Le ruban de Binta : une maman qui veille contre la malnutrition
Avec un simple ruban coloré, elle protège ses enfants – et inspire tout un village.
Sous le ciel matinal de Maradi, la cour de Binta s’anime doucement. Tandis que le sable est balayé et que le feu chauffe l’eau du thé, ses deux aînés se préparent pour l’école. Acherif, trois ans, joue à l’ombre d’un arbre, et Raissa, un an, dort paisiblement dans les bras de sa grand-mère.
Entre deux tâches, Binta attrape un objet simple mais essentiel : un ruban coloré. Elle l’enroule doucement autour du bras de son fils. Ce ruban, c’est son allié contre la malnutrition.
« Grâce à cet objet, je peux surveiller l’état nutritionnel de mes enfants sans avoir à me rendre au centre de santé »
Si Binta accorde autant d’importance à cet outil, c’est parce qu’elle a appris, parfois dans la douleur, à reconnaître les dangers de la malnutrition. Il y a deux ans, Acherif est tombé gravement malade après un sevrage difficile. « Il ne mangeait plus rien, vomissait tout, même les médicaments. J’étais désespérée », se souvient-elle.
Au centre de santé, on lui a expliqué que son fils souffrait de malnutrition aiguë. Chaque deux semaines, elle se rendait là-bas pour récupérer des aliments thérapeutiques qui ont sauvé son enfant. « C’était dur, mais il s’est rétabli. Cette expérience m’a ouvert les yeux : maintenant, je fais tout pour que cela n’arrive plus. »
Aujourd’hui, Binta utilise régulièrement le périmètre brachial pour surveiller ses enfants. Ce ruban simple, avec ses trois couleurs – vert, jaune et rouge – lui donne les clés pour agir rapidement. « Quand Raissa passe au jaune, je sais qu’il faut diversifier son alimentation. Je lui donne ce qu’elle aime : du lait, des œufs, des légumes. En quelques jours, elle retourne dans le vert », raconte-t-elle fièrement.
Ces gestes, Fatima les a appris grâce à l’approche « PB mère », soutenue par l’UNICEF et ses partenaires notamment la Suède, la Coopération Allemande, le Gouvernement des Etats-Unis d’Amérique, le Comité Allemand pour l’UNICEF et le Canada. Cette approche vise à responsabiliser les mères en leur donnant les outils nécessaires pour prévenir la malnutrition et adopter de bonnes pratiques alimentaires. Dans la région, elles sont plus de 800 000 mamans dotées de cet outil.
Ce matin, Binta se prépare pour une rencontre avec les autres mères du village. « Viens avec moi », dit-elle à sa belle-mère en riant. « C’est souvent vous, les grand-mères, qui insistent pour donner de l’eau aux bébés avant six mois ! » La réunion a lieu chez le chef du village. Une à une, les femmes arrivent, certaines avec leurs enfants accrochés au dos, d’autres seules.
Le thème du jour porte sur l’alimentation des nourrissons. On y parle de l’importance de l’allaitement exclusif, des bienfaits des aliments locaux comme les haricots ou le poisson, et des astuces pour équilibrer les repas. Un peu plus tard, l’infirmier du centre de santé se joint à la séance pour répondre aux questions et rappeler l’impact du programme. « Avant, nous enregistrions plus de 60 enfants malnutris par mois dans ce quartier. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à moins de 40. C’est grâce à vous, les mères, qui surveillez et agissez vite », souligne-t-il.
Grâce à cette approche, le nombre d’enfants référés à l’hôpital pour malnutrition sévère avec complications a considérablement diminué, passant de 15 à 5 par mois en moyenne dans la communauté.
Ce progrès n’est pas le fruit du hasard, mais celui de milliers de mères comme Binta – guidées, formées, engagées.
« Ce ruban, ce n’est rien du tout… et pourtant, il change tout », conclut-elle fièrement.