retrouver la confiance
Au-delà de la scolarisation, le programme prend en compte l’environnement global de l’enfant. Dans l’espace ami des enfants VIP à Djibo, Fadima Yasmine Aboubacar, animatrice principale, encadre les enfants selon leur âge. « De 0 à 5 ans, nous avons intégré le système Bissongo. De 6 à 12 ans, on fait des sensibilisations sur les droits de l’enfant, la protection, les risques liés aux mines. Et de 13 à 17 ans, on parle de menstruations, et on les oriente vers les centres professionnels après deux ans ».
Les enfants, même sans base scolaire, y développent des compétences sociales et y retrouvent la confiance. Certains adolescents et jeunes aspirent à des métiers comme la couture ou la coiffure.
« Avec les sensibilisations, ceux qui étaient renfermés commencent à s’ouvrir. Nous leur offrons un début d’orientation malgré le manque de moyens », dit-elle.
D’une durée de 24 mois, le programme d’éducation et de protection des enfants a été lancé en septembre 2024 et couvre huit communes de Pama, Kompienga, Matiacoali à l’Est, Pensa et Barsalogho au Centre-Nord et Djibo, Arbinda, Sebba au Sahel, où les services de base sont extrêmement limités. En plus des activités éducatives, le programme fournit un soutien psychosocial, du matériel d’apprentissage, un appui à l’enregistrement des naissances, ainsi que la gestion de cas d’abus ou d’exploitation. Les membres des communautés et acteurs humanitaires reçoivent également des formations sur les risques sécuritaires et la protection de l’enfant.
« L’éducation sauve des vies. Nous remercions l’Union Européenne pour son soutien, et lançons un appel à tous les partenaires pour que les enfants déplacés comme Mahamadou et Safiatou puissent continuer d’apprendre, de rêver, et de construire leur avenir », conclut Hamadou Diallo.