Là où la violence frappe d’abord

Le parcours d’Ali vers la protection et l’espoir

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Gessika Thomas
13 avril 2026

« C’était un samedi », se souvient Ali*. « Je marchais avec des amis lorsqu’une voiture noire s’est arrêtée près de nous. Des hommes en sont descendus et nous ont proposé beaucoup d’argent. » 

À ce moment-là, Ali* avait déjà presque tout perdu.

Plus tôt dans l’année, à Léogâne, la violence avait atteint son quartier. Lors d’une vague de fusillades, une balle perdue a tué sa mère, le laissant sans personne pour prendre soin de lui et l’exposant fortement aux groupes armés qui s’en prennent régulièrement aux enfants sans protection en Haïti.

« Il y avait beaucoup de tirs », raconte Ali. « J’ai perdu ma mère à cause de cette violence. Je me suis retrouvé seul. »

Une femme du quartier l’a recueilli pendant quelque temps, mais à force de mauvais traitements, il a fini par s’enfuir et s’est retrouvé dans la rue.

Séparé de tous ceux qu’il connaissait, Ali s’est alors mis à dormir dans la rue, essayant de survivre au jour le jour. C’est là qu’il a rencontré cinq autres garçons comme lui, tous livrés à eux-mêmes et tentant de survivre. Un jour, alors qu’ils étaient assis près d’un supermarché, un véhicule s’est brusquement arrêté à leur hauteur. Des hommes en sont descendus et leur ont distribué des liasses de billets.

« Les autres se sont précipités pour les prendre », dit Ali. « Ils étaient très contents. »

Ce qui semblait d’abord être un geste de générosité a rapidement pris un sens plus inquiétant. Après leur avoir donné de l’argent, ces mêmes hommes ont mis des armes entre les mains des garçons. Ali a refusé. Pour certains enfants en Haïti, c’est ainsi que la violence entre dans leur vie: non pas d’un seul coup, mais à travers la peur, l’exploitation et l’absence de protection. 

Drawing of a child
UNICEF/2025/Perez Ali dessine ce qu’il a vu, ce qui l’a marqué et traumatisé pendant des années.

Chaque fois qu’ils ont tenté de l’entraîner sur cette voie, Ali a refusé.

Ce ne fut pas la seule fois. À une autre occasion, des hommes lui ont montré des chaussures, des vêtements neufs et de l’argent, en lui disant que tout cela pourrait être à lui s’il suivait le même chemin. Une fois encore, ils ont tenté de l’attirer, mais Ali a refusé.

À un moment donné, Ali est tombé gravement malade. Sans argent et en proie à de fortes douleurs, il est parvenu à atteindre un hôpital, où il a reçu des soins. Il est ensuite arrivé au centre OFAVA, où il a trouvé prise en charge et sécurité.

En Haïti, les enfants sont souvent poussés à rejoindre des groupes armés pour subvenir aux besoins de leur famille, après avoir reçu des menaces directes, ou après avoir été séparés de ceux qui prenaient soin d’eux. Le recrutement et l’utilisation d’enfants par des groupes armés constituent une violation grave des droits de l’enfant et une entorse au droit international.

« Les droits de l’enfant ne sont pas négociables », a déclaré Catherine Russell, Directrice Exécutive de l’UNICEF.

Chaque enfant doit être protégé. Et chaque enfant recruté ou utilisé par des groupes armés doit être libéré et accompagné afin qu’il puisse guérir, reprendre le chemin de l’école et reconstruire son avenir.

Catherine Russell, Directrice Exécutive de l’UNICEF
Children playing cards
UNICEF/2025/Perez Aujourd’hui, Ali et ses amis jouent ensemble dans un centre de transit mis en place par l’IBESR et l’UNICEF.

Les enfants associés à des groupes armés ne doivent pas être considérés comme des auteurs, mais d’abord comme des enfants. Des enfants qui ont besoin de protection, de soins et d’une véritable chance de se reconstruire.

L’UNICEF travaille avec le Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), à travers l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR), le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), le Ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP), la société civile, les agences des Nations Unies et d’autres partenaires afin de soutenir les enfants affectés par la violence. Ensemble, ils fournissent un soutien psychosocial, une gestion de cas, un appui à l’éducation, des orientations vers les services essentiels, ainsi que des services de recherche familiale et de réunification lorsque cela est possible.

Cette action s’appuie sur le Protocole de remise et de prise en charge, signé par le Gouvernement haïtien et le système des Nations Unies, y compris l’UNICEF, afin de garantir que les enfants associés à des groupes armés soient rapidement orientés vers les services de protection de l’enfance et accompagnés vers leur rétablissement et leur réintégration. 

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UNICEF Haiti

PREJEUNES, programme de protection de l’enfance et de réintégration dirigé par le Gouvernement et soutenu par l’UNICEF, prolonge cet engagement en aidant les enfants à quitter les groupes armés et en protégeant ceux qui risquent d’y être recrutés, grâce à des actions de prévention, de prise en charge et de réintégration sociale.

Depuis la mise en place de ce cadre, l’UNICEF et les acteurs de la protection de l’enfance ont identifié et accompagné plus de 500 enfants associés à des groupes armés à travers Haïti.

Aujourd’hui, Ali parle non seulement de la peur, mais aussi du rétablissement.

« J’aime vraiment cet endroit », dit-il. « Ici, j’ai trouvé des amis avec qui jouer, et les travailleurs sociaux prennent bien soin de nous. » « Un jour, je rêve de devenir pilote », dit-il.

Ce rêve compte. Il nous rappelle que, même après une perte profonde, les enfants peuvent guérir lorsqu’ils sont protégés, soutenus et qu’on leur donne la possibilité de reconstruire leur vie.

L’UNICEF continue de travailler aux côtés des autorités nationales et des communautés, avec le soutien de partenaires tels que l’Union européenne, le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, le Canada, l’AECID et la France, afin de prévenir le recrutement, d’accompagner les enfants touchés par la violence armée, et de les aider à guérir, à reprendre le chemin de l’apprentissage et à reconstruire leur avenir dans la dignité et l’espoir.

*Nom modifié pour des raisons de protection.