Enregistrement des naissances

Comment un service de SMS a changé la vie des nouveau-nés au Bénin

U.N. Information
Idrissou et son épouse Safiatou  heureux d'entrer en possession de l'acte de naissance de leur enfant grace au numero vert 132
SNU-Bénin/2019/Service-Information
30 juillet 2020

« Tout d’abord, il y a le déplacement à la mairie », dit Safiatou, femme au foyer et mère de famille, avec un soupir d’épuisement au souvenir des longues démarches. « Ensuite, il y a la file d’attente et les formulaires à remplir. Puis, on vous renvoie chez vous, et vous devez revenir deux semaines plus tard. »

Tout ça, juste pour obtenir le bout de papier qui confirme que votre nouveau-né existe réellement.

« Et n’oubliez pas », ajoute-t-elle, « pendant ce temps, vous devez aussi vous occuper de votre bébé ! »
Safiatou et son mari Idrissou, agriculteur et chauffeur de taxi moto, ont vécu cette histoire quatre fois. Huit voyages à la mairie et autant de maux de tête. Safiatou est loin d’être seule. Elle et son mari vivent dans le village de Gomparou, au nord du Bénin. Chaque année, des milliers de nouvelles mères au Bénin sont confrontées à ce parcours du combattant.

Environ 86% des nouveau-nés au Bénin sont enregistrés auprès du gouvernement — une première étape importante — , mais seulement 28 % des parents prennent le temps de terminer le processus et de venir récupérer le certificat de naissance. Pourquoi ? En règle générale, c’est soit parce que les parents habitent loin des services d’enregistrement de la mairie, soit parce qu’ils ne comprennent pas l’importance d’un certificat de naissance ou soit parce que la mère n’a pas le nom du père. Dans certains cas, le bébé n’a pas encore reçu de nom, une décision qui revient traditionnellement au père. Peu de parents réalisent les conséquences sur le futur de leur enfant si celui-ci ne dispose pas d’un acte de naissance.

« L’acte de naissance est le passeport pour la reconnaissance des droits de l’enfant tout au long de sa vie », déclare Bienvenu Daguè, chef du service d’état civil dans la commune de Zogbodomey, dans le centre du Bénin. « Sans ce document, l’enfant est apatride. » Sans certificat de naissance, explique Monsieur Daguè, il est beaucoup plus difficile pour un enfant de s’inscrire à l’école, de recevoir des soins de santé ou d’obtenir une carte d’identité plus tard dans sa vie.

Contrairement à de nombreux parents, Safiatou et son mari sont conscients de l’importance de ce morceau de papier. Aussi heureux qu’ils étaient à l’annonce de l’arrivée de leur cinquième enfant, ils redoutaient aussi la perspective de la neuvième et dixième visite à la mairie. « Pourquoi quelque chose d’aussi commun et important est- si difficile à obtenir ? » se demandaient-ils.

Quand ils ont appris qu’un numéro gratuit était devenu disponible pour enregistrer les naissances et obtenir l’acte de naissance, ce fut le soulagement. Le numéro vert 132 a été introduit fin 2018 pour faciliter l’enregistrement des naissances à travers la plateforme Rapidpro, un système d’envoi de SMS mis en place au niveau international par l’UNICEF pour communiquer et collecter des données et faire des sondages avec un public ciblé.

Au Bénin, le système d’enregistrement des naissances par la ligne 132 est un effort conjoint de l’UNICEF avec le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique et le Système des Nations Unies au Bénin. Il couvre pour l’instant deux des 12 départements du pays, le Zou et l’Alibori, ceux où le taux d’enregistrement des naissances est le plus bas. La plateforme Rapid Pro est en phase pilote dans le département de l’Alibori.

Le parent d’un nouveau-né envoie par SMS le mot « NAIS », abréviation de ‘’Naissance’’, au numéro 132 et suit ensuite les instructions qui s’affichent sur son téléphone. Une réponse automatisée leur demandera d’entrer leur nom et emplacement. Cette information est transmise simultanément au chef du service d’état civil de la commune, au relais communautaire et à tous les autres acteurs impliqués dans le dispositif d’alerte. Un agent du relais communautaire appelle ensuite la famille pour obtenir toutes les informations nécessaires. Quelques jours plus tard, le certificat de naissance est prêt à être récupéré.

« J’ai entendu parler du 132 à la radio communautaire », affirme Idrissou. « Après la naissance de mon cinquième enfant, j’ai sollicité l’aide d’un parent qui sait lire, écrire et parler français pour m’aider à envoyer un SMS au 132. » Idrissou parle Baatonou, mais pour l’instant, le service n’est disponible qu’en français, la langue officielle du pays. « J’ai été surpris de recevoir un message quelques jours plus tard, m’invitant à venir chercher le certificat de naissance de mon enfant Anifath. J’ai obtenu ce certificat de naissance sans aucune difficulté. »

« Avant, les gens ne voyaient pas vraiment l’importance d’un certificat de naissance pour un enfant », explique Daguè, le Chef de service d’état civil à la Mairie de Zogbodomey. Cela a changé, dit-il, avec le numéro vert 132 et une campagne de sensibilisation qui comprend des messages à la radio, des affiches dans les centres de santé et d’autres activités de sensibilisation en français et en langues locales.

Les certificats de naissance permettent aux parents et à leurs enfants d’obtenir plus facilement les services dont ils ont besoin. Ils facilitent aussi la tâche du gouvernement. Si tous les nouveau-nés sont enregistrés, le gouvernement dispose de meilleures données et statistiques lui permettant ainsi de répartir équitablement ses ressources en fonction du nombre de personnes par localité.

Dans tous les sites ciblés, plus de 50,000 naissances ont été enregistrées via le numéro 132 depuis le lancement de cette ligner verte. Cela correspond a une naissance sur huit sur l’ensemble du pays. Grâce aux efforts de sensibilisation, il est attendu que ce nombre continu à augmenter dans les mois à venir.

« En adoptant les Objectifs de Développement Durable en 2015, les pays du monde se sont engagés à ne laisser personne de côté », déclare Siaka Coulibaly, Coordonnateur résident des Nations Unies. «Sans certificat de naissance, un enfant est laissé pour compte dès le premier jour. Mais maintenant, chaque année, ce programme aide des dizaines de milliers d’enfants à prendre un bon départ. »