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« Je veux devenir enseignante »: comment Odette a retrouvé le chemin de l'école après le déplacement

Originaire de Zongo, dans la région du Kuilsé du Burkina Faso, Odette et sa famille ont été contraintes de fuir leur localité à cause de l'insécurité.

Syntyche Ouedraogo
Sawadogo Odette est en train d’écrire sur son ardoise
UNICEF/2025/Adamou
10 août 2026

À 12 ans, Sawadogo Odette parle déjà de son avenir avec une assurance remarquable. Assise parmi ses camarades dans son centre d'apprentissage à Kaya, elle résout des exercices de calcul avec application. Quand on lui demande ce qu'elle voudrait faire plus tard, la réponse est immédiate : « après mes études, je voudrais être enseignante et transmettre mes connaissances aux enfants. » 

Pourtant, il y a encore quelques mois, ce rêve semblait hors de portée.

Originaire de Zongo, dans la région du Kuilsé du Burkina Faso, Odette et sa famille ont été contraintes de fuir leur localité à cause de l'insécurité. Comme de nombreuses autres familles affectées par la crise, elles ont trouvé refuge à Kaya, loin de leur foyer et de leurs habitudes. Le déplacement a bouleversé leur quotidien et, pendant un temps, l'école n'était plus une réalité pour Odette. 

Mais la jeune fille n'a jamais cessé de croire à l'importance de l'éducation.

« Je pensais que l'école est importante et j'ai demandé à ma mère de m'inscrire », raconte-t-elle. 

Sa mère, Sawadogo Naimata, se souvient de cette période difficile. « Nous sommes venues de Zongo et malheureusement nous n'avions rien à faire, nos enfants également. C'est la quête de la connaissance qui a motivé mon enfant à fréquenter le centre », explique-t-elle. 

Cette demande d'une petite fille déterminée a marqué le début d'une nouvelle trajectoire.

Retrouver le chemin de l'apprentissage

Il y a neuf mois, Odette a intégré un centre de la stratégie de scolarisation accélérée et passerelle (SSAP), soutenu dans le cadre du Programme pluriannuel de résilience financé par Education Cannot Wait (ECW) et le Japon et mis en œuvre avec l'appui du Ministère en charge de l’éducation, de l'UNICEF et de ses partenaires. Destinée aux enfants âgés de 9 à 12 ans hors écoles et non scolarisés ou qui ont interrompu leur parcours scolaire, cette approche leur permet de suivre un programme accéléré avant de réintégrer l'enseignement formel. 

Odette et sa mère Neimata en train d’arranger des feuilles pour la cuisine
UNICEF/2026/Adamou Odette et sa mère Neimata en train d’arranger des feuilles pour la cuisine

Aujourd'hui, Odette est en classe de CE1.

Chaque jour, elle apprend le français, le mooré, la lecture, le calcul et la résolution de problèmes, une matière qu'elle apprécie particulièrement. Au fil des mois, elle a gagné en confiance et en autonomie. 

Mais les changements ne se limitent pas aux apprentissages. « Au centre, j'ai également des amies. Je ne suis plus inquiète et je n’ai plus peur », explique-t-elle. « Je reçois aussi des conseils de l'enseignant et j’apprends beaucoup de choses. » 

Pour sa mère, la transformation est visible au quotidien. « Depuis qu'il fréquente le centre, Odette a changé », affirme Naimata. « Elle est contente d'acquérir des connaissances. Le soir, elle révise ses cours et me montre des choses que je ne connaissais pas. Je suis fière d’elle et nous rendons grâce à Dieu. » 

Au centre, Jean-Marc Ouedraogo accompagne ces enfants qui ont vu leur scolarité interrompue par les crises. 

« Nous recrutons les enfants qui ont abandonné l'école. D'autres n'ont même pas eu la chance de faire l'école à cause de l'insécurité », explique-t-il. « Nous les encadrons afin qu'à la fin du programme ils puissent rejoindre le CE2 et poursuivre leur scolarité normale.» 

Selon lui, l'impact dépasse largement les résultats scolaires. « Les enfants arrivent maintenant à lire, à écrire et à calculer. Les parents savent où ils sont pendant la journée. Cela contribue aussi à leur protection et à leur sécurité. » 

Odette fait partie d'une génération d'enfants qui refusent de laisser la crise définir leur avenir.

Au centre SSAP, Jean Marck donne des cours aux enfants
UNICEF/2026/Adamou Au centre SSAP, Jean Marck donne des cours aux enfants

Des rêves qui renaissent grâce à l'éducation

Comme Odette, d'autres enfants retrouvent espoir grâce à l'éducation. A l’école de Bankieme Bangré, soutenue par le projet, Sayouba Ouedraogo rêve de devenir agent de santé pour soigner les autres et sait que l'école est le premier pas vers cet objectif. « Je voudrais être agent de santé pour soigner les gens », dit-il. 

« Pour devenir agent de santé, je dois bien travailler à l'école et écouter mes parents et mes enseignants. » 

Leurs rêves sont aujourd'hui soutenus par des investissements concrets dans l'éducation.

Sayouba Ouedraogo est content d’être à l’école avec ses amis
UNICEF/2026/Adamou Sayouba Ouedraogo est content d’être à l’école avec ses amis

Au cours de la période récente de mise en œuvre, le programme ECW a permis à plus de 24 800 enfants affectés par les crises d'accéder à des opportunités d'apprentissage formelles et non formelles.  L'appui comprend également la distribution de fournitures scolaires, de sacs, de cahiers et de matériels pédagogiques qui permettent aux enfants d'apprendre dans de meilleures conditions.

Odette sait ce que ces opportunités représentent. « Je voudrais remercier tous ceux qui ont contribué en nous offrant des sacs, des stylos, des tables-bancs, des tableaux et bien d'autres choses qui facilitent notre apprentissage », dit-elle. 

Ses efforts portent déjà leurs fruits. Malgré une entrée tardive dans l'apprentissage, elle a terminé deuxième de sa classe. Une réussite qui témoigne de sa persévérance et de son engagement. Aujourd'hui, lorsqu'elle imagine l'avenir, Odette ne pense plus au déplacement ou aux difficultés du passé. Elle pense à une salle de classe. Elle pense aux enfants qu'elle aidera un jour à apprendre. Et elle pense à sa famille qu'elle rêve de soutenir grâce au métier d'enseignante. « Avec l'argent que j'aurai, je subviendrai aux besoins de ma famille », affirme-t-elle. 

Pour Odette, le retour à l'école n'a pas seulement permis de reprendre des cours. Il lui a redonné la possibilité de construire un avenir. Son histoire rappelle qu'au-delà des statistiques, chaque enfant qui retrouve le chemin de l'apprentissage retrouve aussi le droit de rêver.