Briser le silence : à Tahoua, médias, artistes et créateurs de contenus s’engagent contre les VBG
À Tahoua, une coalition inédite de journalistes, d'artistes et de créateurs de contenus s'est imprégnée des réalités de terrain pour mieux comprendre, raconter et briser le silence entourant les violences basées sur le genre (VBG).
Des quartiers périphériques de la ville de Tahoua à Tabalak, en passant par Illela, Dogueraoua et Badaguichiri, la poussière des pistes n’a pas entaché la détermination des participants. Ils étaient une trentaine, venus des huit régions du Niger — journalistes de télévision, de presse écrite et numérique, artistes et créateurs de contenus — réunis à l’initiative du Ministère de la Communication et de celui de la Population, avec l’appui de l’UNICEF. Leur mission : se confronter à la dure réalité des VBG, un fléau qui continue de fragiliser le tissu social nigérien malgré les efforts de l'État.
« À Tahoua, j’ai renforcé mes connaissances sur les violences basées sur le genre à travers la théorie et les pratiques », témoigne-t-il.
Pour ces professionnels, le choc du réel a été le principal moteur de la formation. Après des sessions théoriques, l'étape du terrain a agi comme un révélateur. Pour Balima Boureima, journaliste à la télévision Bonferey, cette expérience a permis de renforcer les connaissances et de mieux relier la théorie à la pratique.
Les rencontres avec les survivantes, survivants, familles et acteurs communautaires ont profondément marqué les participants. Elles ont rappelé que derrière chaque cas de violence, il y a une histoire, une douleur, mais aussi parfois un chemin de reconstruction rendu possible par l’accompagnement, l’écoute, la solidarité communautaire et l’action des services compétents.
Pour les journalistes et créateurs présents, cette confrontation avec le réel a changé la manière de regarder le sujet.
Ces acteurs engagés forment un rempart contre l'isolement. L'artiste Althesse résume l'importance de cette proximité : « On a appris beaucoup de choses. Pour nous, un texte n’est empreint d’émotion que s’il a une dose de réel. Et la réalité est surtout sur le terrain ». Cette approche vise à transformer le traitement médiatique pour qu'il devienne un levier de sensibilisation sans jamais tomber dans la stigmatisation.
La force de cet atelier a aussi résidé dans son caractère pluridisciplinaire. Ibrahim Moussa, du journal La Roue de l’histoire, souligne la richesse de cette collaboration : « Cette rencontre a été d’un intérêt capital car elle m’a permis de travailler avec des influenceurs et des artistes. Cela nous a permis de partager nos expériences et de connaître chacun la manière dont l’autre travaille ».
Pour Safiath, artiste chanteuse, l'expérience a été transformatrice : « En tant qu'artiste cet atelier est une opportunité pour me plonger dans la réalité. C'est aussi une expérience humainement captivante et émouvante qui incite à l'action. ». Un sentiment partagé par Samira Ali Oumarou, web comédienne, frappée par l'omerta pesant sur ces pratiques : « Ce qui m’a le plus marqué c’est le SILENCE évoqué dans le cadre des violences basées sur le genre. On doit briser ce silence qui empêche ces agressions d’être punies. C’est un sujet qui me tient à cœur et j’en parlerai là où ma voix porte. »
Cette volonté de briser le silence s'accompagne d'une profonde mutation dans la manière de porter ces voix sur les réseaux sociaux. Aissatou Adamou, plus connue sous le nom de Zarma Gna, dont les vidéos de sensibilisation touchent des milliers de Nigériens, revient sur cette évolution de sa posture.
« J'ai appris à protéger une image, à préserver une histoire et à respecter une douleur, pour documenter les faits sans jamais fragiliser la victime. Je ressors de cette expérience plus outillée et plus engagée que jamais, avec la conviction profonde que chaque témoignage protégé est une étape vers la justice. »
L'apport technique de la formation a également été salué par la presse écrite nationale. Seini Seydou Zakaria, journaliste à l'ONEP, précise : « En tant que journaliste, cette formation m’apporte énormément, notamment à travers les modules consacrés au digital. J’y ai acquis de nombreux outils et connaissances pratiques qui me permettront d’améliorer ma manière de traiter et de diffuser l’information. Les échanges sur le storytelling, la communication numérique et la responsabilité des médias m’ont particulièrement marqué. Aujourd’hui, je comprends davantage que les contenus peuvent influencer positivement la société et contribuer à la lutte contre les violences basées sur le genre ».
L'exigence éthique reste la boussole de cette coalition. Abdoul Karim, Directeur de l’information d'ActuNiger, rappelle que « le rôle des médias n’est pas d’amplifier le traumatisme, mais d’éclairer, sensibiliser et contribuer au changement des comportements ».
L'engagement ne s'arrête pas au constat. Le 9 mai 2026, cette coalition a signé le pacte « Nos voix pour les possibles ». Ce document définit un véritable Plan d'Action National : les journalistes s'engagent à vulgariser le numéro vert national, les textes juridiques et les centres de prise en charge holistique, tandis que les créateurs de contenu préparent des campagnes numériques contre le cyber-harcèlement.
Sur le plan culturel, la série artistique « Le Journal des possibles », mettra en lumière 12 épisodes mêlant slam, chant et storytelling pour célébrer la résilience, l’engagement, et les chemins de reconstruction. À Tahoua, une alliance nouvelle a pris forme : celle de la plume, du digital et de l’art au service de la dignité. Une alliance qui rappelle que lutter contre les violences basées sur le genre ne relève pas seulement des services sociaux, des institutions ou des textes de loi. C’est aussi une responsabilité collective, où chaque mot, chaque image, chaque chanson et chaque contenu peut contribuer à changer les regards, encourager la parole et protéger les survivantes et survivants.
À Tahoua, une promesse a été faite : celle de ne plus jamais laisser le silence protéger la violence.