Au Mali, vivre dans un site d’orpaillage se fait au détriment des soins de santé

Les vaccinateurs mobiles constituent une bouée de sauvetage pour les enfants des communautés minières éloignées.

Par Fatou Diagne
Ramata Diallo, 40 ans, est orpailleuse sur le site de Massakama depuis 3 ans. Elle vit directement sur le site avec son mari Mamadou Diallo et leurs 5 enfants. Hachime, 11 mois, est son plus jeune enfant et il n'a jamais été vacciné.
UNICEF Mali/2019/Keita
17 avril 2019

KAYES, Mali — Ramata ne sait pas quel âge elle a. Mais elle sait qu'elle travaille dans le site d’orpaillage de Massakama, dans l'ouest du Mali, depuis trois ans. Avec son bébé de 11 mois, Hachime, attaché sur son, Ramata passe ses journées, courbée dans la boue, à la recherche de l'or sous une chaleur écrasante.

Connue comme « femme-orpailleuse », Ramata vit directement sur le site d'orpaillage où elle travaille, avec son mari Mamadou ainsi que leurs cinq enfants. 

« Tous les jours, je me rends ici à six heures du matin, après avoir préparé le petit déjeuner pour mes enfants. Ils ne vont pas à l'école, je les emmène tous ici avec moi. Les plus âgés s'occupent des plus petits pendant que je tamise la boue de la rivière à la recherche de pépites d'or. »

Ramata Diallo, 40 ans, est orpailleuse sur le site de Massakama depuis 3 ans. Elle vit directement sur le site avec son mari Mamadou Diallo et leurs 5 enfants. Hachime, 11 mois, est son plus jeune enfant et il n'a jamais été vacciné.
UNICEF Mali/2019/Keita

À la quête d'un avenir meilleur

Ramata et sa famille font partie des milliers de personnes qui vivent et travaillent au quotidien sur le site d’orpaillage de Massakama. « Mon mari ne travaillait pas et il était difficile pour nous de subvenir à l'alimentation de nos enfants », explique t-elle. « Nous avons donc décidé d'aller chercher de l'or, comme beaucoup d'autres dans notre village. Nous avons entendu dire que le site d’orpaillage de Massakama comptait parmi les meilleures, qu'il nous est plus probable de trouver de l'or ici.  Alors nous avons déménagé sans hésitation. » 

Mais vivre sur les sites d’orpaillages peut être dévastateur pour les enfants. Lorsque les familles déménagent pour s'installer sur les sites d’orpaillages, les enfants abandonnent souvent l'école et sont privés d'accès aux soins de santé de base ou aux services de protection. 

« C'est le manque de moyens et la pauvreté qui poussent ces familles à quitter leurs villages », explique Dr Abdoulaye Konate, Chargé de vaccination au bureau de l’UNICEF à Kayes. « Mais une fois arrivées dans les sites d’orpaillages, elles deviennent davantage vulnérables, sans services de base à leur disposition - tels que les soins de santé. »
 

Le vaccinateur mobile Adama Traoré vaccine le petit Hachime de 11 mois avec sa première dose de vaccin dans la mine d'or de Massakama, au Mali.
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Les vaccins sauvent des vies

Dans cette région du Mali où l'économie locale est dominée par l'orpaillage, les taux d'enfants non vaccinés sont parmi les plus élevés du pays. Seuls 41 % des enfants reçoivent tous les vaccins dont ils ont besoin pour rester en bonne santé. 

Le fils de Ramata, Hachime, fait partie des nombreux enfants de la région qui ont besoin de soins de santé. 

« En plus de ne pas être vacciné, Hachime présente manifestement un retard de croissance [ce qui signifie que son cerveau et son corps ne se développent pas pleinement], » explique Dr Konate. « Aujourd'hui, nous lui administrons le vaccin contre la poliomyélite. La semaine prochaine, nous enverrons des agents de santé communautaires évaluer les prochaines étapes, y compris comment administrer rapidement toutes les doses de vaccin dont il a besoin. »

Dr Konate visite le site dans le cadre d'une stratégie élargie mise en place par l'UNICEF et ses partenaires visant à envoyer les vaccinateurs mobiles vers les enfants les plus éloignés et les plus vulnérables. L'UNICEF aide également les agents de santé communautaires en ce qui concerne le matériel et les connaissances nécessaires pour fournir des services essentiels aux familles des communautés isolées. 

« Mon plus grand trésor au-dessus de tout a été de pouvoir faire vacciner mon enfant. »

Ramata, mère de Hachime, 11 mois.
Dr Konate, chargé de vaccination à l'UNICEF, sensibilise Ramata sur l'importance de faire vacciner son plus jeune enfant, Hachime, âgé de 11 mois
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Des enfants en bonne santé, une vie meilleure

Ramata semble joyeuse après avoir pu faire vacciner Hachime. Elle avait des appréhensions depuis le surgissement des cas de rougeole au sein de sa communauté. « J'ai vu un jour le fils d'une amie souffrir des séquelles de la rougeole. Cette mère a failli perdre son enfant », se souvient Ramata. « Je suis très heureuse de voir que les agents de vaccination viennent aujourd'hui nous trouver sur les sites d’orpaillage pour vacciner nos enfants. C'était impensable il y a à peine 10 ans. Nous avons beaucoup de chance », confie-t-elle.

Le soleil se couche et Ramata s'apprête à rentrer chez elle avec ses enfants. Sa journée a été passable : elle a trouvé deux pépites d'or. Cependant, elle a une raison de sourire : « Aujourd'hui, j'ai trouvé un peu d'or », confie t-elle, « mais mon plus grand trésor, au-dessus de tout, a été de pouvoir faire vacciner mon enfant. » 

 


L'UNICEF travaille en étroite collaboration avec le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales, Gavi (l'Alliance pour les vaccins) et l'Organisation Mondiale de la Santé en vue de fournir des vaccins vitau, contre la poliomyélite, la rougeole et le tétanos aux enfants et aux femmes au Mali. L'UNICEF et ses partenaires ciblent 11 districts comptant le plus grand nombre d'enfants non vaccinés, y compris ceux situés dans la région de Kayes.  En 2018, l'UNICEF, en collaboration avec des partenaires a vacciné plus de 700 000 enfants contre la rougeole au Mali.