Sidi Mohamed, une trajectoire de résilience et de transformation
À 45 ans, Sidi Mohamed incarne le courage tranquille de celles et ceux qui refusent de se laisser définir par leurs circonstances.
Son parcours, marqué par un accident dans l’enfance et une quête de dignité, reflète les défis mais aussi les possibilités offertes par une société qui choisit l’inclusion.
Un accident qui bouleverse, une ambition qui persiste
Né en Mauritanie, la vie de Sidi Mohamed bascule à l’âge de six ans lorsqu’un accident le prive de l’usage de sa main gauche. Grâce au soutien de son oncle, il part en France pour y suivre des soins et poursuit sa scolarité dans un nouvel environnement. Il obtient un diplôme en comptabilité, animé par la conviction qu’un avenir professionnel est possible malgré le handicap.
"J’avais l’espoir qu’un jour, je pourrais me construire une vie stable", dit-il.
En 2016, après plusieurs années passées en France, il décide de revenir en Mauritanie avec l’envie de contribuer et de s’intégrer professionnellement. Mais la réalité le rattrape : pendant huit longues années, il fait face à une succession de refus, de petits boulots, et à une invisibilité persistante sur le marché du travail.
"J’envoyais des dizaines de candidatures, mais les réponses ne venaient jamais. On ne voyait pas mes compétences, juste mon handicap."
Un tournant grâce à un programme national de protection sociale
En 2024, un changement décisif s’opère. Sidi Mohamed est repéré par l’ONG Initiative Développement (ID) et intégré dans un programme de protection sociale mené par le Ministère de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), mis en œuvre avec le soutien technique de l’UNICEF, et financé par la coopération allemande KfW.
Ce programme vise à renforcer l’autonomie économique des personnes handicapées en situation de vulnérabilité à travers des transferts monétaires et l’appui à des activités génératrices de revenus. Sidi Mohamed bénéficie ainsi d’un financement de démarrage qui lui permet de créer une petite boutique de produits de première nécessité, en appliquant ses compétences en comptabilité à la gestion de son activité.
"Ce soutien est tombé à un moment critique. Il ne s’agissait pas juste d’un financement, mais d’un signal fort : tu as ta place dans cette société."
Une ambition individuelle au service d’un impact collectif
Sidi Mohamed ne s’arrête pas là. Il rêve désormais d’élargir son commerce pour en faire une épicerie moderne, puis un supermarché de quartier. Son ambition : offrir aux habitants un accès facile à des produits de qualité, y compris des aliments nutritifs essentiels pour les enfants.
"Je veux que cette boutique grandisse avec le quartier. Je veux être utile et créer de l’emploi pour d’autres aussi."
Aujourd’hui, il fait partie des 10 000 ménages bénéficiaires du programme régulier de protection sociale à Nouakchott, dont 5 000 sont accompagnés dans des activités génératrices de revenus. Son histoire est l’illustration concrète du potentiel que recèlent ces dispositifs lorsque l’État, les partenaires techniques et les bailleurs de fonds travaillent main dans la main.
Un engagement national pour une société plus inclusive
En Mauritanie, les personnes handicapées restent confrontées à de nombreux obstacles : faible taux d’emploi, accès limité à la formation, discriminations systémiques. Pourtant, des politiques publiques plus inclusives voient le jour, avec une volonté croissante de faire de l’autonomie des personnes vulnérables un axe fort de développement national.
Les investissements réalisés dans la protection sociale ne relèvent pas uniquement d’une logique de solidarité. Ils répondent à une vision stratégique qui considère chaque citoyen comme un acteur potentiel du changement. Offrir à chacun la possibilité de contribuer, c’est renforcer le tissu économique, social et humain du pays.
"Je sais que le chemin est encore long, mais j’avance avec confiance. Aujourd’hui, je ne me sens plus en marge. Je me sens acteur", conclut Sidi Mohamed avec un sourire.
Son parcours démontre que l’inclusion n’est pas seulement une question de justice sociale. C’est un levier de résilience et un pari sur l’avenir de la Mauritanie.