Fournir des soins de santé d'urgence au Mali

Suite à l'attaque au village d’Ogossagou, l'UNICEF et ses partenaires ont fourni une assistance médicale aux enfants blessés ainsi qu'une vaccination de masse afin de prévenir de futures épidémies.

Par Eliane Luthi
Aissa Maiga, agent de santé du centre de santé communautaire de Socoura, fait vacciner un enfant sur un site de déplacement nouvellement créé à Sévaré.
UNICEF Mali/2019/Keita

05 avril 2019

« C'est le pire cas que je nai jamais vu », déclare Aissata Dirabo, chef des services sociaux de l'hôpital régional. Elle y travaille depuis 2009. « Tout le monde avait besoin de vêtements, parce que les leurs étaient déchirés et tachés de sang. »

Des enfants choqués, terrifiés et grièvement blessés sont arrivés en masse à l'Hôpital régional à Sévaré le 23 mars 2019, après l'attaque perpétrée contre le village d'Ogossagou, Bankass, faisant plus de 150 morts, dont un tiers étaient des enfants. Plus de 30 enfants ont été grièvement blessés. 

Issa*, 14 ans, dont la main gauche est désormais étroitement enveloppée dans un bandage, était l'un de ces enfants. « Quand l'attaque a commencé, je suis sorti pour voir si je pouvais m’enfuir. C'est alors que j'ai été atteint d'une balle à la main. Ma mère a été touchée elle aussi, et puis ils ont tiré sur le bébé qu'elle portait au dos. Ma mère est morte. »

 Issa *, 14 ans, la main gauche est maintenant étroitement enveloppée dans un bandage.
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Comme Issa, la plupart des enfants blessés souffraient de blessures par balle et de fractures. D'autres ont souffert de brûlures, des maisons, des greniers et des hangars ayant été incendiés pendant l'attaque.

 Le village d'Ogossagou-Peulh à Bankass, dans la région de Mopti, a été attaqué dans la nuit du 23 mars 2019, faisant plus de 150 morts, dont un tiers d'enfants.
UNICEF Mali/2019/Keita

Aujourd'hui, de la plupart des cases familiales du village de ces enfants, il ne reste plus qu'un tas de cendre. Des greniers ont été incendiés, des animaux abattus, des arbres calcinés et des maisons entières se sont effondrées.

« C'est le pire cas que je n'ai jamais vu »

Ogossagou, petit village de pasteurs dans la région de plus en plus volatile de Bankass, était un village peuplé de familles de bergers et de leurs chèvres et moutons. Situé au bout d'une route longue, difficile et sablonneuse, le village est éloigné de nombreux services sociaux de base.

La conséquence en est que beaucoup d'enfants d'Ogossagou n'ont jamais été vaccinés, n'ont pas d'acte de naissance et n'ont jamais été à l'école. En d'autres termes, ils faisaient partie des communautés les plus vulnérables avant même d'être attaqués.

 Le docteur Mathias Diassana est le traumatologue de l'hôpital régional de Mopti.
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Plus d'une semaine après leur évacuation, certains des enfants blessés portent encore, incrustées dans leur corps, de petites balles d'armes traditionnelles. Une fille, qui a été atteinte au visage, a le visage fracturé et une autre, dont le poignet a été écrasé, perd lentement ses doigts.

Le Dr Mathias Diassana est le traumatologue de l'Hôpital Régional de Mopti. Au cours de ses cinq années de travail à l'hôpital, il n'a jamais eu autant de patients nécessitant une intervention chirurgicale en même temps.

« Heureusement, notre équipe a été immédiatement informée de l'attaque et nous avons ainsi pu être tous sur place lorsque les patients ont commencé à arriver. L'appui de partenaires tels que l'UNICEF a énormément aidé à répondre aux besoins immédiats. » Le Dr Diassana suit toujours le cas de la fille dont la main a été écrasée et espère sauver cette main.

À la suite de l'attaque, l'UNICEF a envoyé des fournitures d'urgence essentielles dans les zones touchées. Le 25 mars, un vol humanitaire a atterri à Mopti avec à son bord des fournitures médicales et du matériel pour couvrir les besoins de 10 000 personnes pendant trois mois. Deux camions chargés de tentes, de nattes, de systèmes d'approvisionnement en eau et de matériel d'assainissement ont également quitté l'entrepôt de l'UNICEF à Bamako par route le même jour. Les tentes ont été utilisées comme extensions de l'hôpital et pour répondre aux besoins des familles déplacées.

 Le personnel d'approvisionnement de l'UNICEF à Bamako
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Femmes et enfants devant une tente de l'UNICEF sur un site de déplacés nouvellement créé à Sévaré.
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Les besoins engendrés par ces actes de violence vont bien au-delà de l'assistance médicale aux blessés. Les menaces et la violence dans les villages environnants, y compris une autre attaque deux jours plus tard dans le village d'Oundou, ont entraîné des déplacements internes massifs. Plus de 3 000 personnes, pour la plupart des enfants, sont arrivées à Mopti et Sévaré dans la semaine qui a suivi l'attaque.

Hamadoun Karembé, agent de santé du centre de santé de référence de Mopti, vaccine un enfant sur un site de déplacés nouvellement créé à Sévaré.
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Dans le camp de déplacés nouvellement créé à Sarema, Yacouba Minta, âgé de 8 mois, est le premier à se faire vacciner. En plus de recevoir le Penta 1, Le PCV13 et des vaccins contre la pneumonie, le rotavirus et la polio, il a également reçu de la vitamine A et a été examiné pour déceler une éventuelle malnutrition. Sa mère, Fatoumata, 25 ans, s'est enfuie de leur village natal d'Oundou à Bandiagara après une attaque le 25 mars. Il leur a fallu à elle et à ses enfants 24 heures, dont plusieurs heures de marche, pour atteindre le site. « Je me sens soulagée d'être ici, dit-elle, et soulagée que mon fils soit maintenant protégé contre les maladies courantes. »

Comme Yacouba, tous les enfants âgés de 0 à 14 ans reçoivent des vaccins sur ce site, qui abrite actuellement 163 personnes déplacées, dont 115 enfants.

 Fatoumata Minta et son fils, Yacouba Minta, âgée de 8 mois.
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Malgré des besoins aigus, la réponse humanitaire au Mali demeure l'une des plus sous-financées au monde. Afin de répondre à la flambée des besoins, l'UNICEF au Mali lance un appel pour 1,47 million de dollars US afin de fournir les soins de santé essentiels aux familles qui en ont le plus besoin.