Bénin : Journée de l'État Civil et des Statistiques de l'État Civil 2026

Mettre en lumière le rôle des Guichets uniques de déclaration des naissances.

Hippolyte Djiwan et Madjidath Ouro Djeri
©UNICEFBenin-Koklannou
UNICEFBenin-Koklannou
10 août 2026

A l’occasion de la Journée de l'État Civil et des Statistiques de l'État Civil (CRVS Day) 2026, Herbert Assogba, Responsable des politiques, partenariats et communication multicanal à l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP), explique dans cet entretien, le rôle des Guichets uniques de déclaration des naissances, leurs résultats et les perspectives.

Herbert Assogba, Responsable des politiques, partenariats et communication multicanal à l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP)
UNICEFBenin-08-2026-Koklannou Herbert Assogba, Responsable des politiques, partenariats et communication multicanal à l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP), posant devant un support de communication au siège de l'ANIP à Cotonou.

Le Bénin a engagé d’importantes réformes pour rapprocher l’état civil des populations à travers les Guichets uniques de déclaration des naissances. Pourriez-vous nous expliquer leur fonctionnement et nous dire en quoi ils constituent une avancée majeure pour l'accès à l'enregistrement des naissances et à l'identité légale ?

Avant cette réforme, un parent devait franchir deux étapes distinctes pour obtenir un acte de naissance à son enfant après l'accouchement : la déclaration de la naissance par l’agent de santé ayant assuré l’accouchement, puis un déplacement séparé du parent vers un centre de l'ANIP pour l'enregistrement proprement dit en vue de l'attribution du Numéro Personnel d'Identification (NPI) et de l’acte de naissance. C'est cette rupture entre la déclaration et l'enregistrement qui laissait chaque année des dizaines de milliers d'enfants sans existence légale, parce que beaucoup de familles, une fois rentrées chez elles, ne complétaient jamais la seconde démarche, celle de se rendre dans une unité de l’ANIP pour l’enregistrement de la naissance.

Le Guichet Unique de déclaration des Naissances supprime cette rupture. Concrètement, la déclaration et l'enregistrement se font désormais en un seul geste, au sein même de la maternité. Dès que la naissance est déclarée à l'hôpital, les parents peuvent toujours assurer la complétude des informations de l’enfant au sein du même hôpital aussitôt après la déclaration ou lors de consultation post natale ou à l’occasion de l’administration de la vaccination à l’enfant. Une fois la complétude des informations de l’enfant assurée, le NPI de l'enfant est généré dans un délai maximum de 72 heures et transmis par SMS au parent de l’enfant dont le numéro de téléphone est associé à la déclaration. L'acte de naissance sécurisé peut ensuite être téléchargé en ligne sur le portail de l'ANIP ou retiré dans les communes, et l'ensemble de la démarche — déclaration comme attribution du NPI — reste entièrement gratuit.

Le dispositif a été lancé en phase pilote le 20 août 2025 au Centre hospitalier et universitaire de la mère et de l'enfant lagune (CHU-MEL) de Cotonou, avec l'appui de l'UNICEF et du projet WURI de la Banque mondiale, puis étendu à dix formations sanitaires publiques. L'avancée majeure, c'est que l'enregistrement n'est plus une démarche administrative que le parent doit aller chercher : c'est un service qui vient à lui, au moment même où il est le plus disponible et le plus concerné, à la maternité.

Selon vous, quels sont les principaux résultats obtenus à ce jour et quel impact ont-ils eu sur l'accès des enfants à une identité légale dès la naissance ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2025, avant la réforme, le taux d'enregistrement des naissances déclarées se situait autour de 22 %, un niveau resté insuffisant pendant des années malgré plus de deux millions de naissances déclarées au Bénin sur la période récente. Six mois seulement après le lancement de la phase pilote, ce taux a été multiplié par plus de trois : il dépasse aujourd'hui 76 % dans les dix formations sanitaires pilotes, avec certaines structures urbaines et périurbaines qui approchent les 90 %. Sur 17 071 enfants déclarés par les agents de santé des formations sanitaires pilotes, plus de 13 000 ont été effectivement enregistrés.

