Houleye, une survivante réduite au silence
Pour éviter le scandale d’une agression sexuelle incestueuse, elle a été chassée de sa famille.
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Houleye* est originaire de la région du Brakna, au sud de la Mauritanie. Jeune fille pleine de vie et douée pour les études, elle menait une vie tranquille dans sa communauté, entourée de sa famille et de ses proches. Jusqu’au jour où sa vie a basculé.
« Depuis plusieurs mois, un parent me faisait régulièrement des remarques sur mon physique. Ça me gênait mais j’essayais de ne pas trop y prêter attention. Un jour pourtant, alors que j’étais seule, il m’a entraîné dans sa chambre et s’est jeté sur moi. Tout s’est passé très vite. J’avais honte, alors j’ai décidé de ne pas en parler ».
Contrairement aux idées reçues, les agressions sexuelles sont généralement le fait de personnes proches de la victime : amis, voisins et famille. Les agresseurs font pression sur leurs victimes pour les inciter à garder le silence. A cela s’ajoute le sentiment de honte et le risque de déshonneur au sein de la famille et de la communauté.
« Il m’a violé plusieurs fois à l’abri des regards. Après quelques semaines mon corps a commencé à changer et j’ai compris que j’attendais un enfant. Comme je ne pouvais plus le cacher, j’ai décidé d’en parler à ma mère. Sa réaction a été très violente : « tu ne dois en parler à personne ! S’ils l’apprennent, Ils nous tueront ! » m’a-t-elle dit. »
Sous la pression de sa mère, Houleye a renoncé à porter plainte contre son agresseur. C’est à Nouakchott qu’elle a finalement accouché en juillet dernier malgré de multiples complications. Suivie par l’Association Mauritanienne pour la Santé de la Mère et l’Enfant (AMSME), elle a pu être opérée et soignée à l’unité de prise en charge des victimes de violences sexuelles de l’hôpital mère et enfant de Nouakchott soutenu et financé par UNICEF en partenariat avec Medicos del Mundo. Depuis, elle vit en pension chez sa sœur pour éviter que son accouchement ne s’ébruite.
« Ma sœur est très pauvre, et c’est très difficile de vivre ici avec un nouveau-né sans eau ni électricité, témoigne Houleye. Heureusement, depuis mon arrivée à Nouakchott j’ai été prise en charge par l’association. Depuis mon arrivée, les assistantes sociales m’ont beaucoup aidée. Grâce à elles je me reconstruis peu à peu et j’ai retrouvé l’espoir de pouvoir passer mon brevet l’an prochain. »
En 2020, comme Houleye, 351 survivant(e)s de violences physiques et sexuelles ont été pris(e)s en charge par l’AMSME grâce au soutien financier de Generalitat Valenciana. Au centre El Wafa à Nouakchott, ils/elles apprennent à se reconstruire et bénéficient d’un suivi médical et psychosocial. Un tremplin pour une nouvelle vie.
*Le prénom a été changé.