Khadijetou : l’ancienne exciseuse de Kaedi
Elle s’appelle Khadijetou, elle a 70 ans. A Kaedi, où elle a toujours vécu, elle est connue comme l’exciseuse du quartier ou plus précisément l’ancienne exciseuse.
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Elle s’appelle Khadijetou, elle a 70 ans. A Kaedi, où elle a toujours vécu, elle est connue comme l’exciseuse du quartier ou plus précisément l’ancienne exciseuse. Pourtant, l’excision elle l’a pratiquée pendant des années, comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Si elle ne compte plus les filles qui sont passées entre ses mains, elle se souvient de chaque geste devenu coutumier. Jusqu’au jour ou une rencontre a tout changé.
Comment es-tu devenue exciseuse ?
Dans ma famille l’excision se pratique depuis plusieurs générations. C’est héréditaire tu comprends : je tiens ça de ma maman, ma maman de sa maman, et ainsi de suite. Lorsqu’elle pratiquait une excision je l’observais. Plus tard j’ai commencé à l’assister et lorsqu’elle est devenue trop âgée je l’ai remplacée.
Combien coûtait une excision ?
Chaque excision me rapportait 150 MRU (3,50 euros), c’est beaucoup d’argent. Parfois les gens m’apportaient aussi du mil : 4 kilos, 6 kilos… et même jusqu’à 10 kilos ! Je vivais bien grâce à ça.
Comment pratiquais-tu l’excision ?
Je demandais aux parents d’apporter une lame de rasoir, un pagne et un bloc de savon. Le jour de l’opération je conduisais la fille dans les douches (toilettes) à l’abri des regards. L’enfant était allongée sur le pagne avec les jambes écartées. J’attrapais le bout du clitoris et je coupais.
Immédiatement après l’excision je versais de l’eau fraîche sur la plaie et je déposais de la poudre. (Poudre obtenue en brûlant et broyant des excréments d’âne). J’en déposais sur la plaie ouverte pour arrêter les saignements. Puis la maman repartait avec sa fille. Je lavais le pagne avec le savon et je l’étendais dans ma chambre. Une fois le pagne sec cela signifiait que l’enfant était guéri.
D’où venaient les filles que tu excisais ?
Elles venaient du quartier ou des villages environnants. Moi je ne me suis jamais déplacée. Ce sont les mamans qui venaient à moi.
Et quel âge avaient-elles généralement ?
Parfois les parents venaient une semaine après la naissance. Mais le plus souvent c’était entre 6 mois et 1 an. Il m’arrivait aussi de recevoir des jeunes filles entre 15 et 18 ans.
Pourquoi étaient-t-elles excisées si tard ?
C’étaient généralement des jeunes filles qui n’avaient jamais été excisées. Souvent parce que la maman était contre. Mais passé un certain âge le papa, ou parfois le prétendant, insiste.
C’est plus difficile à cet âge-là car le clitoris est déjà bien développé. Mais moi je savais comment faire. Il faut faire sortir le ténia (comprendre un ver) du clitoris et couper ensuite.
Je me souviens d’un homme qui venait d’épouser une jeune fille. Au cours de la nuit de noce il s’est aperçu qu’elle n’était pas excisée. Il a menacé la famille de divorcer si elle n’était pas excisée immédiatement.
Pourquoi penses-tu que certains hommes préfèrent les femmes excisées ?
On a coutume de dire que lorsqu’une fille n’est pas excisée elle se gratte tout le temps (allusion au manque d’hygiène).
La plupart du temps ils pensent qu’une femme non excisée risque de transmettre des maladies à son époux, qu’il va attraper des boutons, des infections et passer tout son temps à se gratter lui aussi.
Et toi qu’en penses-tu ?
Je pense que l’excision est une coutume qui remonte à plusieurs générations. On prétendait que c’était dans la charia. Que pour être de bons musulmans il fallait exciser nos filles.
C’est aussi ce que j’ai cru pendant longtemps.
Et qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
Un jour, j’ai reçu une visite d’UNICEF. Une femme s’est présentée à moi comme étant chargée de protection. Elle s’appelait Priscilla et elle était là pour sensibiliser les habitants contre l’excision. Nous avons longuement échangé et au fil des conversations nous nous sommes liées d’amitié…
Elle m’a expliqué que c’était une pratique dangereuse qui n’était pas dans l’islam. Elle m’a demandé d’arrêter et elle m’a fait promettre de ne jamais recommencer.
Depuis combien de temps as-tu arrêté ?
Ça doit faire 3 ou 4 ans maintenant. Avant tout le monde venait. Mais après la parution de la fatwa, les oulémas ont pris la parole. Il y a aussi eu des ateliers et de nombreuses séances de sensibilisations à la radio et dans les villages avec les relais communautaires.
Petit à petit les gens ont arrêté de venir.
Bien sûr il y en a qui pratiquent toujours en secret. Seulement lorsqu’il y a des complications les parents ne veulent pas amener l’enfant à l’hôpital car ils ont peur des sanctions. Alors les conséquences sont souvent très graves (mort par hémorragie, infections, séquelles irréversibles, etc.).
Des regrets ?
Je ne regrette pas d’avoir arrêté mais je gagnais bien ma vie grâce à ça. J’ai 4 filles et beaucoup de petits enfants. Maintenant que j’ai abandonné mon métier je n’ai plus de revenus. C’est difficile pour ma famille.
Grâce au programme conjoint UNFPA/UNICEF des causeries sont organisées afin d’informer les populations sur les dangers des mutilations génitales féminines. Les anciennes exciceuses participent aux séances de sensibilisation aux côtés des relais communautaires.
#PourChaqueEnfant, la protection.