Benin : À Parakou, les filles osent prendre la parole
À travers un procès fictif, Lovely Zouihoué aide les filles à connaître leurs droits, à oser prendre la parole et à révéler leur potentiel au féminin.
Colonie de vacances des filles à Parakou : Lovely fait du droit une scène où les filles apprennent à se défendre
Du 16 au 21 août, À Parakou, l’école de formation médico-sociale a accueilli 200 filles venues des départements du Nord et des Collines pour apprendre, s’exprimer et renforcer leur confiance. Entre panels, formations et activités immersives, certaines expériences marquent plus que d’autres. Parmi elles, le procès fictif, un exercice aussi exigeant que transformateur, porté cette année encore par Lovely Zouihoué, étudiante en droit qui accompagne les filles à faire entendre leur voix.
Ce lundi 17 août, il est 15 heures lorsque Lovely fait son entrée à l’École de formation médico-sociale de Parakou. Depuis la veille, le site accueille 200 filles venues des quatre départements du Nord et du département des Collines, dans le cadre de la 5ᵉ édition de la colonie de vacances.
Étudiante en Master 2 à la Faculté de droit et de sciences politiques de l’Université de Parakou, collaboratrice d’avocat, passionnée d’art oratoire, elle est aussi double championne d’Afrique en droit des affaires.
Mais au-delà du parcours, c’est une conviction qui la guide : « Le droit ne vaut rien si les citoyens ne le comprennent pas. Les filles doivent comprendre leurs droits, elles doivent être rassurées sur la manière dont le système judiciaire les défend. »
Pour elle, le procès fictif est bien plus qu’une activité : c’est une méthode.
Revenir pour transmettre
Ce n’est pas la première fois que Lovely participe à l’exercice. Lors de l’édition 2025 de la colonie, le procès fictif qu’elle a encadré avec une vingtaine de filles avait marqué les esprits, jusqu’à susciter l’engagement des autorités pour sa reconduction. À son arrivée, une seule question : « Est-ce qu’il y a des filles qui ont participé l’année dernière ? »
Six mains se lèvent. Six visages familiers. Pour Lovely, c’est un point d’appui. « Cela crée déjà un climat de confiance », confie-t-elle. Avec ces premières participantes, la dynamique peut se construire plus rapidement.
Sélectionner, mais surtout inclure
Très vite, Lovely entre dans le vif du sujet. Il faut constituer une nouvelle équipe. Le défi est double : repérer les talents et garantir l’inclusion.
Elle observe attentivement les panels en cours. Qui prend la parole ? Qui pose des questions ? Qui semble à l’aise, curieuse, engagée ? Lorsque l’appel est lancé : « Qui veut participer au procès fictif ? », les mains se multiplient.
Lovely veille à représenter tous les départements, à intégrer des profils différents pour l’inclusion, à donner leur chance à celles qui osent comme à celles qui ont besoin d’être encouragées. Elle cherche aussi des filles prêtes à s’investir pleinement. Car l’exercice est exigeant et intense : trois à six heures de préparation par jour, pendant trois jours.
Une immersion pour comprendre et oser
Une fois le groupe constitué, Lovely plante le décor. Elle explique, lit le cas, pose les bases. Cette année, deux situations sont mises en scène : un cas de violences sur mineure et un cas d’excision.
Les filles écoutent, questionnent, s’approprient les rôles. Très vite, elles entrent dans l’univers du procès. « C’est une méthode qui permet trois choses », explique Lovely. « D’abord une immersion réelle dans le système judiciaire. Ensuite, une métamorphose dans la prise de parole. Enfin, elles deviennent elles-mêmes actrices de sensibilisation. »
Avocates, juges, officiers de police judiciaire, victimes ou accusées, etc. : chacune incarne un rôle. Chacune apprend à défendre, argumenter, écouter.
Voir naître la confiance
Au fil des jours, la transformation est visible.
« Au départ, je voyais beaucoup de talent, mais aussi beaucoup de doute, moins d’assurance, moins de discipline », observe Lovely. « Aujourd’hui, elles défendent leur rôle avec fermeté. Elles ne restent plus en retrait. Elles ont cessé de douter d’elles-mêmes. »
Le travail est précis : voix, posture, gestuelle, intonation. Mais au-delà de la technique, quelque chose d’autre émerge. « Au début, elles se moquaient les unes des autres. Puis une complicité s’est installée. Chacune a voulu relever l’autre. » Une sororité qui devient force.
Gentille, ou la leçon d’humilité
Parmi toutes, une histoire marque particulièrement Lovely.
Gentille, 15 ans, élève en classe de seconde, 1ère du département du Borgou au BEPC 2026, aujourd’hui présidente de la Cour. L’année dernière, elle occupait un rôle secondaire d’officier de justice. Elle aspirait déjà à plus, mais n’avait pas été choisie. Elle était restée discrète, engagée.
Cette année, Lovely hésite : peut-elle porter un rôle d’autorité ? Gentille, elle, ne doute pas.
« Dès que j’ai réparti les rôles, elle a commencé à apprendre. Elle notait, elle intégrait. Elle a tenu seule, sans se reposer sur le groupe. » Et surtout : « Elle m’a donné une belle leçon d’humilité et de renaissance. »
Une scène pour exister
Après plusieurs jours de préparation intense, le moment arrive. Le procès fictif est présenté devant un public composé d’autorités administratives et judiciaires : la préfète de la Donga, un juge du Borgou, ainsi que plusieurs responsables municipaux. Pendant plus d’une heure, les filles plaident, interrogent, argumentent. Elles incarnent leurs rôles avec sérieux et conviction. Le public est captivé.
À la fin, les réactions sont unanimes. Admiration, fierté, émotion. Mais surtout, une certitude : ces filles ont franchi une étape.
« C’est un exercice pratique », résume Lovely. « Celui qui permet de mettre en application tout ce qu’on leur a appris. Un espace où émerge le leadership des filles. »
Planter des graines
À la fin, il reste les mots. Ceux que Lovely adresse aux filles :
« Continuez à briller. Ne laissez jamais cette flamme s’éteindre. »
« Plantez ces graines dans le cœur d’autres jeunes filles. »
« N’oubliez jamais que la justice sera toujours là pour vous défendre. »
Et surtout : « N’oubliez jamais la sororité. C’est elle qui nous sauvera. »
Au-delà de la performance, c’est une transformation qui s’opère. Pour plusieurs des filles, c’est la première fois qu’elles prennent la parole en public avec autant d’assurance. À travers cet exercice, Lovely ne transmet pas seulement des notions de droit ou d’art oratoire. Elle ouvre un espace. Un espace où les filles osent s’exprimer, défendre des idées, porter des causes.
Elles ont appris à prendre la parole.
À se tenir debout.
À croire en leur voix. Et peut-être, déjà, à changer leur avenir.