Ce basculement n'est pas une amélioration marginale, c'est un changement structurel dans la manière dont l'État civil béninois fonctionne. Concrètement, cela signifie que des milliers d'enfants qui, il y a un an encore, auraient grandi sans acte de naissance et sans existence légale reconnue, disposent désormais d'une identité juridique dès leurs premiers jours de vie. C'est la porte d'entrée vers la santé, l'école, la protection sociale et, plus tard, la citoyenneté pleine et entière. C'est aussi une amélioration nette de la qualité des données du Registre National des Personnes Physiques, qui gagne en fiabilité et en exhaustivité au fur et à mesure que ces enfants y sont inscrits dès la naissance.

Le thème CRVS Day 2026 met l’accent sur l’intégration des systèmes. Comment les Guichets Uniques contribuent-ils à renforcer les liens entre les services de santé, l'état civil, le système national d'identification et la protection de l'enfant ?

Le Guichet Unique est par construction un dispositif d'intégration. Il met en réseau, au même endroit et au même moment, trois univers qui fonctionnaient jusque-là de façon cloisonnée : la formation sanitaire qui accueille la naissance, l'officier d'état civil qui reçoit la déclaration, et l'ANIP qui attribue l'identifiant unique national et l’acte de naissance. Ce continuum évite les doubles saisies, réduit les délais et surtout limite les erreurs qui, par le passé, pouvaient priver un enfant d'acte de naissance pendant des mois, voire des années.

Sur le plan de la protection de l'enfant, l'impact est direct. Un enfant enregistré dès la naissance est un enfant visible pour les politiques publiques : visible pour les campagnes de vaccination, pour l'inscription scolaire, pour les dispositifs de protection sociale et, en cas de besoin, pour les mécanismes de protection contre le travail des enfants, la traite ou les mariages précoces. Cette collaboration entre le ministère de la Santé et l'ANIP est aujourd'hui pilotée conjointement, avec un suivi régulier des indicateurs par les deux institutions.

Le thème de cette année, met l’accent sur l’intégration, la décentralisation et la digitalisation. Comment les Guichets Uniques s'inscrivent-ils dans cette dynamique et quelles sont les prochaines étapes ?

Les trois mots-clés du thème de cette année résument assez bien notre feuille de route. L'intégration, nous venons de la décrire : santé, état civil et identification qui parlent enfin le même langage. La décentralisation, c'est le fait de rapprocher le service du citoyen plutôt que d'obliger le citoyen à se déplacer vers l'administration : le Guichet Unique déployé dans les formations sanitaires, au plus près des familles, en est l'illustration directe, dans la continuité de ce que nous faisons également à travers nos sessions de sensibilisation communautaire avec les relais dans les départements. La digitalisation du processus, enfin, c'est l'automatisation du NPI, la notification par SMS et le téléchargement en ligne de l'acte de naissance, qui s'appuient sur les bases posées par le Registre National des Personnes Physiques (RNPP).

Après le succès de la phase pilote conduite dans dix formations sanitaires entre août 2025 et février 2026, la prochaine étape est le passage à l'échelle nationale.  Avant le 31 décembre 2026, les chefs d’arrondissement seront habilités eux-aussi à déclarer les naissances qui sont intervenus en dehors d’une formation sanitaire, pour toucher aussi toutes les familles des zones rurales.

L'objectif que nous nous sommes fixé, avec le Gouvernement et nos partenaires, est clair : zéro enfant invisible à l'horizon 2028. Cela suppose d'étendre progressivement le dispositif à l'ensemble des formations sanitaires du pays, publiques et privées, de renforcer la formation des agents de santé qui sont en première ligne de la déclaration, et de poursuivre le renforcement du RNPP comme socle unique et fiable de l'identification au Bénin.

