L’éducation non formelle au service des enfants déplacés
L’éducation non formelle comme espace protecteur et levier de reconstruction pour les enfants déplacés grâce à l’UNICEF et Education Cannot Wait.
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Accroupi sur une dalle inachevée, les mains couvertes de ciment, Kevin ajuste patiemment un carreau. Depuis plus d’une heure, il répète le geste avec minutie. Ici, rien ne presse car Kevin n’est pas seulement en train d’apprendre un métier, il est en train de se reconstruire.
A 16 ans, il a fui Port-au-Prince avec sa mère et sa sœur. Leur quartier, autrefois animé, a été envahi par des groupes armés. Le matin de leur départ, ils ont quitté la maison en courant, emportant à peine un sac. Depuis, ils vivent aux Cayes, loin de la capitale. Pour Kevin, tout semblait brisé : son école, ses amis ainsi que ses rêves d’ingénierie.
C’est alors qu’il a découvert le programme d’éducation non formelle mis en place par l’UNICEF, en partenariat avec APADEH, et financé par Education Cannot Wait (ECW). Dans ce centre, des jeunes déplacés comme lui suivent des formations en carrelage, sérigraphie, ou cosmétologie moderne. Le but est d’offrir une alternative concrète à ceux que la crise a exclus du système scolaire classique.
Reconstruire l’avenir par l’éducation
« J’ai fui Port-au-Prince avec rien d’autre que mon courage. Ici, j’apprends le carrelage, un métier que je porte dans le cœur depuis longtemps. Ce n’est pas juste apprendre à poser des carreaux, c’est apprendre à reconstruire ma vie, » explique Kevin.
Domingue, le formateur, quant à lui voit dans chaque élève une graine d’avenir. Il enseigne avec rigueur, mais aussi avec humanité, conscient que derrière chaque geste appris se cache une histoire de rupture et de douleur.
« Même si on ne peut pas changer le passé, je sais qu’ici on fabrique un futur, même au milieu du chaos, » dit-il.
À quelques pas de l’atelier, dans une salle lumineuse, d’autres jeunes filles s’exercent à coiffer, tresser, ou maquiller. Ici, c’est l’espace dédié à la cosmétologie moderne. Parmi elles, Miselene, 16 ans, est l’une des plus assidues. Elle ne connaissait rien à la coiffure avant d’intégrer la formation. Aujourd’hui, elle y trouve une nouvelle voie et une nouvelle fierté.
« Quand les routes vers l’école se sont fermées, j’ai ouvert la porte d’un métier. Aujourd’hui, je rêve d’avoir mon propre salon et de former d'autres filles, » affrime Miselene.
Apprendre pour se relever
Le programme dure un peu plus de trois mois. Chaque participant obtient, à l’issue de la formation, un certificat délivré par l’Institut National de la Formation Professionnelle. Pour ces jeunes déplacés, ce document est une clé car il ouvre la porte à un emploi ou à la création d’activité. Mais, au-delà du diplôme, c’est la transformation intérieure qui reste la plus forte.
« Aujourd’hui, je peux créer, rêver et exister et je me sens plus qu’une élève, je ne suis pas perdue ; je suis devenue une professionnelle, » confie Awinsize, jeune de 15 ans, participant aux sessions de sérigraphie.
Reconstruire l’avenir
Des centaines de jeunes, qu’ils soient originaires des Cayes ou déplacés par la violence à Port-au-Prince, participent à cette initiative dans le Sud d’Haïti. Malgré les défis sécuritaires et logistiques, l’UNICEF poursuit, avec ses partenaires, le déploiement de ces formations.
Ces formations ne remplacent pas l’école. Mais, dans un pays où plus de 1 600 écoles sont fermées, elles offrent une planche de salut. Avec le soutien d’Education Cannot Wait, l’UNICEF aide les jeunes à avoir une chance de retrouver confiance et perspective.