Au Niger, la révolution bleue passe par le soleil
Cette approche répond à un double défi : rapprocher l’eau des communautés et réduire la dépendance à des solutions coûteuses ou difficilement durables
Dans le village de Loda, niché au cœur de la région de Maradi, les premières lueurs du jour ne sont plus synonymes de corvées épuisantes ou de tensions sociales. Là où, il y a encore peu, l’unique puits du village était le théâtre de disputes et d'une fatigue chronique, s'élève désormais un château d'eau surmonté de panneaux photovoltaïques, brillant sous le soleil.
« Parfois, nous devions nous passer de cuisine ou même de douche, faute d'eau », confie Tsahara Ali, 38 ans, en remplissant son bidon à l'un des trois nouveaux points d'eau du village. « Les enfants souffraient, les maladies étaient fréquentes. Aujourd'hui, même si je veux remplir dix bidons, c'est possible. »
Ce changement radical à Loda n'est que la partie visible d’un projet plus large mené par le Gouvernement du Niger avec le soutien de l'UNICEF à travers Coopération Allemande (BMZ). Face à une crise climatique qui est, avant tout, une crise des droits de l'enfant, ce projet multisectoriel contribue à transformer durablement le paysage social et sanitaire du Niger.
Si les images de Loda illustrent la réussite du programme, l'impact de l'appui du programme BMZ s'étend bien au-delà de la région de Maradi. Dans une approche intégrée visant à coupler eau, santé et énergie propre, des infrastructures similaires voient également le jour dans les régions de Dosso et d'Agadez.
Au total, cinq systèmes d'adduction d'eau potable motorisés par l'énergie solaire ont été déployés. À Ingall (Agadez), à Soucoucoutane et Matankari (Dosso), ainsi qu'à Aguié (Maradi), ce sont plus de 7 500 personnes, incluant des populations nomades et réfugiées, qui accèdent désormais à une eau sécurisée. L'objectif est de briser le cycle des maladies hydriques et de la malnutrition, tout en renforçant la résilience des communautés face aux chocs climatiques.
« Quand nous buvions l'eau du puits, nous savions qu'elle était parfois insalubre », explique Ibrahim Matti, chef de village. « Il fallait descendre au fond pour le nettoyer. Aujourd'hui, la santé des petits comme des grands s'est grandement améliorée. »
L'innovation de ce programme réside dans l'utilisation systématique des énergies renouvelables. Dans un pays où le réseau électrique national reste limité, le projet BMZ-UNICEF mise sur la « solarisation » des services sociaux de base qui permet d’assurer une alimentation en eau plus fiable, plus durable et mieux adaptée aux réalités locales.
Cette approche répond à un double défi : rapprocher l’eau des communautés et réduire la dépendance à des solutions coûteuses ou difficilement durables. Elle permet aussi de mieux protéger les enfants contre les conséquences indirectes du manque d’eau : maladies hydriques, absentéisme scolaire, fatigue des mères et des filles, tensions communautaires et risques accrus de malnutrition.Dans ces zones où le changement climatique amplifie les inégalités préexistantes, l'accès permanent à l'eau demeure une priorité du quotidien. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Une amélioration spectaculaire de l'hygiène et une réduction des cas de malnutrition liés aux maladies hydriques. En impliquant les autorités locales et les leaders communautaires, le projet assure que ces infrastructures ne sont pas de simples dons, mais des actifs gérés durablement par les populations elles-mêmes.
Pour les mères et les enfants de ces villages, la résilience ne se lit pas dans les statistiques de développement, mais dans le débit régulier d'un robinet. C'est la certitude que la cuisine sera faite, que les enfants seront baignés et que la dignité n'est plus à la merci d'un puits tari.
Sous le soleil de Maradi, l’eau coule désormais plus près des familles. Et avec elle, c’est une part d’avenir qui revient au village.