Cette avancée est le fruit d’une collaboration entre le gouvernement, l’ANIP, l’UNICEF et d’autres partenaires. Quel rôle ce partenariat a-t-il joué dans le déploiement, l'extension et la pérennisation des Guichets Uniques ?

Cette réforme n'est pas le fait d'une seule institution : elle est le fruit d'une volonté politique claire du Gouvernement, portée techniquement par l'ANIP, et rendue possible par l'accompagnement de nos partenaires, au premier rang desquels l'UNICEF et le projet WURI de la Banque mondiale. Le Gouvernement a fixé le cap à travers les réformes engagées pour rapprocher l'état civil des populations. L'ANIP a assuré la conception, le pilotage et l'articulation technique du dispositif avec le RNPP. L'UNICEF, de son côté, a appuyé la conception du Guichet Unique, son lancement au CHU-MEL de Cotonou et son suivi, en plus de rappeler constamment que l'enregistrement des naissances est le premier droit de l'enfant.

Ce partenariat a aussi été déterminant pour la pérennisation du dispositif. Lorsque des difficultés opérationnelles sont apparues, par exemple sur la disponibilité des formulaires, des mesures correctives ont pu être prises rapidement, avec l'impression de 500 000 formulaires supplémentaires et un suivi renforcé des identifiants. C'est ce travail conjoint, État, ANIP et partenaires techniques et financiers, qui permet de passer d'une expérimentation réussie à une réforme appelée à devenir la norme sur tout le territoire.

A l’aube de la décennie CRVC 2026-2036, quelles sont les priorités pour renforcer l'accès universel à l'identité légale, et quel message souhaitez-vous adresser afin qu'aucun enfant ne soit laissé de côté ?

À l'ouverture de cette nouvelle décennie CRVS (Civil Registration and Vital Statistics ) 2026-2036, consacrée à la consolidation des acquis de l'Afrique en matière d'état civil et de statistiques de l'état civil à travers l'intégration, la décentralisation et la digitalisation, trois priorités guident notre action. 

D'abord, généraliser le Guichet Unique à l'ensemble des formations sanitaires du pays, pour que ce qui a fonctionné dans dix centres pilotes devienne une réalité nationale.

Habiliter les chefs d’arrondissements avant fin 2026 pour couvrir les naissances hors formation sanitaire, mettre en œuvre l’enrôlement sur témoignage au profit des enfants âgés de treize (13) ans au plus, intégrer pleinement les relais communautaires, les chefs quartier et village dans le dispositif de l’état civil au Bénin, assurer une maintenance évolutive de notre système informatique d’enregistrement et de production d’actes.  

Enfin, consolider le Registre National des Personnes Physiques (RNPP) comme registre unique et fiable, afin que chaque Béninois, où qu'il naisse et où qu'il vive, y compris à l'étranger à travers nos unités de la diaspora, dispose d'une identité juridique reconnue. Enfin, poursuivre le travail de proximité avec les communautés, à travers les relais communautaires et les campagnes de sensibilisation, pour que les familles les plus éloignées des services administratifs soient également touchées par cette réforme.

Le message que je souhaite adresser aux parents, aux leaders communautaires et à tous nos partenaires est simple : un acte de naissance n'est pas une formalité parmi d'autres, c'est le premier droit de l'enfant et la porte d'entrée vers tous les autres. Chaque naissance déclarée et enregistrée est un enfant qui devient visible pour l'État, protégé par la loi et pris en compte dans les politiques publiques qui le concernent. Notre ambition collective, avec le Gouvernement, l'ANIP et nos partenaires, est claire : qu'aucun enfant ne naisse invisible au Bénin, et que d'ici 2028, chaque enfant béninois dispose d'une identité légale dès ses premiers jours de vie.