Pour chaque enfant africain, la réalisation de leurs droits
La journée de l'enfant africain appelle à la responsabilité collective pour la budgétisation des droits de l'enfant
La Journée de l’Enfant Africain, célébrée le 16 juin de chaque année, revêt une symbolique profonde. Elle a été instituée, en 1991, par l’Organisation de l’Unité Africaine (aujourd’hui Union Africaine), en mémoire du soulèvement de Soweto, le 16 juin 19761.
Au fil des ans, cette Journée a été l’occasion pour toutes les parties prenantes et tous les acteurs impliqués dans la protection et la promotion des droits de l’enfant en Afrique, de se rassembler, de consolider des objectifs communs et de s’attaquer aux obstacles qui entravent la réalisation d’une Afrique digne de ses enfants.
Cette année, le thème choisi est « Planification et budgétisation pour les droits de l’enfant : progrès depuis 2010 ». Ce thème vise à évaluer le niveau de progrès réalisé dans l’intégration des questions relatives aux enfants dans la planification et la budgétisation par les États membres de l’UA et à encourager davantage les États à évaluer et à réformer leurs mécanismes de budgétisation et de planification afin d’adopter une approche fondée sur les droits de l’enfant.
Ce thème est une continuité de celui de 2010 qui était « Planification et budgétisation des droits de l’enfant : une responsabilité collective ». La commémoration du DAC sur ce thème a été guidée par divers défis observés par le Comité en matière de budgétisation des droits de l’enfant.
Le Comité a noté qu’outre le manque de ressources, la réalisation des droits de l’enfant était confrontée à plusieurs facteurs qui entravent la conception et la mise en œuvre de programmes axés sur la protection et la promotion des droits et du bien-être de l’enfant. Parmi ceux-ci figurent : le manque de prise en compte adéquate de certains aspects de la protection de l’enfance dans les programmes nationaux, l’utilisation non efficace des ressources, le manque de participation des enfants à la planification et à la budgétisation des programmes, le manque d’informations stratégiques, de données statistiques et d’objectifs fiables sur la situation des enfants dans certaines régions, la mauvaise coordination des programmes et pour finir le manque de dossiers financiers fiables.
Et face à ces défis, beaucoup d’enfants n’ont pas accès aux structures de base, à savoir l’accès à l’école, à la santé, à l’eau et l’assainissement et sont souvent atteints de malnutrition par manque d’une alimentation adéquate.
C’est tous ces constats qui ont amené le Comité a décidé de reconduire le thème de 2010 mais sous l’angle de l’évaluation des progrès réalisés par rapport à la planification et à la budgétisation des droits de l’enfant pour assurer une meilleure prise en charge des besoins de ces derniers dans la région.
D’après le Comité, la mise en œuvre de la planification et de la budgétisation des droits des enfants est une tâche difficile et cela pour diverses raisons.
Tout d’abord, il y a un manque de priorisation des questions relatives aux enfants dans les processus budgétaires. Les ministères de tutelle chargés des questions relatives aux enfants ne bénéficient pas d’un statut politique supérieur à celui des autres, ce qui a un impact sur le montant des ressources qui seront allouées à leur mandat.
Ensuite, la gestion des ressources nationales est inefficace. Cela est due à l’absence de cadres réglementaires, de lois et de pratiques administratives suffisants qui affectent également le budget consacré aux enfants. Les gouvernements sont tenus de veiller à une mobilisation et une allocation efficace des ressources par le biais de leurs politiques fiscales et réglementaires, y compris les lois fiscales. Cependant, si ces lois et politiques ne sont pas adaptées aux enfants, elles peuvent avoir un effet négatif sur eux, par exemple en augmentant le prix des biens et services consommés par les enfants.
Enfin, il y a une absence de réglementation adéquate qui entraîne une perte de fonds et de ressources par des flux illicites ou d’autres facteurs. En sus, il y a un manque de responsabilité dans le budget alloué aux enfants, associé à une absence d’exécution efficace du budget des enfants pour la bonne cause. Et pour terminer, les enfants ne sont pas impliqués dans les plans et les processus budgétaires les concernant, ce qui a un impact sur l’intégration de leurs besoins et de leurs points de vue dans les décisions qui ont un impact sur leur vie.
Malgré tous ces défis auxquels sont confrontées les États membres de l’UA, depuis 2010, le Comité a noté des progrès significatifs réalisés par ceux-là :
- A ce jour, grâce à des mesures législatives et autres, 51 États membres ont ratifié la Charte Africaine des Droits et du Bien-Être de l’Enfant. Ce qui est un grand bond. Même si, sa mise en œuvre est entravée par plusieurs facteurs. Les États membres du Partenariat Mondial pour l'Éducation se sont engagés aussi à consacrer au moins 20% de leurs dépenses publiques à l'éducation. En sus, la Déclaration 2022 de l'ECCE Tachkent de l'UNESCO s'est également engagée dans un budget de 10% à l'éducation de la petite enfance.
