Après des semaines de troubles, des parents et enfants de Cité Soleil enfin réunis

76 enfants déplacés de Cité Soleil à cause de la violence ont été réunifiés avec leurs parents sur le site de l’Institution Saint-Louis de Gonzague.

Gessika Thomas
Une famille reunie par l'UNICEF et les partenaires
UNICEF/Rouzier
15 août 2022

C’est sous un soleil radieux que des centaines d’enfants victimes de la vague de violence qui a frappé Cité Soleil depuis le 8 juillet dernier ont enfin pu retrouver leurs parents ce jeudi 11 août 2022. L’émotion était à son comble. Parents et enfants étaient, somme toute, ravis.

« Je pourrais enfin voir [ma mère]. Je suis très heureuse. Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vue », nous dit Sarah (nom d’emprunt), 10 ans.

 

Les défis demeurent cependant entiers car ces familles qui, pour la plupart ont tout perdu, se retrouvent face à un dilemme de taille quant à ce que l’avenir leur réserve. La situation demeure compliquée.

« Mes autres enfants et moi, dormons dans la rue et lorsqu’il pleut nous attendons que cela passe pour ensuite éponger le sol et nous y allonger », nous dit Natalie (nom d’emprunt), 40 ans, mère de 5 enfants qui retrouve enfin sa fille Sherlie (nom d’emprunt), 17 ans qui avait réussi à fuir Cité Soleil de justesse sous les bons auspices de Sœur Paezie dont elle est élève.

 

A mother comes to take her child
UNICEF/Gessika

« Je ne sais toujours pas où aller. Je pense aller vivre avec elle sur une place publique près de l’église Shalom ou rentrer à Cité Soleil », se désole Natalie.

Le 8 juillet 2022, une nouvelle flambée de violence a éclaté alors que des gangs rivaux se livrent une guerre sans merci à Cité Soleil, une commune de l’Aire métropolitaine de la capitale haïtienne Port-au-Prince. Selon l'ONU, entre le 8 et le 17 juillet 2022, plus de 471 personnes ont été tuées, blessées ou portées disparues. Environ 3 000 personnes ont également fui leur domicile, dont des centaines d'enfants non accompagnés, tandis qu'au moins 140 maisons ont été détruites ou incendiées.

À l’évidence, si les interventions initiales d’organismes tels que l’UNICEF ont pu apporter un baume à la misère aggravée que vivent ces familles, la vague de violence armée qui a balayé la cité a été impitoyable. Des appuis de longue durée sont inévitables. Les parents inquiets semblent vivre un éternel recommencement.

UNICEF and his partners help family to be reunificate
UNICEF/Rouzier

“Le 25 mars 2021, ma maison à Cité Soleil a été brûlée. Je me suis rendue au marché pour y offrir mes services pour le lavage de légumes. J’ai pu amasser un peu d’argent, ce qui m’a permis de reconstruire ma maisonnette. Le 25 juin 2021, ma maison a de nouveau été incendiée. Et le 8 juillet 2022 idem, pour une troisième fois. Suite à un prêt, j’ai pu commencer un petit commerce et j’ai pu mettre de côté dix milles gourdes [environ USD $80], ce qui m’a aidé à payer mon loyer. Aujourd’hui, je suis résignée, je m’en remets au ciel,” relate Natalie. 

La directrice de l’Institut du Bien-Être Social et de Recherche (IBESR), Ariel Jeanty Villedrouin, est consciente de la taille du défi et travaille étroitement avec les partenaires à chaque étape du processus. « Un montant sera remis aux parents pour chaque enfant afin de les soutenir. Ce financement provient de l’aide de l’UNICEF. On s’assure aussi de ne pas avoir de plaintes relatives aux montants alloués. Le but de tout cela, c’est de renforcer les familles et non de financer un enfant », déclare-t-elle. La réunification familiale est une étape importante dans la vie d’un enfant séparé car un enfant doit vivre au sein d’une famille.

Au total, 76 enfants (37 garçons et 39 filles) non accompagnés et séparés avec leur famille lors de la crise de Cité Soleil ont été réunifiés avec leurs parents, un début de normalité. Ce travail a été mené par l’IBESR, en collaboration avec l’UNICEF et son partenaire, l’Organisation des Cœurs pour le Changements des Enfants Démunis d'Haïti (OCCED'H) grâce au financement du Fonds central des interventions d'urgence des Nations unies (CERF).

« Aujourd’hui, nous nous assurons que ces enfants sont réunifiés avec leurs parents afin de pouvoir quitter le site. Un protocole a été suivi afin de faire la documentation de ces enfants et de nous assurer que ce sont effectivement leurs parents », ajoute-t-elle. 

Il y a aussi la triste réalité de ces enfants qui n’ont pas pu retrouver leurs parents ou qui sont hébergés dans d’autres centres. Leur situation est plus complexe et exige davantage d’efforts de la part de l’ensemble des partenaires.

« Nous prévoyons d’autres mécanismes pour les enfants qui pourraient ne pas revoir leurs parents pour diverses raisons. Pour ceux qui demeurent non accompagnés, nous chercherons la famille élargie (oncle et tante), les familles ou centres d’accueil comme dernier recours avant de prendre une décision définitive relative à l’adoption ou la maison d’enfant », précise Mme Villedrouin

L'équipe de l'UNICEF avec les partenaires de l'IBESR et OCCED'H
UNICEF/Rouzier

Natalie a pris la situation avec philosophie. « L’argent que j’ai reçu aujourd'hui n'est pas un gros montant mais cela pourra m’aider à faire un peu de commerce », conclut-elle.