Le rêve de Sahiba : devenir cinéaste
Refoulée de la migration et témoin de la souffrance des migrants, Sahiba est aujourd’hui engagée dans la sensibilisation, par la vidéo.
Sahiba Abdou est une adolescente qui a vécu les traumatismes de la migration. Grâce au Programme Protection de l’Enfant de l’UNICEF, elle s’est relevée et est devenue actrice du changement dans sa communauté. « J’aime parler de mon histoire, des difficultés que j’ai traversées, afin qu’elle inspire les jeunes qui vivent les traumatismes de la migration », précise-t-elle.
Sahiba a 16 ans. Elle est allée à l’école jusqu’à la fin du cycle primaire, avant d’abandonner à la suite du divorce de ses parents. Comme de nombreuses femmes de leur localité, sa mère a alors décidé de migrer en Algérie avec elle et ses deux jeunes sœurs, à la recherche d’une vie meilleure. Trois mois après leur arrivée en Algérie, alors qu’elles mendiaient dans la rue, les trois filles et leur mère sont interpellées et rapatriées. Le triste souvenir de leur rapatriement au Niger reste vivace. « A Agadez, nous avons reçu les premiers soins et quelques jours après, nous avons été confiées aux services de protection de l’enfant de Matamèye. Par la suite, nous avons été logées chez ma grand-mère maternelle », relate-elle.
Ses jeunes sœurs ont été inscrites à l’école. Sahiba pour sa part a préféré apprendre un métier au centre de promotion féminine de la Direction départementale de la promotion de la femme et de la protection de l’enfant, où elle a continué à bénéficier d’un appui psychosocial tout en apprenant la couture et le tricotage. La formation a duré 3 ans. Elle en est ressortie avec un diplôme, mais aussi une volonté tenace pour affronter les défis de la vie.
« Grâce à mes vidéos, des victimes de mariages précoces, des jeunes non scolarisés savent qu’il existe des structures qui peuvent les aider à se relever et à se réinsérer dans la société. »
La vie de Sahiba prend un tournant important lorsque qu’en mars 2023, l’UNICEF finance un projet sur le renforcement des capacités des adolescentes en vidéo participative, pour les doter des compétences en matière de communication à travers la réalisation des vidéos.
Encadrées par la réalisatrice nigérienne Aïcha Macky, sept adolescentes âgées de 14 à 19 ans de la région de Zinder apprennent à développer des scripts et à réaliser des vidéos sur les sujets de leur choix. Sahiba est parmi les 7 adolescentes. Elle choisit alors de réaliser une vidéo sur le phénomène de migration. Cette expérience fut un déclic pour elle. « Cette formation m’a fait découvrir mon amour pour l’audiovisuel. J’ai envie de faire carrière dans la réalisation des films. Les souvenirs de ce que j’ai vécu pendant la migration et notre refoulement brutal de l’Algérie m’ont fait comprendre que je tenais enfin le meilleur moyen d’attirer l’attention sur le phénomène des migrations et des drames que celles-ci engendrent », affirme-elle.
Depuis la fin de sa formation, Sahiba a déjà réalisé une série de 4 vidéos. Elle a eu l’opportunité de faire une projection publique dans son village pour sensibiliser et engager sa communauté. Elle partage aussi ses vidéos avec son réseau via WhatsApp. « Je reçois des commentaires assez encourageants. Cela me plaît de savoir que je peux apporter ma contribution pour mettre fin à certains phénomènes. Grâce à mes vidéos, des victimes de mariages précoces, des jeunes non scolarisés savent qu’il existe des structures comme le CEPPP qui peuvent les aider à se relever et à se réinsérer dans la société.»