- Le Comité a observé des progrès notables sur la planification et la budgétisation des droits de l'enfant, de son engagement avec les États à travers le processus de rapport des États parties et d'autres études menées.
- Le Comité note qu'il y a une sensibilisation accrue et des rapports sur la budgétisation et la planification des droits de l'enfant par les États parties. Cela améliore l'augmentation de la budgétisation pour les enfants et la responsabilisation. Il existe également des progrès dans les investissements, dans l'éducation, la santé et la nutrition. Presque tous les pays ont instauré la gratuité de l’enseignement primaire, malgré certains coûts qui y sont associés. Depuis 2010, de nombreux pays ont également établi la gratuité de l'enseignement secondaire. Cependant, l'investissement dans l'éducation en Afrique est toujours inférieur à la moyenne recommandée. En 2020, le budget médian de l'éducation de l'Afrique était de 3,5% du PIB, ce qui est inférieur aux 4% les moins recommandés.
- Dans le domaine de la santé, même si certains pays ont déclaré une augmentation de leur budget de santé, la malnutrition et la mortalité infantile restent élevées. La mortalité infantile est passée de 90 décès pour 1000 en 2012 à 72 décès pour 1000 naissances en 2020, et encore l'Afrique compte moins de cinq décès pour la moitié du monde. Malgré certains progrès, l'Afrique ne dépense toujours que 5,3 % de son PIB à la santé, soit 10 % de moins que la moyenne mondiale.
Ces réalisations sont à encouragés mais sont très minimes face à la souffrance des enfants en Afrique.
La pauvreté demeure un facteur sous-jacent dans cette région qui affecte les enfants et entraîne la violation de leurs droits, notamment le travail des enfants, la séparation d’avec leurs parents et tuteurs et le manque d’accès aux services de base tels que l’éducation (En Afrique subsaharienne, plus de 20 % des enfants âgés de 6 à 11 ans et plus de 33 % de ceux âgés de 12 à 14 ans ne sont pas scolarisés. Au niveau primaire, 1 enfant sur 10 n’est pas scolarisé. L’Afrique subsaharienne abrite près de 30 % du total des enfants non scolarisés dans le monde. 1 enfant africain sur 5 n’est pas scolarisé (19,7 %) ; la santé ( En Afrique, la moitié des décès d’enfants de moins de 5 ans à travers le monde (6,6 millions) ont lieu en Afrique. Plus de 7 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition et ont besoin d’une aide nutritionnelle d’urgence. Plus de 1,9 million de garçons et de filles risquent de mourir de malnutrition sévère. 12,7 millions d’enfants n’ont pas reçu un ou plusieurs vaccins au cours des 3 dernières années. L’Afrique subsaharienne a le taux de mortalité néonatale le plus élevé, enregistrant 27 décès pour 1 000 naissances vivantes) et l’eau et d’assainissement.
De plus, le continent est confronté à la famine, aux pandémies, aux conflits armés, aux catastrophes naturelles et à d'autres situations d’urgence qui touchent les enfants de manière disproportionnée. Sans oublier, les pratiques néfastes telles que le mariage des enfants, le viol, les mutilations génitales féminines ainsi que la discrimination fondée sur le sexe qui constituent des violations des droits de l’enfant.
En 2021, l’Afrique comptait 650 millions d’enfants et en 2023, on estimait que l’Afrique comptait 40 % de sa population âgée de moins de 15 ans, ce qui est supérieur à la moyenne mondiale de 25 %. D’ici 2055, l’Afrique abritera environ 1 milliard d’enfants, soit 40 % de la population mondiale.
Ainsi, à la vue de cette dynamique démographique de l’Afrique, des investissements accrus sont exigés dans les enfants afin qu’ils aient une belle vie sur le continent. Mais également pour les personnes handicapées et les filles en particulier les adolescentes qui ont des besoins spécifiques auxquels il faut porter une grande attention.
Celle-ci appelle donc à une action impérieuse pour aligner la planification et la budgétisation sur l’approche des droits de l’enfant. De plus, l’Agenda 2063 de l’Afrique et les Objectifs de développement durable de 2030 ne peuvent être atteints sans un investissement suffisant dans les enfants.
En investissant, aujourd’hui, dans les enfants, les États construisent une économie résiliente, augmentent l’emploi et la productivité ainsi que les gains économiques pour les pays.
TOUS POUR UN AVENIR MEILLEUR POUR LES ENFANTS EN AFRIQUE !