Au Niger, apprendre un métier pour construire son autonomie
À Niamey, des jeunes renforcent leurs compétences professionnelles, entrepreneuriales et financières grâce au programme conjoint Education and Skills for Youth Employment.
Au Centre de Promotion des Jeunes de Talladjé 1, Roumatou Abdoulaye apprend bien plus qu’un métier. Dans l’unité de transformation agroalimentaire récemment renforcée, elle découvre aussi comment faire de ses compétences une véritable opportunité économique.
« Nous apprécions énormément cette initiative de rénovation du centre et l’extension de notre unité. Elle nous permet désormais de transformer nos produits locaux dans de meilleures conditions et d’accroître notre production », explique-t-elle.
Pour Roumatou et les autres jeunes du centre, l’amélioration des équipements change les conditions d’apprentissage. Les gestes deviennent plus précis, la production plus structurée et la formation plus proche des réalités du monde professionnel. Mais très vite, une autre question se pose : que se passe-t-il une fois la formation terminée ?
C’est précisément à cette étape que le programme conjoint Education and Skills for Youth Employment, mis en œuvre avec le Gouvernement du Niger par l’UNICEF et le PNUD avec le soutien du Joint SDG Fund, cherche à apporter une réponse. L’objectif n’est pas seulement d’aider les jeunes à apprendre un métier, mais de mieux les préparer à en vivre.
À Niamey, cette ambition est portée par le Ministère de la Jeunesse et ses services déconcentrés, qui assurent le suivi de la mise en œuvre dans les centres.
« Le ministère porte le projet. Nous recevons les orientations et nous les transformons en actions concrètes sur le terrain », explique Mariam Oumar, Directrice régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Culture de Niamey. « Nous suivons aussi les centres pour voir comment les activités avancent et comment les jeunes en bénéficient. »
Pour elle, le défi est bien connu. Beaucoup de jeunes arrivent au terme de leur formation sans avoir encore eu l’occasion de se confronter réellement au monde du travail.
« Il existe un vrai décalage entre la formation et l’emploi. Beaucoup ont surtout une formation théorique et, lorsqu’ils terminent, ils ont encore besoin d’apprendre sur le terrain. Or, même l’accès à un stage reste difficile pour certains », souligne-t-elle.
C’est pourquoi, à Talladjé 1 comme à Yantala, l’appui ne s’est pas limité aux infrastructures et aux équipements. Les jeunes sont également accompagnés sur des dimensions qui seront déterminantes lorsqu’ils devront lancer une activité ou chercher un emploi : entrepreneuriat, gestion, marketing, genre, inclusion sociale et éducation financière.
À Talladjé 1, cet apprentissage prend notamment vie à travers les Matassa Business Clubs. Les jeunes y apprennent à épargner, à gérer des ressources et à réfléchir collectivement à la manière de financer leurs futures activités.
Avec une cotisation hebdomadaire de seulement 100 FCFA, cinq clubs ont réussi à constituer ensemble une épargne de 120 600 FCFA en trois mois.
Pour Mariam Oumar, le chiffre est moins important que ce qu’il révèle : un véritable changement de comportement. « Elles comprennent qu’elles peuvent commencer à épargner et qu’avec cette épargne, elles peuvent progressivement financer une activité », explique-t-elle. « Elles deviennent aussi plus responsables et commencent à se projeter au-delà de la formation. »
Cette évolution est importante pour des jeunes qui, jusque-là, pouvaient quitter un centre avec un diplôme ou une compétence technique sans forcément disposer des outils nécessaires pour transformer cet acquis en revenu.
La prochaine étape consiste donc à renforcer encore les passerelles entre formation et vie professionnelle.
« On peut former un jeune dans un centre, mais il faut ensuite lui donner la possibilité de mettre en pratique ce qu’il a appris. Le stage est essentiel », insiste Mariam Oumar.
Elle plaide aussi pour davantage de mécanismes facilitant l’accès au financement. Car de plus en plus de jeunes ne se voient plus uniquement comme demandeurs d’emploi.
« Beaucoup veulent créer des activités et devenir eux-mêmes créateurs d’emplois. Mais pour cela, ils ont besoin d’accompagnement et de financement. »
Pour Roumatou, le plus important est désormais de pouvoir utiliser ce qu’elle apprend pour construire son avenir. La formation lui donne un métier. L’épargne et l’entrepreneuriat lui montrent aussi comment, un jour, elle pourra en vivre.